Municipales 2014 : enfumage autour du FN et fracture politique

logomun2014Il aura donc suffi que Marine Le Pen prétende que le bipartisme cédait sa place au tripartisme –le troisième larron étant bien sûr le FN- pour que l’ensemble de la classe médiatique et dans une moindre mesure, de la classe politique, cède à cette analyse fantasque et pousse des cris d’orfraies à faire flipper la France entière.

Petit problème, c’est de l’intox : sur ce premier tour des élections, le vote FN n’a concerné qu’à peine 3,8% des votants*. Pourquoi alors en faire une telle montagne ?

Non, le Front National n’a pas envahi la France et non, notre pays n’est pas raciste. Rien ne m’énerve plus que de lire de telles âneries. Avant de les proférer, il serait de bon ton de regarder comment cela se passe chez nos voisins et d’avoir un peu d’honnêteté : ainsi, il est simple de réaliser que notre population est l’une des plus ouvertes et accueillantes à l’égard des étrangers, que ce soit au travers de ses lois ou par le comportement de ses habitants.

Et pourtant, à entendre les analystes dimanche soir, notre pays serait à feu et à sang, prêt à basculer dans l’horreur du vote bleu marine. Franchement, j’ai honte de lire ou d’entendre ces prétendus « journalistes », « experts », « spécialistes » de la politique car les chiffres sont tout autres.

La réalité, c’est que le FN est arrivé en tête dans 16 communes sur 36 664. Qu’il en a gagné une seule au premier tour. Que son score ne représente que 4,65% des voix qui se sont exprimées. Et pour cause : il n’avait pu présenter une liste autonome que dans 597 communes sur 36 664. Ce qui signifie que dans les villes, les gens ne voulaient pas être sur leur liste. Si l’on regarde d’encore plus près les scores du FN, ils représentent, certes, 16,5% des suffrages exprimés en moyenne dans les 597 villes où ils se sont présentés, mais ne dépassent les 10% que dans 316 villes (source : Le Monde).Voilà la réalité.

Alors bien sûr, on peut estimer que c’est trop. Que le danger existe. S’offusquer du racisme qui est, rappelons-le, interdit par la loi. Oui, trois fois oui. Mais par pitié, que l’on cesse de nous faire croire que le danger d’un FN au pouvoir serait imminent ! Hurler à la mort la prise d’Hénin-Beaumont constitue un extraordinaire foutage de gueule. Comme si personne ne l’attendait. Dans ce Nord où depuis la fermeture des mines, les gens sont désorientés, toutes les promesses ont été faites et jamais respectées. Ce résultat n’a rien d’étonnant. Mais ça n’en fait pas une généralité nationale.

On peut aussi noter qu’en 2008, le FN ne réalisait que 1,05% et constater que cette année, il fait quatre fois plus. Oui, c’est un chiffre réel et demande à être commenté. Mais sérieusement, les cris d’orfraies représentent-ils une réponse mesurée à ces chiffres ? Non. Parce qu’aujourd’hui, avec 63,55% de participation, et attendant de pouvoir tenir compte des bulletins blancs et nuls*, cela nous place le FN à 3,77% des votants. Un chiffre qui sera forcément moindre lorsque le chiffre des suffrages exprimés par rapport aux inscrits. Voilà : moins de 3,8% des français en âge de voter ont mis un bulletin FN dans l’urne. En 2012, Marine Le Pen a réalisé un score de 17,9% des suffrages exprimés, qui eux, représentaient 77,96% des inscrits. Soit 13,95% des inscrits : quasiment 4 fois plus que cette année.

Le FN, un parti surcoté

Bien sûr, on m’opposera que le FN n’étant pas présent partout, certains de ses électeurs n’ont pu voter. C’est pour cela que j’ai publié en début d’article à la fois le score moyen, et le nombre de ville où le score du FN dépasse les 10%. Evidemment, le poids du FN est certainement supérieur à 3,8%. Il est vraisemblablement proche des 16,5% comme l’indique le score moyen réalisé par les 597 listes déposées. La piste la plus sérieuse, pour évaluer le poids du FN, c’est encore d’observer son score aux élections présidentielles, qui sont à la fois celles où le FN a fait ses meilleurs scores, et celles où la participation est la plus forte.

Qu’observe-t-on ? Qu’en 2012, Jean-Marie Le Pen a fait un score de 17,49%, légèrement amélioré par sa fille en 2012. Ainsi, au plus fort de son score, le FN n’a jamais réuni que 17,9% des suffrages exprimés (présidentielles 2012, source ministère de l’intérieur) soit 13,95% du corps électoral. On est tout de même à plus de 26 points de la majorité absolue… C’est ça le grand danger ? Sérieusement ? Alors que pour l’emporter le FN devrait presque tripler son plus haut score jamais réalisé ?

