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friendsQu’il est difficile de parler de situations qui ne sont pas dans la norme de ce que nous impose la société…

Ces temps-ci, on me reproche régulièrement de dire que je n’ai pas d’entourage. Comme si je mentais. Pourtant, c’est vrai. Je ne suis pas entouré. J’ai un petit morceau de famille, mais plus d’amis et un éloignement important avec mes connaissances.

  • Premier point : c’est un fait incontestable.
  • Deuxième point : le dire n’est pas s’en plaindre.
  • Troisième point : je ne rejette pas la faute sur les autres.
  • Quatrième point : pourquoi y-aurait-il une faute ?
  • Cinquième point : ça me va.

Bref : ça n’est pas parce qu’on vit tous dans le même monde qu’on vit tous la même chose de la même façon.

Je sais que depuis tout petit, on vous apprend que l’amour de l’autre est le sel indispensable de votre vie mais si c’était vrai, les femmes ne vivraient pas une dizaine d’années de plus que les hommes, elles crèveraient de chagrin avant. Désolé de vous révéler l’atroce vérité mais le besoin de l’autre, c’est comme le prince charmant : une invention pour donner du sens à la présence sur terre de vos congénères, et vous laisser croire que l’homme est supérieure à l’animal car socialisé. Une énorme connerie, on a tous vu des exemples d’amitié entre animaux.

Personnellement, je n’aime pas les gens. L’être humain est un animal que je déteste, tant il est insupportable, violent, stupide… C’est comme ça. J’ai mes raisons. Conséquence, je rencontre une difficulté particulière à comprendre cette espèce et à communiquer avec. C’est un fait. Fatalement, les relations humaines ne sont pas mon truc. Mais ça ne veut pas dire que je n’aime personne ni que personne ne m’aime. Aussi dingue que ça puisse paraître, j’ai même de l’affection de et pour pas mal de monde, y compris des connaissances.

Ces derniers temps, ayant vécu une passe difficile, j’avais tenté de faire comprendre à mon entourage plus proche que j’avais besoin de soutien ; hélas pour moi, ça n’a pas fonctionné. Soit ils n’étaient pas habitués, soit… je ne sais pas. Mais je suis restée avec mon besoin d’affection. Ce qui déjà, tend à démontrer que je suis incapable de qualifier mes proches, puisque apparemment ils ne l’étaient pas autant que je le croyais. Forcément, je suis tombée de mon arbre. Et puis j’ai commencé à chercher pourquoi.

A 40 ans, les choses ne sont plus les mêmes qu’à 20 ans. Mes amis sont tous en couples, souvent avec des enfants. C’est leur priorité et je trouve ça absolument normal. Fini le temps des conversations pendant des heures avec les copines ! Tenez, prenez une amie type : elle travaille, rentre s’occuper de ses enfants, puis passe la soirée avec son conjoint. Elle dispose de très peu de temps à elle et quand elle le prend, je ne suis pas nécessairement en tête de liste. Sérieusement, je me vois mal leur reprocher cela.

Dans le décor, c’est moi qui jure. Moi, l’éternelle célibataire. J’ai mes raisons pour cela, même si très peu de gens le savent. Et c’est comme ça. A vivre en dehors des codes, je ne peux pas avoir la même vie que tout le monde… Bien sûr, j’imagine que pour pas mal de monde, cette solitude est un désastre. Mais non, pas du tout. J’ai des connaissances et ça me suffit. Je ne vis pas en vase clos. Quand je parle d’amis, je parle de la véritable amitié. Celle qui vous ferait aller aider quelqu’un en pleine nuit. C’est ça que je n’ai plus dans mon entourage.

J’ai eu la chance d’avoir de vrais amis. Des garçons et des filles formidables. D’autres un peu moins. Ce qui fait que je ne les ai plus, c’est le temps et la distance. Tout cela crée un éloignement contre lequel il est difficile de lutter, lorsque nous avançons en âge. Et je suis bien la première à en être responsable : les sachant tous très occupés, avec d’autres contraintes que les miennes, je ne vais pas vers mes amis pour leur dire que j’ai besoin d’eux. J’imagine toujours qu’ils ont mieux à faire. Alors que peut-être, ils répondraient. Mon défaut est de ne jamais demander, ce qui peut aussi être interprété par eux comme un désintérêt.

Aussi, mes plus anciens amis restent en suspens quelque part : je les aime beaucoup, je suppose qu’eux pareil, simplement, la vie fait que. Alban, Agnès, Carole, Marie, Sonia par exemple, pour les recordmen du genre : ils ont tous plus de 20 ans d’ancienneté. Et ils seront certainement d’accord pour dire que leur vie familiale ne nous permet plus les folies de jeunesse, ainsi que pour constater que je suis bien la première à ne pas aller vers eux.

En outre, j’ai eu la chance d’avoir, parmi mes amis, LA personne qui a été présente. Je m’en souviendrai toute ma vie. Quelqu’un d’incroyablement sensible et qui m’a donné tout ce dont j’avais besoin quand j’en ai eu besoin. Franchement, j’ignore quelles sont vos théories sur l’amitié, mais je sais ce que c’est de pouvoir compter sur quelqu’un en cas de coup dur. Il m’a fait ce cadeau. Pourquoi serais-je gourmande au point d’en vouloir encore plus ?

