Primaire PS : Tribord perd la boussole !

La primaire du PS a donné le mal de mer à la droite. Pourtant, le processus était connu depuis longtemps. Il y a même eu un avant goût en 2007 avec la primaire interne du PS.

Et contrairement à ce que l’on voudrait nous laisser penser, il y avait pourtant bien eu à l’époque trois débats télévisés –mais aucun en hertzien-, pour cette primaire qui se jouait à un tour. La seule vraie différence, c’est que la primaire de 2006 était interne au PS, et non ouverte à tous les citoyens. Il semblerait que cela gêne un peu à tribord…

L’UMP est tellement obnubilée par la primaire qu’elle organise ce mardi une convention… sur la primaire. En 2007, les conventions du parti majoritaire servaient à préparer le projet, en abordant tour à tour les grands thèmes de la présidentielle. Pour la présidentielles de 2012, j’avoue avoir du mal à suivre. Soit la primaire du PS est un enjeu de société, qui justifie qu’on fasse des propositions sur ce thème aux Français, et dans ce cas la convention de l’UMP se justifie. Soit le parti majoritaire tente de se donner un peu de consistance face à ce succès populaire, et de délivrer massivement des éléments de langage à ces militants.

Pourquoi pas, mais on n’est alors plus dans la construction du projet. Dernière possibilité, l’UMP organise cette convention pour se positionner par rapport à la primaire, ce qui serait alors un peu court. D’une part, parce que le projet du PS existe depuis un moment et que sa version post-primaire, modifiée par le candidat, ne sortira pas d’ici mardi. D’autre part, parce qu’en tant que Fille de Droite, je trouverais un peu limité de se cantonner à répondre au PS dans le projet de l’UMP : cela relèverait d’un vrai manque d’ambition pour la France, et surtout, d’une absence totale d’idées. Voilà pourquoi je ne comprends pas bien la tenue de cette convention, au-delà d’un aspect thérapie de groupe qu’il me paraît pathétique d’ultra médiatiser.

Ce matin, Copé en remet une couche dans ce n’importe quoi généralisé à tribord. Sur I-télé, il explique que le ralliement de Montebourg à Hollande montre l’incapacité à tenir une ligne à gauche. Hum hum… Donc si je suis bien monsieur Copé, l’UMP n’est pas plus crédible, en allant du centre droit à la droite populaire, en passant par exemple par monsieur Vanneste qui rappelons-le, tient régulièrement son lot de propos homophobes. Si Hollande ne peut rassembler la gauche, tout pareil pour Sarkozy. Ou comment Copé assume avec convictions des propos qui plombe autant sa famille politique. LOL.

Sans parler des divergences sur l’organisation même d’une primaire. D’un côté Fillon, Accoyer, et même mon pote Aymeric s’y étaient déclarés plutôt favorables, conscients que le succès de la primaire citoyenne comme la modernité de ce mode de désignation posent question à droite.  Et je partage, en tant que Fille de Droite, totalement cette vision. De l’autre, Sarkozy a vertement tancé ce procédé. C’est dire si la primaire met Tribord en panique : les vents contraires agitent le Titanic, qui se débat en pleine cacophonie avec des morceaux de Xababa (ndlr Xavier Bertrand), Eric Raoult ou encore Morano au milieu, qui éclaboussent dans tous les sens… et souvent non-sens d’ailleurs. Dur, dur d’être de droite, par les temps qui courent…

La droite qui, d’ailleurs, s’est déjà essayée à l’exercice en interne. Si certains aiment donner l’exemple des déchirements consécutifs à la primaire de l’UMP pour la municipale à Paris, ils oublient que le système même de la primaire a existé pour la présidentielle, en 2006, à l’initiative… de Nicolas Sarkozy. Eh oui, rendons à César…

Si ce fut un fiasco, c’est uniquement parce que les barons de la droite ont baissé leur culotte, n’osant pas affronter celui qui était alors président de l’UMP. Il faut dire que les scrutins internes organisés par la même équipe –méthodes bolchéviques, menaces et bourrage des urnes électroniques inclus- avait de quoi refroidir les ardeurs. Reste que les statuts prévoient les primaires. Tellement qu’après l’élection de Sarko, il a fallu les modifier fissa pour prévoir qu’il n’ait pas à s’y soumettre cette année, sous prétexte qu’il serait le candidat naturel. J’y reviendrai.

Du coup, la prise de position présidentielle nous expliquant « La Ve République ne peut être l’otage des partis politiques et le candidat (à la présidentielle, ndlr) pris en otage par son parti. Le général de Gaulle a voulu une élection à deux tours, pas à quatre tours », c’est, euh, comment dire… Soit Nicolas Sarkozy pense réellement ce qu’il dit, et affirme donc ne pas avoir lui-même respecté l’esprit des institutions de la Vème en 2006, et donc ne pas être le gaulliste qu’il prétend être. L’ancien ministre du budget Alain Lambert ne s’est d’ailleurs pas gêné pour le lui rappeler, et demander à ce qu’on laisse le Général en paix (voir le tweet ci-dessous).