C’est bien de lutter contre le FN mais à un moment donné, il faut utiliser des arguments porteurs, et arrêter de triturer les chiffres ou de les présenter d’une manière suggestive. L’opinion est importante, mais elle doit, du côté des experts, se baser sur une analyse sérieuse. Et depuis dimanche, comme depuis 30 ans, ça n’est pas le cas. La presse déconne, obsédée par sa course anti-FN. Du coup, elle en oublie l’essentiel.

La fracture politique, un danger croissant

Il faut dire que, depuis 30 ans, le FN, avec ses idées nauséabondes présente bien des avantages pour nos analystes, et notamment celui de faire un formidable paravent. Il suffit d’agiter l’épouvantail du FN et hop, on consacre moins de temps aux manquements des autres candidats, qui deviennent, de fait, plus faciles à pardonner. Et au passage, on stigmatise les électeurs du FN, sans se demander quel message ils ont bien voulu passer. Ou du moins, on ne s’y attarde pas…

Pour moi, ces chiffres révèlent un danger bien plus grand : 36,45% des inscrits ne se sont pas rendus aux urnes. Ce chiffre de l’abstention, lui, est en constante augmentation. Pire, si l’on intègre les bulletins blancs et les bulletins nuls, on approche* des 40% des inscrits qui n’ont pas choisi de candidat. Ce chiffre-là est énorme, et devrait retenir l’attention.

Ces gens-là ne sont plus, comme auparavant, les flemmards de l’élection, les têtes de linotte qui oublient qu’il faut voter. Non, ils ont été rejoints par une nouvelle vague qui rejette non plus les partis actuels –y compris le FN- mais carrément le système politique. La grande nouveauté, c’est que justement, le FN ne fait plus figure de solution de repli. Ne serait-ce que parce que certains ont déjà testé ce vote. Désormais, une grande partie de ces non-électeurs refusent de participer à ce temps démocratique.

A mon sens, le danger aujourd’hui n’est pas le FN. Lors de ce scrutin, où l’on a entendu les mêmes analyses que depuis 30 ans, on a assez peu entendu parler de l’évolution des abstentionnistes. Or une nouvelle vague est apparue, celle des abstentionnistes éclairés. Ceux pour qui ne pas voter est un choix, un véritable acte politique. La plupart du temps diplômés, et souvent issus du sérail politique, ils ne croient plus en la politique.

Lassés d’entendre le même discours depuis 30 ans, ils n’ont plus foi en une classe politique consanguine, refermée sur elle-même, qui ne connaît ni la France, ni les Français, ni même bien souvent, ses propres lois. Cette caste issu du microcosme dont parfois, ces nouveaux abstentionnistes ont fait partie, ce qui leur permet de savoir mieux que personne que rien ne changera.

Des partis qui ne représentent plus personne

Maintenant que la France a testé la gauche (sous Mitterrand) puis la droite (sous Chirac), puis la droite de droite (sous Sarkozy) puis la gauche de droite (sous Hollande), que peuvent espérer les français ? Aucun de ces présidents n’a fait les réformes que la France attend et dont surtout, elle a besoin. Et pour cause : dès que l’un d’entre eux tente une réformette, la France sort dans la rue. Et le politique cède. Seul Juppé a tenu 3 semaines, en 1995, et on sait ce que cela a pu politiquement coûter à son camp. Depuis, tous ont cédé plus vite que la lumière…

Irréformable, la France n’a pas d’avenir politique. Le pouvoir est désormais économique. Le gouvernement, quelle que soit sa couleur, tente de gérer « au mieux » mais sans prise réelle ni sur la crise financière qui touche le monde, ni sur le chômage qui gangrène notre société. Résultat, ce sont aujourd’hui 36,45% des français qui ne se présentent pas aux urnes, un chiffre aux alentours de 40%* si l’on comptabilise tous ceux qui ne choisissent pas de candidats. C’est alarmant.

C’est notre système qui est en cause. L’élection repose sur les partis et non les hommes, et leur utilisation a été largement détournée de l’idée que s’en faisait De Gaulle et ses comparses en rédigeant la constitution de 1958. Les partis, aujourd’hui, ne sont plus qu’une rampe de lancement pour la présidentielle, animé selon les règles d’un fan-club, frisant parfois la limite du culte de la personnalité, et dénués de toute réflexion.

