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Ecoeurée. Je suis écoeurée de ces Régionales. Tout au long de la campagne, je n’ai fait que pester contre le niveau très faible de ceux qui aspiraient à nos suffrages. La classe politique aime à critiquer le populisme de Marine Le Pen, mais refuse obstinément de voir celui de ses propres candidats. Et pourtant, c’est bien plus fréquent qu’on ne le croit : petit à petit, la politique se nivelle par le bas et rejoint peu à peu le niveau politique du FN, c’est-à-dire zéro.

Ainsi en Ile-de-France, Valérie Pécresse a osé sortir une affiche « Marre des bouchons ». Pardon ? Pense-t-elle que les électeurs vont mettre un bulletin en sa faveur parce qu’ils partagent ce ras-le-bol ou les prend-elle pour des abrutis imaginant qu’elle peut arrêter les bouchons aux frontières de la région ? Las, je n’ai pas entendu beaucoup de critiques de cette affiche, pourtant terriblement révélatrice : il ne s’agit pas d’une bourde évoquée lors d’une matinale, mais d’un document officiel de campagne, qui a fait l’objet d’une dépense conséquente et de nombreuses validations.

Naturellement, Pécresse n’atteint pas le niveau de manipulation mentale de Marine le Pen, qui n’a pas hésité à prétendre que si l’on ne votait pas pour elle, la Charia serait appliquée en France et la burqa imposée aux femmes. C’est un mensonge de plus, mais quand bien même : admettons qu’un candidat islamiste remporte la présidentielle (alors qu’il n’y a pour le moment jamais eu de candidat de cette couleur aux présidentielles en France, mais ça doit être un détail), ça n’est pas en étant élue présidente de région qu’elle pourrait s’opposer à l’instauration de la Charia. La manipulation est grossière, mais certains y croient.

Mais pas une majorité : Marine Le Pen surfe simplement sur le climat islamophobe qui s’installe de plus en plus en France. Peu importe qu’elle ne puisse rien faire si elle est élue présidente de région : contrairement à d’autres candidats qui ne connaissent pas les compétences de la région, elle sait très bien ce qu’elle fait. Les Régionales ne lui servent que de marchepied et de réservoir à temps de parole : elle est déjà en campagne présidentielle. Là où elle aura les compétences.

Ce qu’il se passe en France aujourd’hui est totalement différent. La politique meurt petit à petit de la communication. Aujourd’hui, les politiques de tous bords fonctionnent à l’émotion qu’ils tentent d’instiller dans la population, et fonctionnent sur le buzz. On le voit bien avec les attentats. La France s’est trouvée en état de choc et que s’est-il passé ? Un grand surf sur l’émotion populaire. On en est arrivés à faire croire aux gens qu’aller prendre un verre en terrasse ou voter aujourd’hui était un acte de résistance. Oui, de résistance : aujourd’hui, j’ai vu pulluler dans ma TL des messages de citoyens pourtant intelligents, estimant avoir commis un acte de résistance en allant voter, tout comme je lisais récemment sur Twitter qu’aller prendre un verre en terrasse après les attentats constituait de la même manière un acte de résistance.

De résistance ??? Mais la résistance, c’est La résistance, c’était commettre des attentats contre l’occupant, au péril de sa vie. Merci de respecter les véritables héros que furent les résistants en ne minimisant pas le courage qu’ils ont eu et le sacrifice qu’un grand nombre d’entre eux ont fait de leur vie. C’est autre chose qu’avoir bougé son cul jusqu’à un bureau de vote. Qui, en France, aujourd’hui, est menacé de mort pour avoir mis un bulletin dans l’urne ? Et en quoi cela lutte-t-il contre les terroristes ?

C’est comme occuper les terrasses, ça sauve le commerce, mais de deux choses l’une : soit vous pensez vraiment courir un risque (alors que la France n’est pas aujourd’hui menacée d’attentats aux quotidiens sur les terrasses) et dans ce cas, attendre de se faire buter est franchement inutile car ça n’entrave pas l’action des terroristes. Soit vous avez conscience que la probabilité est franchement très mince, et vous vous mentez à vous-mêmes en vous prétendez être des héros que vous n’êtes pas.