Cette personne n’était pas mon meilleur ami. On s’appelait pas mal, mais on ne passait pas non plus des heures au téléphone. On se parlait beaucoup. Je ne crois pas d’ailleurs que nos potes aient jamais su à quel point on se parlait.  Malgré cette proximité, je ne savais pas qu’il m’aimait autant. J’étais jeune, inexpérimentée, et j’ignorais à quel point l’amitié pouvait être puissante. Et encore moins qu’un tel don pourrait venir de lui. C’était mon pote, je l’adorais, mais je n’avais jamais pensé à ce genre de choses. Et pourtant, j’aurais fait exactement la même chose pour lui.

Voilà pourquoi je pense que le terme « ami » est galvaudé. Quand je dis aujourd’hui que je n’ai pas d’amis, ça ne signifie pas que personne ne m’aime. Juste que je ne sais pas appeler si à 4h du matin j’ai un problème. Mais à cette époque,  alors que j’avais des amis identifiés, je n’ai pas appelé à 4h du matin. C’est un ami vers qui je n’aurais pas pensé spontanément me tourner qui est venu vers moi. C’est lui, le plus discret de tous, celui qui parlait peu, qui a vu sa pote changer et qui a eu les couilles de lui dire en face qu’il savait que quelque chose se passait. L’observateur, pas le parleur.

S’il n’est plus mon ami aujourd’hui, c’est simplement parce que le temps nous a éloignés, et qu’il m’est compliqué de définir comme tel quelqu’un à qui je n’ai pas parlé depuis 17 ans. Pourtant, l’affection que je peux lui porter est intacte, ce qui se comprend vu ce qu’il a fait pour moi. Pas évident en revanche que l’inverse soit vraie. Mais je sais qu’il m’apprécie toujours et c’est le principal. D’ailleurs, c’est même dommage qu’on ait perdu le fil, parce que les années ont révélé d’autres points communs. Je crois même qu’aujourd’hui c’est la personne qui me ressemble le plus. Ca me fait sourire.

Au fond, ce qui dérange quand je dis ne pas avoir d’entourage, c’est surtout le fait que je n’aille pas, moi, vers les autres. Là encore, j’ai mes raisons. Par le passé, j’ai parfois été trop proche de certaines personnes. J’ai connu une amitié-fusion, destructrice parce 1+1 ne fait jamais 1. On a passé de très bons moments, mais c’était malsain. J’ai vécu aussi, quelques temps plus tard, une dépendance affective. Toute aussi destructrice. Et par ma faute. Depuis, j’ai vraiment mis le holà sur les gens : présente mais pas trop, et surtout, je ne les sollicite pas ou peu. Et je parle encore moins de moi.

Ces expériences m’ont donné un sentiment de culpabilité. L’impression de ne pas être une bonne amie. Et je sais parfaitement pourquoi : j’ai été trop avec certains, parce que je n’avais pas été assez avec d’autres, et en particulier la petite merveille qui m’a aidée. Je me suis reposée sur son épaule, mais j’ai été ingérable et sans le vouloir, je lui ai fait du mal. Une fois que mes pieds ont à nouveau touché terre, j’ai énormément culpabilisé : comment peut-on être si difficile à vivre avec quelqu’un qu’on voudrait éternellement remercier ?

Au cours de ma vie, j’ai été trop, pas assez, mais parfois aussi une chouette amie. Aujourd’hui, je ne suis plus aussi proche de mes proches. Au point de ne raconter la meilleure nouvelle que j’ai eu ces dernières années seulement sur mon blog, et au bureau. Parce que je n’avais personne à qui le dire. Je ne savais réellement pas quel ami je pouvais appeler pour qu’il se réjouisse avec moi que ma douleur au dos, cette saloperie qui me pourrit la vie depuis 5 ans et demi, ait enfin disparu.

L’une des conséquences est que je ne ressens pas l’affection dont j’ai besoin. Ayant tenté de le dire –pour une fois- j’ai pris cette absence des autres à mes côtés pour une fin de non-recevoir, et je n’ai pas insisté. Une fois encore, le sentiment de culpabilité. Reste que pour le moment, ces déconvenues ne m’ont pas donné l’envie de tenter de nouvelles aventures amicales : n’étant pas en confiance, je suis absolument incapable de faire le premier pas. Je suis bien trop sensible…

Une analyse simpliste de ce texte dirait que tout ceci est triste. Rien de ceci n’est triste, c’est juste le tourbillon de la vie. Et je vis en ce moment plusieurs chagrins d’amitié. Je suis animée de sentiments, qu’est-ce donc si ça n’est pas la vie ? Ne suis-je pas franchement chanceuse d’avoir autant aimée et été aimée ? Comme disait Musset, « La vie est un sommeil, l’amour en est le rêve. Et vous aurez vécu si vous avez aimé ». Non seulement c’est le cas mais en plus rien, absolument rien, ne permet de dire que c’est définitivement terminé.