Oh, on m’opposera qu’il existe nombre de clubs de réflexions qui y sont reliés. Mais quels poids ont-ils sur le programme de leur parti ? Aucun. Ce sont des économistes ou think-tanks extérieurs qui influencent leurs candidats. Une fois élus, les nouveaux gouvernants découvrent, tour à tour, quel que soit leur camp, les réalités du pouvoir, et oublient leurs promesses. Ils gouvernent alors comme ils le peuvent, sans réelle prise, et finalement, sans pouvoir, mais en tentant d’en sauver les apparences. Les abstentionnistes l’ont compris.

Si l’on ajoute à cela les affaires des quelques politiques moins sérieux que les autres, c’est toute la classe politique qui se retrouve dans le même panier : celui de la désillusion. Le drame, c’est qu’elle refuse de le voir. Et en agitant une fois encore, à l’issue de cette municipale, l’épouvantail du FN, elle montre qu’elle n’a rien compris au monde qui l’entoure et à la réalité de la France. Les gens sont bien moins cons que ne l’imagine le détestable microcosme, et bien plus futés.

Ils savent que coincée entre l’Europe, avec son euro fort, et un coût du travail très élevé, la France n’est pas prête de réussir l’équation qui la sortira du chômage. Ils savent que chaque gouvernement ne fait que bricoler quelques plans, chacun ses bonnes œuvres, mais que le volontarisme pour mener une action pérenne a depuis longtemps été jeté aux oubliettes.

Enfin pour terminer, la règle des élections intermédiaires a une fois de plus été respectée : le pouvoir en place perd. Cette fois, c’est le PS, avec une claque est plus importante que la fois précédente. Et tout le monde s’en étonne, le président de la République le premier. Pourtant, cette sanction du pouvoir en place, qui change systématiquement de côté, devrait alerter les politiques : ça n’est pas un camp qui est condamné, mais l’exercice qu’il fait du pouvoir. Autrement dit, le système.

D’ailleurs, qui ces partis réunissent-ils ? Quand l’UMP se félicite d’être le premier parti de France, elle oscille entre 200 et 250 000 adhérents. Sur 27 millions de votants, c’est au maximum 0,9% du corps électoral. A l’instar des syndicats, qui continuent de lutter pour les intérêts des travailleurs alors que les travailleurs actuels, notamment dans le tertiaire, ne votent plus depuis longtemps aux élections syndicales, le monde politique est en train, lui aussi, de se vider peu à peu de sa représentativité. Ce qui naturellement, à terme, menace sa légitimité.

Et c’est bien là que se trouve le véritable danger. Aujourd’hui, cette fracture politique représente désormais environ* 40% du corps électoral. Face à cette situation catastrophique de légitimité électorale qui s’effrite de scrutin en scrutin, le microcosme politique a beau jeu de jeter l’opprobre sur le vilain FN, facile à critiquer, plutôt que de se mettre en cause. Cette caste repliée sur elle-même, complètement ankylosée dans ses certitudes et coupée des réalités, n’a d’autre solution, pour tenter de faire bonne figure, que d’utiliser le FN comme analyse de diversion. Mais ça reste de la manipulation par omission… Triste France !

Faudra-t-il que le nombre de suffrages exprimés par rapport au nombre d’inscrits passe sous la barre des 50% pour que le petit monde politique cesse de se regarder le nombril et de chercher à maintenir son petit pouvoir factice pour enfin réfléchir à un nouveau système ? L’avenir nous le dira… D’ici là, rendez-vous pour les européennes !

*En ce mardi 25 mars, à 17h30, soit 45h30 après la fin du scrutin, le Ministère de l’intérieur n’a pas diffusé sur son site internet le pourcentage des suffrages exprimés sur le nombre d’inscrits. Je me suis donc trouvée dans l’obligation de limiter mon analyse au taux de participation, ce qui dénature légèrement l’analyse. Je modifierai donc cet article en insérant la donnée qui me manque pour vous livrer l’analyse la plus fine possible dès que j’aurai connaissance de ce chiffre.

 

Hollande, et après ?

56-44. Ce n’est pas le score du match de rugby d’hier (on est en finale, on est en finale, on est, on est, on est en finale), mais grosso modo celui de la primaire socialiste.

Après un ultime affrontement dans les urnes, François Hollande l’a emporté assez largement sur Martine Aubry, avec un score de 56,57% pour le corrézien contre 43,43% pour la Lilloise. C’est donc François Hollande qui portera donc les couleurs socialistes à la présidentielle, au printemps prochain.

Immédiatement, la boîte à images se met en route, et le PS réussit bien à faire passer son message d’unité. Dès sa première prise de parole, Aubry fait le geste. Sur le perron de Solférino, les deux candidats se donnent la main, ceux du premier tour les rejoignent pour la photo : l’adversité est loin, tous derrière Hollande et peu importe qu’il fut surnommé Flamby ou taxé de représenter la gauche molle. L’heure est au rassemblement au sein du parti socialiste, condition sine qua non pour espérer l’emporter en 2012.