Je vous dirais bien de prendre une arme pour au cas-où, buter un terroriste, mais on n’a pas le droit de se balader avec des armes et vu le niveau de la population, heureusement, ça évite les erreurs de jugements et balles perdues. En revanche, le jour où le danger sera avéré, là, vous pourrez prendre une arme et vous occuper des vilains méchants, parce que ce sera tellement la chienlit que plus personne n’en aura rien à foutre. La question est : en aurez-vous le courage ? Je doute…

Tout cela pour vous dire qu’aujourd’hui, je suis écoeurée. Ecoeurée du niveau si bas sur lequel les politiques se calent pour faire leurs campagnes, sans réaliser la responsabilité qu’ils ont dans la situation dans laquelle nous nous trouvons. Ils sont redevables et coupables de leur manque d’ambition. De leur faiblesse à ne suivre bêtement des éléments de langage toujours plus idiots sans jamais avoir le courage de s’élever contre, au nom d’une prétendue union de camp qui n’existent pas.

J’aime la politique. Cela a même été mon métier, pendant une dizaine d’années. Je ne peux plus l’exercer aujourd’hui, tant la politique s’est perdue dans la communication. Gouverner, ce n’est pas être guidé par l’émotion ou le buzz, c’est agir en responsabilité. Je ne trouve plus cela chez les partis aujourd’hui représentés dans les différentes instances politiques. Je ne vois que de la communication sans fond, des alliances sans fondement allant jusqu’à juxtaposer des valeurs contradictoires, des calculs politiciens pour remporter le plus de voix tout en diabolisant les abstentionnistes, ces diables qui disent merde aux politiques et les renvoient à un miroir terrifiant. Durant cette campagne des régionales, on a même vu des candidats supplier : « Allez voter, quoi que vous votiez ».

Voter FN semble donc moins grave que de s’abstenir aux yeux de cette classe politique professionnalisée et donc obsédée par l’idée de conserver son poste ou siège. Si les politiques étaient logiques avec eux-mêmes, ils rendraient le vote obligatoire, et accorderait au vote blanc le statut de suffrage exprimé. Ainsi, son pourcentage ne serait plus seulement comptabilisé, mais doté d’un poids réel, ce qui en ferait un véritable vote. Les électeurs pourraient voter blanc sans se sentir des citoyens de seconde zone, privé de tout poids politique. Mais cela n’arrivera pas : les politiques savent bien qu’alors, le vote blanc risquerait fortement d’être majoritaire (en l’état actuel des choses) et de leur mettre le nez dans leur caca en arrivant en tête des élections, ce qui nécessiterait de refaire le vote (coûteux) et de produire une instabilité politique si cela venait à persister.

Ce dont ils ont pourtant bien besoin mais comme ce sont eux qui décident, comme d’habitude, ils ne vont pas scier la branche sur laquelle ils sont assis et qui les nourrit. Pensez-vous, il faudrait qu’ils se remettent en question et changent ! Pas question, autant hurler sur les abstentionnistes en vociférant sur le droit de vote… Un droit, non une obligation. Mais quand il s’agit d’agiter des épouvantails, la classe politique est forte. Depuis 30 ans, ça a fait monter le FN, ça fait maintenant monter l’abstention en parallèle, mais elle ne comprend toujours pas à quel point elle est à l’origine de tout ça. Oui, les politiques sont responsables. Coupables, même, de ne pas s’élever contre leur propre médiocrité et d’afficher enfin un véritable professionnalisme et volontarisme pour diriger notre pays. Voilà ce que j’attends du politique : qu’il fasse son boulot !

