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primairedroitecentreDepuis toujours, les sondages tiennent une place prépondérante dans la vie politique.

Ils influent la manière de gouverner, parfois même le contenu des lois, et rythment la vie des hommes politiques, obsédés par leur côte de popularité et donc, leur potentiel électoral. Ils ont d’ailleurs pris une importance ubuesque lors de la présidence de Nicolas Sarkozy, qui a commandé des centaines de sondages d’opinion. Au risque de s’y perdre : les sondages ne sont qu’un instantané or en matière politique, la population est de plus en plus volatile.

La primaire de la droite et du centre n’échappe pas à cette règle. Pas un jour ne passe sans que les médias ne commentent les positions des uns et des autres dans le cœur des potentiels votants et la course en tête d’Alain Juppé, que Nicolas Sarkozy ne parvient pas à rattraper. Alors, est-ce plié ?

Non, non, non et non. La juppéiste que je suis aimerait pouvoir crier victoire et pourtant, je reste vigilante, voire inquiète, pour plusieurs raisons. D’une part, si les sondages sont favorables à Alain Juppé, ils ne restent que des instantanés. Alain Juppé est essentiellement soutenu par un public peu militant, souvent en dehors des partis. Plus les sondages lui seront favorables, plus ses sympathisants auront tendance à se dire que c’est gagné et donc, à ne pas se déplacer voter. Ce qui fera baisser son poids. A l’inverse, Nicolas Sarkozy mobilise un vrai socle de fidèles, qui se déplaceront quoi qu’il arrive. Mais au-delà de cette base, il se heurte au même problème : les sympathisants qui voteraient pour lui pourraient ne pas se déplacer s’ils sentaient que tout est déjà plié.

Par conséquent, la primaire dépendra bien de la mobilisation des sympathisants de chacun : moins il y aura de participants, plus le poids des fans de Sarkozy pèsera lourd dans la balance, d’autant qu’il y a 7 candidats au premier tour, ce qui implique une division des voix restantes. A l’inverse, plus il y aura de monde qui se présentera aux urnes, plus Juppé a de chances d’y trouver ses sympathisants tout comme pour Nicolas Sarkozy d’augmenter son score. La mobilisation sera donc l’enjeu majeur de cette élection.

Second problème, l’organisation du vote. La Haute Autorité de la primaire de la droite et du centre a fait un remarquable travail d’organisation pour mettre en œuvre cette élection. Et c’est un véritable challenge : souvenez-vous en 2012, il y a seulement 4 ans, des déchirements surréalistes autour de l’élection du Président de l’UMP… Les deux candidats de l’époque, Fillon et Copé, sont tous les deux candidats à la primaire. Et à droite, qu’on veuille bien se l’avouer ou non, il existe une énorme tentation a minima de verrouiller les bureaux de vote (en ne mettant dans les bureaux que des amis, afin de tout contrôler) et a maxima de truquer le vote (en ne mettant que des amis dans les bureaux et en usant de faux électeurs : qui contrôle la liste électorale peut faire voter les morts et les gens dont on est certains qu’ils ne viendront pas voter…). Certaines zones sont particulièrement à risque.

Naturellement, personne n’a intérêt à truquer la primaire : l’image serait désastreuse auprès des Français, qui sont déjà très nombreux à rejeter la classe politique. Reste que cette primaire fonctionne avec des bénévoles –ce qui est normal- qui sont très souvent des militants des partis –ce qui ne pose a priori pas de souci- mais qui ont hélas encore parfois de vieux réflexes hérité de décennies « d’organisation » des élections internes, bien souvent pipeautées (option a minima ou a maxima). Se départir des mauvaises habitudes sera l’enjeu prioritaire de l’organisation de la primaire.

Alors évidemment, des garde-fous ont été prévus pour limiter les risques dans le règlement de la primaire Ainsi, chaque candidat peut positionner dans chaque bureau de vote un délégué chargé de surveiller pour son compte la régularité du scrutin. Mais il est aisé de contourner cela et de toute façon quand on veut tricher,  on trouve toujours une méthode (voire plusieurs) : il suffit qu’un candidat bien organisé demande à ses militants de se déclarer volontaires pour être délégué pour le compte des autres candidats et si ceux-ci ne sont pas vigilants ou se laissent leurrer par ces personnes, ils peuvent se retrouver avec de faux délégués, qui oeuvreront en réalité pour un autre candidat. Les tentatives existent sur les territoires où l’ambiance est tendue et particulièrement là où la tradition de tout verrouiller est tenace, et visent particulièrement les petits candidats. Les gros ont en général suffisamment de militants pour placer quelqu’un partout ou du moins, partout là où ça craint.

Bref, à J-1 mois de la primaire, rien n’est fait. Les sondages comme l’organisation du vote m’incitent à la vigilance : il y a trop d’inconnues dans ce scrutin pour permettre d’imaginer que tout serait plié. Aussi, pour ceux qui se reconnaissent dans les valeurs républicaines de la droite, puisque c’est ce terme qui figure sur la Charte à signer pour voter à la primaire, il ne reste plus qu’une chose à faire : se rendre aux urnes et exprimer sa voix, sans laisser les autres décider pour soi.

A propos, vous connaissez des valeurs républicaines qui ne soient pas de droite ? Non, il n’y en a pas. Car les valeurs républicaines n’ont aucune couleur politique. En conséquence, à chacun de voir…