Mots-clés

228573751657Dimanche 20 juillet, retour à la maison. Un dimanche. Une connerie sans nom. Mais avec le trou de la Sécu, les hôpitaux sont pressés de foutre les patients dehors alors qu’importe que ce soit une décision sans queue ni tête ou totalement inadaptée.

Déjà, pour commencer, j’ai fait un malaise en prenant ma douche. Epuisée, j’étais incapable de me sécher ou de bouger. Je me suis assise sur une chaise et j’ai attendu. Quand j’ai enfin réussi à passer une culotte et un Tshirt, j’ai rejoint mon lit en titubant, et appelé. Verdict de l’interne sur cet épisode : « on ne sait pas mais ça ne remet pas en cause la sortie ». Wokay.

J’ai eu un mal de chien à boucler le peu de bagages qu’il me restait à boucler. J’étais vraiment morte. Mais ayant compris que c’était un détail inintéressant, je n’ai rien dit. A quoi bon ? Je me suis juste un peu battue pour qu’on me file une piqûre pour le cas où je n’en trouverais pas à la pharmacie de garde. A ce propos, j’avais demandé à ce qu’on m’apprenne à les faire, mais personne n’a daigné répondre favorablement. Ce détail va compter.

Je sors péniblement de l’hosto, un taxi puant vient me chercher, et ses amortisseurs en mauvais état de marche me font regretter d’avoir privilégié le remboursement par la sécu sur le E-Cab. J’arrive à la maison et là commence le parcours du combattant : récupérer les médocs et trouver une infirmière pour ma piqûre. Tout ça un dimanche.

Pour les médocs, merci à mon frangin, qui s’est débrouillé pour caser dans un dimanche archi booké, entre sa vie perso et une vacation de boulot, de passer à la pharmacie de garde dans la ville voisine. Il manque quelques vitamines, mais on complètera mardi.

Pour l’infirmière par contre… Ça s’est avéré mission impossible. Il n’y a aucune infirmière libérale dispo sur Chaville. Il faut se rendre à leur cabinet, situé hyper loin de chez moi, ouvert 3 fois par semaine seulement, quand j’ai une prescription pour 1 piqûre par jour pendant 8 jours. Impossible de m’y rendre ou de m’y faire conduire : non seulement je sors de l’hôpital en kit, mais en plus, mon dos ne me permet pas de tels déplacements.

J’ai alors passé plein d’appels sur les villes limitrophes, pour me faire systématiquement rejeter. Déjà, les infirmières libérales n’ont pas le temps de faire ces piqûres-là, qui se sont soi-même, mais elles ne viennent pas non plus apprendre hors de leur ville car elles ont trop de clients.  J’ai donc dit à l’une d’elles que je n’allais pas les faire, et là, réponse : « vous pouvez faire une phlébite et une embolie juste derrière, donc mourir ». Bah viens m’expliquer comment les faire alors connasse ! Bah non.

Pour moi ça s’appelle de la non-assistance à personne en danger… Las, je n’étais pas au bout de mes surprises. Etant très inquiète, j’ai appelé l’hôpital, au numéro d’urgence qui m’avait été laissé. La conversation a été surréaliste. On m’a dit d’aller chez le pharmacien –fermé un lundi matin- puis d’aller à la permanence des infirmières –à 2kms à pied, donc, et fermée aujourd’hui- avant de me dire « Bon, bah on ne sait pas ». En gros, je pouvais crever.

En désespoir de cause, j’ai passé une annonce sur Twitter. Erreur fatale : je me suis pris tous les idiots et sans cœur de la terre qui se sont mis à me dire que je pouvais faire cette piqûre seule. Or non : pas sans avoir appris à la faire. Désolé de ne pas tenter de faire n’importe quoi sur mon corps juste parce que quelqu’un que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam pense que c’est « facile ».

Finalement, un de mes contacts Twitter a appelé pour moi l’hôpital de Sèvres, qui lui a donné le numéro d’un cabinet à Ville d’Avray. J’ai passé ce dernier appel, qui s’est avéré gagnant : quelqu’un passera en fin d’après-midi pour me montrer comment faire seule cette satanée piqûre. Merci @galuchat.

J’ai alors publié sur Facebook que mon retour était cauchemardesque et que je regrettais l’opération. Et là, le grand n’importe quoi. Les gens. Pourtant des amies. Mais des gens, quoi. Sans rien savoir de ce qu’il se passait, et au lieu de demander, ils ont commenté dans le vide. En minimisant. En me conseillant des pensées positives où je ne sais quelle connerie. Très opportun quand tu es juste en danger parce que l’heure de ta piqûre est passée depuis bien longtemps.  Sérieusement, vous êtes qui pour penser que vous savez tout ce qu’il se passe ?

Ça m’a fait mal. Terriblement mal. Parce que ça venait de gens que j’aime. Mais qui n’ont pas pu s’empêcher de ne pas me prendre au sérieux et de me claquer le bec, comme si je me plaignais pour rien. Sans rien savoir. Cette manière de m’infantiliser est insupportable et ignoble. Même si ça se veut gentil, ça n’est d’aucun réconfort. Pire, ça blesse.

Deux des personnes qui ont commenté ont vécu l’opération. Je sais qu’elles ont voulu me booster et en aucun cas me blesser. Mais je ne suis pas quelqu’un qu’on booste, ça ne marche absolument pas sur moi. Et surtout, elles tombent dans l’erreur fatale de comparer. Les filles, je ne suis pas vous. Déjà pour commencer, j’ai une autre pathologie qui me fait incroyablement souffrir et qui m’a décidée à l’opération : mon dos. C’est un cauchemar pour moi de cumuler les deux car je ne trouve pas de position. Ensuite, vous étiez entourées. Je suis seule et non véhiculée. Enfin, pour terminer, on n’a pas le même corps, alors ce serait bien de comparer juste les résultats finaux.

Naturellement tout le monde n’a pas ces comportements. Evidemment ces comportements ne se veulent pas méchants. Mais voilà, je ne suis pas en état de supporter les maladresses des uns et des autres. Vraiment pas. Il faut arrêter de me demander encore de comprendre, je ne veux plus comprendre : je veux qu’on pense un peu à moi et qu’on arrête de me pourrir. Parce que oui, ça me pourrit ce genre de trucs. On ne réagit pas tous pareil, et je ne vais pas m’excuser d’être moi. Ça devrait être évident pour tous que je n’ai pas d’énergie à dépenser là-dedans.

Echaudée par ces événements, je n’envisage donc pas de risquer encore ce type d’erreurs commises par des gens qui veulent faire du bien mais pensent un peu trop et oublient de poser des questions. Conséquence : j’ai décidé de faire le vide autour de moi, et de ne répondre à absolument personne. Comme toujours, le mutisme sera mon meilleur allié : le silence, lui, ne risque pas de me blesser. Seule avec moi-même, je soignerai ma peine. En plus du reste: je n’avais vraiment pas besoin de ça…