Enfin j’attends… Une fois encore, je blogue dans le vide. Mes amis de droite m’insulteront ou m’éviteront parce que je n’ai pas mis un bulletin de vote pour eux. Comment aurais-je pu voter pour une liste gloubiboulga, composée sans autre ligne directrice que de donner un poste à tous ceux qui n’ont pas réussi à se faire élire au scrutin uninominal (comme Geoffroy Didier, monsieur La Droite Forte), quelques communicants politiques ayant monté leur petite boutique politique plus ou moins autonome et exigeant d’être représentés (comme La Manif Pour Tous et son bras politique Sens Commun) ou encore quelques apparatchiks estimant devoir être récompensés de leurs se(r)vices par un poste tombé tout cuit dans le bec (comme Frédéric Péchenard, directeur général des Républicains). Le système n’est pas récent, il n’en est pas moins honteux.

Petite-fille et petite-nièce de deux résistants ayant saboté des trains, convoyé des armes pour leurs camarades et caché et servi de passeurs à des juifs, j’ai un peu plus d’ambition politique que cela. Je ne peux pas me résoudre à voir mon pays livré à ce vaste n’importe quoi politique, noyé dans des éléments de langage de communication toujours plus pathétiques. La France mérite mieux. Alors, je suis malheureuse pour mon pays qui se perd et en subira tôt ou tard les conséquences dramatiques.

Pire, je ne sais plus comment agir pour changer tout ça. J’ai essayé d’entrer en politique, mais j’ai vite compris que le système ne vit que sur sa propre reproduction, les partis passent donc plus de temps à exterminer en interne les gens qui pourraient changer les choses plutôt qu’à faire des propositions. J’ai alors pris de la distance et voté non pas blanc, mais nul. Je pensais encore que le vote était un devoir citoyen. C’est en partie vrai mais comment parler du devoir civique du vote lorsque l’on omet d’évoquer les manquements à leurs devoirs des politiques ?

Cette fois, je comptais m’abstenir. Epuisée à l’avance d’entendre lors des émissions spéciales régionales les babillages de ces politiques aveugles qui ne comprennent pas qu’ils sont les fossoyeurs de la France, par leur manque d’ambition et leur stérile inaction à base ce buzz médiatique. Finalement, je suis allée voter. Sans convictions. Contre mes valeurs de droite –la liberté et la responsabilité, son indissociable corollaire-, contre le populisme du FN.

Mais pas pour. Le bulletin que j’ai mis, une fois encore pour la gauche, était plus un encouragement personnel à l’égard de mon ami Catherine, en position éligible, qu’un vote d’adhésion. Cette amie a les pieds sur terre. Qu’elle se souvienne de ce vote comme celui de ma confiance en elle afin de ne jamais se perdre dans les méandres du pouvoir. C’est tout. Mais c’est déjà ça : pousser une personne en qui l’on croit, parce que un + un + un… Sait-on jamais ?

En cette fin de journée, dans l’attente de résultats qui ne pourront pas me surprendre ni me satisfaire, je me sens terriblement seule dans ma citoyenneté. Je sais pourtant que de très nombreuses personnes pensent comme moi. Mais le système actuel est construit pour que nous ne puissions réellement agir pour changer les choses, nous sommes très nombreux à avoir essayé. Alors, chacun dans notre coin, nous attendons l’inéluctable chute d’un régime mort depuis longtemps, sans savoir quel système probablement pire le remplacera. Faudra-t-il lutter ? Certainement. C’est à ce moment-là qu’on verra les résistants qui aimaient tant hurler qu’ils l’étaient par leur vote, sans réaliser que par définition, un résistant ne peut crier sur tous les toits qu’il l’est. M’enfin.

Quel que soit notre avenir, j’y suis préparée. Car je ne peux m’y résigner. J’aime mon pays et j’agirai comme il le faudra. Aujourd’hui, en bloguant sur la vigilance qu’il est impératif d’afficher d’urgence. Demain, en faisant ce qu’il faudra, quoi qu’il en coûte. C’est ça, être citoyen. Alors, affichez le sens républicain qu’il vous reste en respectant le vote de chacun, y-compris des électeurs du FN, et foutez-la paix à vos semblables en leur épargnant les éléments de langage que les partis aimeraient que vous diffusiez moutonniez. Merci.

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