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viebelleJe n’ai pas écrit depuis des semaines et il y a une raison à cela.

Il m’était difficile de continuer à raconter l’aventure Bypass sans la relier à sa cause, à savoir le combat que je mène depuis 5 ans et demi contre les douleurs que je ressens en raison d’une hernie discale au dos et d’un disque écrasé.

J’ai cessé de parler de tout cela, parce que le vide s’était fait autour de moi : un à un, tous mes amis se sont envolés. Il est difficile de parler de soi lorsque l’on n’intéresse plus personne. Lorsque le téléphone ne sonne plus, lorsque plus personne n’utilise les réseaux sociaux pour s’enquérir de vous. Chacun de leur côté, ils s’en sont tous allés. Absolument tous, sauf mon frère. C’est d’une violence que vous n’imaginez pas.

Loin de moi l’idée d’accabler qui que ce soit : chacun a sa vie, ses préoccupations (famille, job, finances, santé, etc…) et la rentrée n’est pas une période favorable pour gérer les amitiés. En outre, que pourraient me dire mes anciens amis ? Depuis 5 ans et demi, ils ont eu le temps d’épuiser tout ce que l’on peut dire, et constater leur évidente impuissance. Comment leur en vouloir de s’éloigner faute d’avoir quoi que ce soit à partager avec moi ?

Malgré tout, le combat a continué. A ce jour, j’ai perdu 22 kilos. C’est énorme, une perte rapide selon mon médecin nutritionniste. Côté dos, les effets ne se sont jamais fait ressentir. Jamais. Ca a été pénible à gérer. Au point que j’ai commencé à faire une dépression de douleur. Enfin si l’on peut dire, car je ne me suis pas laissé aller. Au contraire, j’ai lutté. Et je me suis lâchée sur la nutritionniste. Bien m’en a pris, car elle m’a proposé de reprendre le traitement qui faisait effet avant mon opération, et dont on m’avait supprimé l’anti-inflammatoire en post-op. Certes, il existe un risque d’ulcère, mais on ne peut pas non plus me laisser souffrir.

Bloquée du dos ce vendredi, j’ai décidé de tenter l’expérience samedi. Miracle : plus aucune douleur. Non seulement le traitement fonctionne, mais il semble se combiner avec la perte de poids. Soit l’effet recherché. Reste maintenant à me le faire prescrire… Si la nutritionniste a rédigé une requête en ce sens auprès de mon chirurgien, je ne le vois que début novembre. Il va donc me falloir convaincre mon médecin traitant d’ici là.

Pour la première fois depuis longtemps, l’espoir renaît. J’entrevois la possibilité de retrouver peut être bientôt une nouvelle vie. Reconstruire pour profiter enfin. Malgré tout, il y a une chose qui sera difficile à oublier : le manque de soutien durant ce que j’ai traversé et le vide qui s’est créé. Vous n’avez pas idée de la violence que constitue l’absence. Aucun appel, aucun sms, aucun email, et même plus de tweets. L’oubli, tout simplement.

Peu importe les raisons, chacun a sa vie, ses joies, ses emmerdes. Et pas vraiment le temps de penser à la fille blessée qui n’allait jamais bien. Cette fille à qui il manque une case, celle de savoir susciter la sympathie. Cette fille qu’on aime bien de loin pour rigoler autour d’un verre, mais dont on ne sait ni la date de naissance, ni ce qu’elle aime dans la vie, ni ses rêves, ni même le prénom de son dernier copain. Voilà pourquoi je n’ai pas été surprise de ce qui est arrivé.

Si je n’en veux à personne, il n’est pas possible pour le moment pour moi d’envisager de nouvelles relations sociales. Mon isolement forcé et l’attitude qui a pu en résulter ont créé des barrières qu’il n’est pas simple de briser. J’ai parfois eu de la peine, et même beaucoup de peine. Dès lors, j’ai beaucoup de mal à accorder de nouveau ma confiance, à quelque niveau que ce soit. Ayant dû faire sans les autres, il m’est devenu terriblement difficile de les réintégrer dans mon monde.

Aujourd’hui, j’ai juste envie de m’occuper de moi. De me chouchouter. De tenter de m’améliorer. D’embellir mon univers. Mais je crains qu’il ne rencontre plus vraiment celui des autres : cette période m’a profondément affectée, parce que j’ai été obligée de constater que personne ne m’aimait assez pour me donner un peu d’affection dans les moments difficiles. Il a fallu l’admettre, puis m’éloigner.

La principale raison tient au manque de motivation : à ce jour, je n’ai pas envie de risquer de nouvelles déconvenues. J’ai du mal à envisager m’investir auprès de gens qui me laisseront seule lorsque je rencontrerai des problèmes. Et j’ai pu constater que ça ne se passait pas autrement. Tout ceci ne m’intéresse pas : les relations unilatérales ont fait leur temps.

Au-delà des clichés, cette expérience m’a appris que l’on peut s’aimer soi-même sans disposer de l’amour des autres, et avoir confiance en soi même si les autres ne nous aiment pas. Ce que je suis n’est pas négociable et si les autres n’apprécient pas, qu’importe : ma valeur reste la même. Je suis une fille exceptionnelle, tant pis pour ceux qui n’ont pas su le voir.

Autrement dit, faute de parvenir à concilier les deux, j’ai choisi entre les autres et moi. Je ne vais pas me modifier pour plaire. Je me plais et je tiens à rester celle que je suis, quel qu’en soit le prix. C’est ma vie, et c’est à moi de l’écrire : je n’ai besoin ni d’un nègre, ni d’un correcteur. Et elle sera belle, même si les autres ne la partage pas. J’ai des milliers de choses à faire, et 5 ans et demi à rattraper.