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Le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin est accusé d’un viol qu’il aurait commis en 2009. Il aurait, selon la plaignante, abusé de sa faiblesse en échangeant une intervention dans un dossier judiciaire contre des faveurs sexuelles. Le Monde a consacré ce 27 janvier un article à cette affaire.

Evidemment, je ne vais pas parler du fond : je n’ai aucune information sur ce qu’il s’est passé entre ces deux personnes qui bénéficient toutes les deux, aujourd’hui, de la présomption d’innocence. Une enquête préliminaire a été ouverte, c’est à la justice de faire son travail. Cet article n’a donc pas pour vocation de prendre parti pour ou contre le ministre.

En revanche, il est intéressant de s’attacher à l’écho que trouve cette histoire dans la classe politique.  De l’instrumentalisation qui peut être faite d’une histoire judiciaire. Et ce, sur tous les bords de l’opposition politique. Ce qui nécessairement, interroge.

A droite, il y a Les Républicains. Eux n’ont pas digéré que Gérald Darmanin, ancien directeur de campagne de Nicolas Sarkozy à la primaire de la droite et du centre, suive la bande du Bellota-Bellota dans les cercles macroniens et ose même franchir le Rubicon en adhérant à La République En Marche. L’occasion est trop belle pour l’enfoncer. Aussi, Les Républicains appellent à sa démission, au motif que d’autres ministres non mis en examen ont été exfiltrés du gouvernement. Amusant de la part d’un parti qui n’a pas su organiser le retrait de son candidat à la présidentielle qui lui, était mis en examen. Et ça ose donner des leçons.

Difficile de leur donner raison sur cet argument. Dès qu’un ministre est visé par une plainte, une enquête préliminaire est automatiquement déclenchée. Si cela devait entraîner une sortie automatique du gouvernement, les ministres seraient alors à la merci de n’importe quel excès. Il est bien évident que ça n’est pas acceptable et c’est vraisemblablement la raison du soutien qu’apporte pour le moment le Premier Ministre et le gouvernement à Gérald Darmanin.

A gauche, il y a Caroline de Haas, militante féministe… et politique. L’ancienne directrice de campagne de Cécile Duflot à la primaire d’EELV, elle-même candidate malheureuse de la gauche aux législatives, a inscrit à son palmarès l’affaire Baupin. L’histoire de Sophie Spatz avec Gérald Darmanin pourrait lui permettre d’ajouter un autre cas d’agression d’un élu sur une femme à son palmarès. Bien sûr, rien ne permet de douter de la sincérité de Caroline de Haas à vouloir aider une victime.

Mais elle aurait dû réaliser qu’elle ne pouvait elle-même porter ce cas et se déporter, soit en veillant à ce que son nom ne soit pas mentionné, soit en communiquant clairement sur le fait qu’elle resterait complètement en dehors de ce dossier. Parce que dans son cas, il y a là un conflit d’intérêt évident, au vu de son parcours politique. C’est toute la difficulté de militer partout : cela impose, parfois, de poser des frontières nettes pour rester crédible et ne pas nuire à la crédibilité de la personne qu’elle prétend aider.

Dans les deux cas, on voit bien que les motivations restent floues et la forme choisie n’est pas franchement tournée vers la plaignante. Par réflexe purement politicien ou par une négligente maladresse, ça n’est pas à moi de le trancher. Et d’ailleurs, qu’importe : pour la plaignante, le résultat sera le même. Possiblement victime d’une agression de nature sexuelle, elle devient alors également possiblement victime de manipulation médiatique ou politique. Je vois mal où est son intérêt personnel là-dedans.

C’est là que le bât blesse : quelle que soit l’issue de cette affaire, cette jeune femme aura vu sa vie et cette histoire compliquée exposée médiatiquement et politiquement, en plus de son traumatisme. Tout ça au nom de la politique politicienne et du personal branling, qu’il soit volontaire ou non. Le moins qu’on puisse dire, c’est que les travers de l’ancien monde ont encore de beaux jours devant eux. L’intelligence politique, elle, attendra. Tout comme l’humanité.