Car la gauche a choisi Hollande, avec une confortable avance. Celui qui, il y a quelques mois encore, subissait en interne au PS un Tout sauf Hollande, de la part d’une frange de la rue de Solférino. Et pourtant. Dès le premier tour, le mystérieux corps électoral de cette primaire l’a placé en tête, avec 9 points d’avance. Les sondages lui en donnaient 10. Avouez que c’est kif-kif.

Restait alors à confirmer cette dynamique. Un à un, tous les battus du premier tour l’ont rejoint, laissant Martine bien seule pour mener la dernière bataille. Mais c’était logique : il fallait se rassembler sur le gagnant, pour lui donner la plus grande légitimité possible. Martine n’a certes pas démérité, mais François l’a largement emporté.

Reste maintenant à transformer l’essai, et ce ne sera pas facile. Ce qui m’a frappée, hier, c’est le non vote des quartiers.  Les banlieues ont boudé la primaire, malgré les déplacements des candidats. Ainsi selon les chiffres compilés par le Parisien, au premier tour, si Paris compte 13,7% de votants sur l’ensemble des électeurs inscrits, avec des pointes à 18,4% dans le 11ème ou 19,5% dans le 3ème, la participation peine à atteindre les 5% en Seine-Saint-Denis, et 5,67% dans le Val D’Oise. Avec un record à 2,37% à Garges-les-Gonesse. Dans le même temps, la moyenne nationale est de 6,14%.

Lorsqu’on regarde où ce sont portés les votes exprimés dans ces quartiers, les résultats ne sont guère marqués. Ainsi, si le score de Ségolène Royal est légèrement supérieur, celui d’Arnaud Montebourg est en général inférieur, ce qui ne donne pas plus de poids, in fine, à la gauche de gauche. Bref, les banlieues n’ont pas vu dans la primaire un espoir dans le fait de choisir le candidat de gauche.

Je ne crois évidemment pas à la théorie avancée par certains selon laquelle ce chiffre s’expliquerait par l’impossibilité pour les étrangers membres du PS de voter. D’une part c’est faux, ils pouvaient se rendre aux urnes et présenter leur carte du PS. D’autre part, cela ne change rien en terme de pourcentage du corps électoral ayant participé au primaire : à ce que je sache, s’ils sont étrangers, ils ne vont pas plus voter au printemps prochain. La question n’est donc pas là, et sert juste à instrumentaliser ce non vote pour plaider la cause du vote des étrangers. Grosse ficelle.

Reste que la question du vote des banlieues, traditionnellement porté à gauche, se pose. S’abstiendront-elles, ou hésiteront-elles entre les candidats classiques et les extrêmes, de droite comme de gauche ? François Hollande tient là l’un de ses défis majeurs : parvenir à parler à cette population mais surtout, à être entendu.

Car le danger bleu Marine guette… Non pas spécifiquement en banlieue, mais partout. Or la question sera bien de se qualifier au second tour. A l’heure actuelle, de nombreux candidats jouent la carte facile de l’anti-Européanisme, taclant l’Europe et l’Euro à tout bout de champ, en faisant croire à la population que sans l’Euro ni l’Europe, la vie serait plus belle. Qu’importe les conséquences réelles qu’engendrerait la sortie de l’Euro, ou la complexité d’en sortir : ceux qui tiennent ce discours n’ont aucune chance de gouverner.

Et c’est bien là que le bât blesse : c’est justement parce que personne ne peut juger sur pièce que les extrêmes ont recours aux idées populistes. Reste que ceux qui les auront cru conserveront l’impression de ne pas être entendus. Avec plus ou moins de rancœur et d’agressivité. Surprenant cependant que personne ne s’étonne de trouver dans ce pêle-mêle les souverainistes de Dupont Aignant ou la gauche du PS de Montebourg aux côtés des extrêmes de droite et de gauche, de Marine Le Pen à Mélenchon et Poutou. Tout de même, tout le monde n’a pas la géolocalisation politique contrariée !

Que les petits candidats se mettent à racoler ainsi risque de mettre sérieusement en danger le candidat du PS, tout comme celui de l’UMP. La souffrance de la population finit par détourner une partie de l’électorat sur les bords, que ce soit d’une tendance ou de l’échiquier. En ce sens, le premier tour pourra être serré.

