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muteJ’ai toujours pensé que j’étais différente. Moins bien aux yeux des autres, qui n’ont jamais su voir qui j’étais, se bornant juste à user de mes qualités. Ont-ils seulement remarqué que moi je ne demandais jamais rien ? Non. Jamais. Ça leur convenait.

Je ne parlais jamais de moi. J’avais noté que ça n’intéressait pas. A quoi bon ennuyer des gens avec des broutilles dont la plupart du temps, on se fout soi-même ? Je n’ai pas insisté. Mais juste noté que l’on me voyait très différemment de ce que j’étais. Les gens m’ont imaginé une vie qui n’avait que peu de rapport avec la mienne, bien trop empreinte des réactions qu’ils auraient eu dans telle ou telle situation. Le fossé a commencé à se creuser.

Je n’ai jamais rien fait pour empêcher cela. J’ai accepté d’emblée que tout le monde n’aime pas tout le monde, et que j’étais la frange la moins intéressante pour les gens. Qu’importe. On ne vit pas pour les autres, on vit pour soi et moi, je me trouve très bien. Je me fiche pas mal de l’avis de Pierre, Paul ou Jacques. Ne sachant rien de moi, ça n’a absolument pas de valeur…

Le temps a fait son œuvre. Aujourd’hui, je n’ai aucun ami intime. J’aime des gens et il existe des gens qui m’aiment, évidemment, mais personne ne me connaît réellement. Personne ne m’a jamais posé les questions que l’on pose toujours, comme si avec moi c’était sale : Ai-je un mec ? Si oui qui et depuis quand ? Si non qui était le dernier ? Pourquoi je n’ai pas encore d’enfants ? Est-ce que j’en veux ? Etc… Personne ne sait rien de ma vie hormis la surface. Tiens les gens pensent que le foot c’est toute ma vie.

J’ai 40 ans et personne ne connaît les réponses à ces questions, parce que personne n’a eu assez d’intérêt pour moi pour me les poser. Ça ne me blesse pas. Mais ça me choque. En réalité, ça résume bien la situation : je suis quelqu’un d’absolument seule. Au risque de vous surprendre, c’est bien. Je n’en souffre pas. J’y suis tellement habituée que ma solitude est un refuge, un abri, un havre de paix.

Parce que votre compagnie m’épuise. J’aime certaines personnes, mais on ne se comprend pas. Les gens s’arrêtent à l’image qu’ils ont choisi de projeter sur moi, et le décalage entre ce que je suis et ce qu’ils voudraient que je sois est douloureux. La plupart du temps, je leur donne ce qu’ils veulent : on ne peut pas forcer les gens à nous aimer tels que l’on est. Je note juste qu’ils aiment une image et non moi. Toujours cette fracture entre le monde et moi. Qu’importe, puisque moi je m’aime telle que je suis : je ne vais pas changer !

Aujourd’hui, les fissures ont explosé. Elles ont grandi, telle la faille de San Andrea. Personne n’a compris la situation difficile dans laquelle je me trouvais à la suite de mon retour de l’hôpital, et chacun s’est évertué à s’acheter une bonne conscience en me pourrissant de bons conseils inappropriés, puisqu’ils ne savaient même pas ce qu’il m’arrivait. Sans que j’ai rien demandé. J’ai craqué.

Alors j’ai blogué pour expliquer ma situation. Mais ça a continué. La journée de merde, puisque l’infirmier qui devait venir ne s’est jamais pointé. Les bons conseils de merde, non sollicités. Toutes ces interventions que j’avais pourtant décrites comme toxiques vu mon état. Personne n’a respecté. Ils ont tous continué. Sans jamais respecter mes souhaits. Comme si j’étais trop conne pour savoir ce qui était bon pour moi. Aujourd’hui, on m’a rabaissée.

J’ai successivement fermé mes comptes Facebook puis Twitter, estimant que je n’avais pas à subir ces comportements. Voilà comment on est passé de la fracture à la rupture avec le monde : pour l’instant, il m’est inconcevable de parler à qui que ce soit. Votre vision de moi est trop en décalage avec ce que je suis. Vous me voyez comme une gamine dépressive de 4 ans à qui il faudrait donner la becquée, je suis une femme de 40 ans qui va plutôt bien et qui ne supporte pas qu’on la materne. Ce décalage trop important a tué toute possibilité de communiquer.

Naturellement, je ne vous dirai pas où j’en suis médicalement : vous n’êtes pas assez murs pour entendre des choses qui ne correspondent pas forcément à ce que vous feriez dans pareil cas et ce serait abreuver le moulin pour subir à nouveau ce harcèlement.  Je suis dans un état de santé bof et je dois penser à me remettre. Donc à moi. Toute mon énergie doit être tournée vers ma guérison, et non gaspillée à subir ces comportements inadmissibles. Si un jour vous vous sentez capables de juste écouter l’autre sans l’emmerder, alors on pourra parler. Mais je ne pense pas que cela puisse arriver.

Je vous imagine dire qu’il ne faut pas rester seul, ou je ne sais quelle connerie. Détrompez-vous. La solitude choisie peut être une bénédiction, car elle conjugue calme et liberté. J’ai la chance énorme de bien la supporter. De ne pas souffrir de l’absence d’êtres humains à mes côtés. Vu comment vous m’avez déprimée en une journée, j’ai besoin de ce terreau vierge de toute parole pour guérir rapidement et ne surtout pas sombrer dans une dépression inévitable si je continue à vous entendre.

Bien sûr ce sera difficile, car certaines choses à faire sont délicates, toute seule. Mais pour ma santé mentale, cette mise à l’écart de vos abus est absolument nécessaire. Je n’attends de vous aucune compréhension, je sais que vous me critiquerez et que vous prétendrez avoir voulu aider. Sans jamais m’avoir demandé ce qui m’aiderait, mais cela, vous ne le direz pas. L’amitié, ça n’est pas imposer sa vision à l’autre, c’est savoir l’écouter et non l’étouffer. Et si vous découvrez en lisant ceci que vous n’êtes pas mes amis… Est-ce si grave ? Rappelez-vous : on ne peut pas tous s’aimer.