EELV sera tout aussi démago que Mélenchon, et offrira une solution toute aussi radicale, mais plus acceptable aux bobos en raison d’une image plus hippie chic, là où Hollande sera tenu d’éviter les fausses promesses pour ne pas décevoir s’il l’emporte, et garder un discours audible au regard de la situation intérieure, mais aussi de la France en Europe et dans le monde. Ce que n’ont pas nécessairement à faire les petits candidats… On l’oublie trop souvent, mais c’est aussi le jeu du premier tour.

Reste qu’Hollande devra faire face a minima à Poutou (NPA), Mélenchon (PC/Front de Gauche) et Joly (EELV), faute d’avoir pour l’instant des nouvelles de Schivardi (et son moins de 1%) et Chevènement (ira, n’ira pas ?). Autant de candidats qui feront mathématiquement baisser son score, quitte à le faire passer en troisième position.

Cette division des voix sera moins importante à droite, où le candidat Sarkozy affrontera a minima Marine Le Pen (FN). Et peut être Dupont Aignan (DLR), Boutin (FRS) et Miguet. Difficile en effet de comptabiliser Bayrou le centriste dans les voix de droite, le Modem étant désormais quasiment autant de droite que de gauche en matière de répartition des voix (à peu près 60 à droite/40 à gauche en 2007).

Ne nous y trompons pas, 2012 ne sera pas 2002. Mais plusieurs éléments sont à noter. Tout d’abord, comme je l’ai déjà expliqué, il y aura du mouvement dans l’électorat de droite. Le rejet de Nicolas Sarkozy est bien plus fort que l’UMP ne veut le faire croire, et le premier symptôme en est la désaffection pour le soi-disant candidat naturel au sein même des militants et des élus. Les prises de positions en ce sens se sont multipliées, et traduisent un vrai malaise. Second symptôme, la participation d’une partie de l’électorat de la droite et du centre à la primaire du PS : à l’exception des quelques fanatiques de Sarko qui ont bêtement voulu fausser le scrutin, ceux là sont prêts à franchir le Rubicon au second tour.

Reste, une fois encore, la question du premier tour. A droite, le rejet de Sarkozy se répartira en cinq tendances : abstention pure et simple, vote au centre, vote vers un petit candidat, vote FN, et vote à gauche. Parmi ces choix, les plus gros mouvements seront sur le vote au centre et le vote FN. A moins d’un trop fort risque FN qui pousserait les anti-Sarkozy porté sur le centre à voter utile dès le premier tour.

A gauche, ceux qui ne sont pas d’emblée convaincus par Hollande auront également plusieurs choix : vote sur un candidat plus marqué (Mélenchon ou EELV), vote extrémiste (NPA ou FN), abstention. Et ne nous y trompons pas, le programme économique de Marine Le Pen vise bien l’électorat de gauche : appeler à la nationalisation (des banques) n’a jamais fait bander la droite…

La question reste donc définitivement celle du poids du FN conjugué à celui de l’abstention, pour espérer figurer au second tour. La candidature centriste de Bayrou pourrait réunir une partie de la droite, dépourvue de candidat depuis le retrait de Borloo et l’improbable candidature Villepin, mais il reste peu probable qu’il parvienne à réitérer son score de 2007 : l’essai n’a pas été transformé, et le Modem n’est pas apparu suffisamment crédible depuis 4 ans pour porter un espoir de société qui séduirait au-delà d’une base certes élargie par rapport à ses scores régionaux, mais trop faible pour parvenir à se qualifier.

C’est donc bien l’abstention et le vote FN qui seront les arbitres du 22 avril prochain. Soit les votants auront suffisamment répartis leurs votes sur l’ensemble de l’offre politique, et dans ce cas les candidats UMP et PS se qualifieront. Soit l’abstention sera plus élevée et le vote FN plus important que l’on ne l’imagine, et dans ce cas, le candidat de droite comme celui de gauche risquent de ne pas se qualifier. Et d’offrir un non-choix au second tour.

Paradoxalement, le second tour semble plus clair en cas d’affrontement Hollande-Sarkozy. Le rejet de l’actuel président est tel que même s’il est aussi bon candidat qu’il est mauvais président, et reste capable de l’emporter sur le fil, Hollande devrait emporter les voix de la gauche jusque sur une partie de la droite, cette tendance est confirmée par la participation de certains d’entre eux dès la primaire, six mois avant l’élection. Et ce transfert sur la gauche est facilité par le choix d’Hollande, plus centriste que Martine Aubry, rédhibitoire pour une partie plus large de la droite qu’Hollande en raison de son sectarisme et surtout des 35 heures.

En réalité, seule l’abstention de gauche et des extrêmes pourrait faire basculer le rapport de force au profit de Sarkozy, qui aura du mal à remonter de son score de premier tour jusqu’à dépasser la barre fatidique des 50% des suffrages exprimés, condition sine qua non pour gagner. Reste que pour l’emporter au soir du 6 mai, il faut se qualifier le 22 avril. Après avoir rassemblé derrière lui le parti socialiste, le corrézien doit veiller à ne pas se faire déborder sur sa gauche. Voilà le vrai défi qui attend François Hollande pour les six mois qui viennent.

Alerte enlèvement : on a perdu les électeurs !

Le rapport des tendances à l’issue de ce second tour est le suivant : PS à 36%, UMP à 18,6%, FN à 11,1% selon un décompte partiel du ministère de l’intérieur. Attention, ces moyennes doivent tenir compte du fait que le FN n’était présent que dans 406 cantons. La participation, elle, s’élève à 53,15%…

Ce que l’on peut dire de ces cantonales

1 – L’UMP agonise « à pas de Guéant » : le nouveau ministre de l’Intérieur est probablement en train de chercher à battre le record du nombre de gaffes en un minimum de temps, et plombe allègrement son camp par ses sorties de pêche aux voix du FN, sans même parvenir à en récolter assez. Je suggère à ce cher ministre, que je surnomme Agnan (le fayot du Petit Nicolas) de jouer plutôt à la pêche à la ligne… à la fête foraine. Cela fera moins mal à la France.

Le recul de l’UMP est tel que même dans les Hauts-de-Seine, fief du président de la République, la fidèle Isabelle Balkany qui préparait l’avènement du Prince Jean est battue, et le maire de Neuilly, DVD, écrase la candidate officielle de l’UMP. C’est dire l’ampleur de la sanction infligée à l’encontre de Nicolas Sarkozy.

L’UMP, bien que consciente de n’avoir pas mobilisé ses troupes, ne sait tellement plus à quel saint se vouer que ce soir, parmi les éléments de langage distribués aux personnalités qui se rendaient sur les plateaux pour représenter l’UMP, il y avait… la centrale de Fukushima. Si, si… WTF ???

2 – Le PS ne convainc pas, en affichant des scores relativement équivalent aux dernières cantonales : peu de conseils généraux devraient être gagnés, et bien en dessous de l’objectif de dix qui était annoncé.

3 – Le FN progresse, certes, mais les français savent bien qu’il ne dispose pas des solutions pour répondre à leurs préoccupations. Si en nombre de voix le FN progresse, seuls deux candidats sont élus, ce qui relativisent la crédibilité du FN vis-à-vis des électeurs lorsqu’il s’agit de vraiment lui confier le pouvoir.

Faute d’avoir trouvé l’alternative qu’ils cherchent, les français se sont rués sur l’abstention, exprimant ainsi leur profond désir de changement et de refondation politique dans notre pays. Il y a urgence à prendre en considération la fracture politique qui existe entre le peuple et la caste. Qui saura proposer une alternative crédible ? A chacun de prendre ses responsabilités, et réponse en 2012… ou pas !

Cantonales : 404(000) voix not found pour l’UMP

Maintenant que j’ai commenté le score sur ma commune, il est temps de me livrer à une petite analyse des scores nationaux. Car il y a matière. Bon, les UMP livrés en éléments de langage pas très frais m’expliqueront certainement que c’est un scrutin local et qu’il est donc stupide de le commenter au national.

Mais je le ferai quand même, pour plusieurs raisons. D’abord, parce que certains UMP ont estimé que les cantonales seraient un test, il est donc logique qu’on commente ce test. Ensuite, parce que vu le contexte national et la forte poussée du FN, il est bien évident que les électeurs ont souhaité adresser un message national. A moins que quelqu’un ne puisse m’expliquer comment le FN, avec ses professions de foi nationales et déconnectées des enjeux locaux, et alors qu’il n’avait aucun conseiller général, a pu faire un tel score. Grands analystes politiques ou fortiches de la joute verbale (qu’il faudra me mettre par écrit, hein) je vous attends !

L’abstention remporte ce scrutin

Premier point à retenir : la grande gagnante de ce scrutin, c’est l’abstention. Madame s’est placé en pool position, avec plus de 55% des inscrits. Hey, elle serait élue au premier tour ! Ce signal fort adressé par les français ne peut plus être ignoré par la classe politique. Mesdames et Messieurs de la caste, remettez vous en cause ! Je vois deux raisons à la désaffection des français pour les urnes au-delà du simple désintérêt pour l’élection cantonale.

Certes, il faut prendre en compte le comportement des politiques, du bling bling aux jets privés, en passant par le sentiment d’impunité des élus. Mais bien plus encore, il faut s’intéresser à la profonde fracture qui existe entre les préoccupations des français, et celles des politiques. D’un côté, nous avons une population en souffrance, qui s’appauvrit réellement, paye toujours plus, se précarise. Et de l’autre, nous avons des politiques qui mettent sur le tapis des débats qui n’intéressent personnes, qui font des lois pour quelques dizaines de cas, qui se préoccupent de qui sera le candidat de leu parti, et qui ne résolvent pas les questions qui arrivent en tête des sondages sur ce qu’attendent les français. Tous, de toutes tendances, sont responsables de n’être plus audibles. Alors bougez vous !

A l’heure où l’UMP se targue d’un grand succès diplomatique avec le vote de la résolution de l’ONU sur a Lybie, il serait peut être temps de réaliser que lorsqu’on prône avec force la nécessité d’avoir une démocratie en Lybie et ailleurs, il serait peut être bon de prendre soin de celle qui est chez soi. Lorsque le peuple le veut plus voter, la situation est alarmante…

L’UMP boit la tasse… sans comprendre

Et pourtant le jeu continue avec aux commandes, l’ancien secrétaire général de l’Elysée récemment « promu » Ministre de l’Intérieur. Personne n’a en effet pu échapper à la bonne grosse boulette lorsqu’il a commenté les chiffres de ce scrutin, réinventant les mathématiques.  Le ministre a en effet choisi de faire des additions pour le moins étranges : pour lui, la majorité présidentielle obtient 32,45 %, contre 25 % au PS. Il place en outre le FN aux alentours de 15 %. Mais ces chiffres ne correspondent pas aux intitulés donnés par le ministère de l’intérieur. Si l’on s’en tient aux partis tels que présentés par ce dernier, le PS obtient en effet 25,19 %, le FN 15,23 % et l’UMP… 17,01 %.

Agnan, le fayot du Petit Nicolas, a décidé de manière unilatérale de compter les DVD (divers droite, pas les DVD que vous mettez dans votre lecteur pour regarder un bon gros navet) comme étant de la majorité présidentielle… qu’ils le fussent ou non, estimant que beaucoup de candidats DVD étaient soutenus par l’UMP mais n’avaient pas osé porter l’étiquette. Euh… C’est le jeu ma pov’ Lucette !

En outre, s’il choisissait ce mode de calcul, il aurait alors fallu procéder de la même manière pour la gauche, et comptabiliser les DVG (divers gauche) au PS sans omettre les écologistes et les radicaux de gauche, au minimum car certains PC étaient aussi concernés…

Et puis comme je suis tatillonne, il aurait aussi fallu retirer les candidats DVD qui n’ont rien à voir avec l’UMP. J’en connais un , il s’appelle Daniel Garrigue, était candidat sur le canton de Bergerac I, est porte parole de République Solidaire, et a quitté l’UMP il y a déjà 2 ans. Il n’est tellement pas UMP que le parti de Sarko a envoyé contre lui une candidate, UMP donc, qui n’est autre que son ancienne attachée parlementaire. C’est dire si l’UMP le porte dans son cœur… Prière donc de ne pas récupérer son score même si son arrivée en tête avec 31,2% des voix, là où la candidate UMP a fait 7,7% , serait intéressant. Faut pas pousser Mémé dans les orties, hein.

Bref, Agnan a scoré mais avouez que comme moi, vous n’en attendiez pas moins. Que seraient les soirées électorales sans ce traditionnel flot d’inepties appelés « éléments de langage » ? Et ce soir, nous avons eu du lourd ! Tout a commencé avec le président de l’UMP, Jean-François Copé. Livré en éléments de langage par l’Elysée et Guéant, il s’est laissé aller à refuser un front républicain. Oh mais que c’est charmant, cette course à l’échalote au FN ! Forcément ça a buggé. Très vite, de nombreuses vois dans l’UMP ont tempéré de surprenant discours, notamment NKM, Pécresse et Jacob.

Mais je décerne la palme du ridicule au régional de l’étape Roger Karoutchi. Sur le plateau de LCP AN, l’ancien ministre des Relations avec le Parlement (si, si, il l’a été) a expliqué l’abstention par… le contexte international. Selon lui, la guerre en Lybie, le séisme au Japon, la centrale de Fukuyuma ont créé un contexte anxiogène peu propice pour que les citoyens se rendent aux urnes. Triple laule piqué. Ce serait drôle si ça n’était pas pathétique…

L’UMP boit la tasse, la gauche sursaute et le FN pavoise

A bâbord, point de triomphalisme malgré une arrivée en tête des suffrages exprimés, avec 25% des voix pour le seul PS, et 39% pour l’addition des forces en présence. Si les résultats se confirment la semaine prochaine, l’enjeu à en déduire sera plutôt pour les cantonales. Parce qu’au national, l’essai est loin d’être transformé : tout dépendra, encore et toujours, de la primaire.

Marine, elle, continue de surfer sur sa vague pendant que l’UMP, telle Brice de Nice, continue désespérément de la chercher. Le FN donne de la voix, et parvient à se maintenir dans près de 400 cantons malgré le relèvement du ticket d’entrée au second tour à 12,5% des inscrits. Son résultat national, à 15%, est d’autant plus inquiétant que le FN n’était présent que dans 72% des cantons. Autant dire qu’un FN à 20% est une hypothèse tout à fait crédible…

Enfin l’UMP se prend une énorme gamelle, avec un petit 17%… alors qu’elle disposait dans une très large majorité des cantons de l’union UMP-NC-PR !!! Comme le disaient de nombreux observateurs (dont moi-même) les gens préfèrent toujours l’original à la copie. Ainsi, à force de banaliser le discours extrémistes, l’UMP a doublement échoué, en envoyant ses électeurs les plus à droite sur le Fn, et ses électeurs les plus modérés sur les candidats de gauche. FAIL !

Et après ?

A un an de la présidentielle, et en tenant compte de la nationalisation de la campagne dans la dernière ligne droite tant pour le FN que pour l’UMP, on ne peut que reconnaître que cette élection cantonale était un sondage grandeur nature pour les forces politiques en présence.

Avec deux limites. D’une part, c’est un sondage, et donc un instantané de l’opinion publique française. Au gouvernement d’en tirer les leçons qui s’imposent. D’autre part, le Modem étaient présent dans moins de 10% des cantons, et que République Solidaire n’avait pas positionnés de candidats à quelques exceptions près –ce qui limite forcément l’analyse au centre.

Alors, que nous promettra notre bon mètre pour tenter de récupérer les faveurs des électeurs ? Un débat sur un sujet dont tout le monde se fout ? L’armada sur la thématique de la sécurité Tome 10 (un par an) de la chose  ? Une réformette fiscale ? Un énième épisode du feuilleton « Remaniement » ? J’avoue que je trouverais assez comique qu’il se sépare de Claude Guéant. Oh ça va, on peut toujours rêver…

Pour ou contre Sarkozy ?

Le Figaro nous explique gentiment ce matin que 2/3 des électeurs de Nicolas Sarkozy ont voté pour lui par adhésion, contre une courte majorité des électeurs de François Bayrou, et un tiers seulement des électeurs de Ségolène Royal.

A priori on pourrait se dire, à la lecture de ce commentaire, « tiens, Nicolas Sarkozy convainc ». Sauf que justement, c’est une lecture hasardeuse, car ça ne fait jamais que 20% des votants. Il reste donc à réunir un minimum de 30% d’électeurs non convaincus. Pas si simple !

Si Ségolène Royal, en dépit de son piètre programme, parvient à réunir 2/3 d’électeurs contre Sarkozy, il y a fort à parier que dimanche, ceux-ci feront de même. Quand à Bayrou, la moitié de ses électeurs, selon ces mêmes sondages, proviendrait également d’un vote Tout sauf Sarkozy. Si tel est la réalité, cela donnerait une réserve de voix supplémentaire à Ségolène Royal, qui disposerai ainsi des 36% de voix de gauche, ainsi que des 9% de Bayrou, soit 45%.

En théorie –et c’est bien le calcul du Figaro- Nicolas Sarkozy devrait l’emporter, avec 53 à 55% des voix. Si le combat paraît, sur le papier, bien engagé pour Sarkozy, n’oublions pas que la gauche et Bayrou ont parfaitement su mobiliser les anti-Sarko –et le vote des banlieues en faveur de Royal le démontre- ce que logiquement la gauche devrait reproduire au second tour.

Inversement, à droite, les électeurs qui n’ont pas voté « utile » dès le premier tour devraient, pour une partie, s’abstenir. En effet, il y a fort à parier qu’une partie des électeurs du FN, déçus du score de Le Pen, qui lui-même s’est estimé spolié de ses voix, ainsi que des électeurs de De Villiers, ne se déplacent même pas aux urnes… ce qui ferait alors artificiellement monter la gauche.

La gauche, y compris chez les extrêmes, ayant appelé à voter Royal pour faire barrage à Sarkozy, la clef du scrutin réside désormais chez les centristes et électeurs des autres candidats de droite. Sarko y dispose d’une bonne réserve de voix. Le seul risque, pour lui, réside finalement dans l’abstention, qui pourrait artificiellement faire monter la gauche.