Car le Général n’a jamais prétendu être contre la primaire : la question ne s’est jamais posée, et je défie qui que ce soit de trouver une phrase de Charles de Gaulle sur ce sujet. En effet, contrairement à ce que certains voudraient bien faire croire, les primaires, en étant citoyennes, reflètent bel et bien la rencontre entre un homme et un peuple, au-delà des partis : c’est justement en sortant du cadre interne qu’elles deviennent gaullistes ! Et elles ne favorisent en rien le bipartisme : il y a bien eu plusieurs primaires à gauche, pour désigner les candidats qui porteront les couleurs des partis concernés !

Enfin, Nicolas Sarkozy affirmait, dans son discours d’investiture en tant que président de l’UMP le 28 novembre 2004 : « Vous, adhérents, je veux que vous soyez maîtres de votre destin. Les grandes décisions politiques du mouvement nous les prendrons ensemble. Pour cela, je ne connais qu’une seule formule : celle du vote démocratique, ouvert à tous ». Soit Nicolas Sarkozy estime que le choix du candidat n’est pas une grande décision politique. Soit il fait preuve d’une mémoire sélective qui frise la mauvaise foi. C’est ballot.

Une fois de plus, Nicolas Sarkozy semble ne pas sentir le vent nouveau qui a soufflé sur la vie politique ces dernières semaines. Car il ne s’agit plus, cette fois, de politique politicienne ou même partisane : cette primaire était proposée à tous les citoyens se reconnaissant dans des valeurs de gauche –en réalité républicaines, comme je l’ai déjà expliqué– et donc complètement en dehors de l’appareil. Car si le vote a été organisé par le PS, il suffisait d’aller dans les bureaux de vote pour constater qu’il était calqué sur n’importe quel scrutin organisé par l’Etat.

En ce sens, le président n’a pas compris que quelque chose, dans le rapport entre le peuple et la politique, avait changé. Comme si depuis qu’il est reclus à l’Elysée, il avait perdu la connexion avec le peuple français. C’est ennuyeux pour un candidat naturel de ne plus sentir la tendance… Sarko aurait-il perdu son mojo ?

Il est évidemment trop tôt pour le dire, mais certains rats quittent déjà  le navire, fuyant la présidentielle. Le Premier Ministre lui-même, François Fillon, semble avoir zappé l’étape avril-mai, pour se consacrer à Paris… pour la municipale de 2014. Son plan épargne retraite à lui qu’il a. Sur Twitter, un militant de droite me disait hier qu’il n’y avait aucune surprise à préparer les législatives de juin dès maintenant. Euh, en tant que Premier Ministre, si. Soit il pense que la droite va l’emporter en mai prochain, et donc qu’il bénéficiera d’un élan favorable. Soit il pense que l’UMP va méchamment se rétamer, et qu’il faut partir en campagne le plus tôt possible.

Et qu’on ne me dise pas qu’il doit s’implanter localement : il vise la 2ème circonscription de Paris, celle qui inclut une partie du 6ème et du 7ème arrondissement –où même mon chien serait élu s’il portait un collier UMP (qu’il ne portera jamais hein)- et en plus, la plupart des délégués de circonscription parisiens sont pro Fillon. D’ancien P9 -pour Point 9, autrement dit de France.9, le club de Fillon- qui lui ont bien préparé le terrain. Autant dire que si François Fillon annonce dès maintenant son parachutage, c’est qu’il n’est pas über optimiste sur le fait de bénéficier de la dynamique de la présidentielle ! Ca doit être le sens de l’expression Courage, Fillon !

De là à dire qu’une large partie de la droite fait l’impasse sur les scrutins d’avril et mai, il n’y a qu’un pas. C’est à mon sens, l’explication du retrait de Borloo. Oh, il y a certainement des raisons occultes à chercher du côté d’éventuelles casseroles dissuasives, mais à mon avis, au-delà des rumeurs, Borloo a certainement étudié précisément l’état de la droite… et constaté qu’il n’avait aucun intérêt à se lancer dans une campagne de premier tour qui le ferait apparaître comme le diviseur. L’intérêt de tout le monde réside en effet dans le concept suivant : soutenir Sarko pour mieux le laisser se planter… tout seul.

Evidemment, c’est un pari risqué. Mais si Sarko se plante, c’est payant pour tout le monde. Personne ne sera le-vilain-salaud-qui-ne-l’a-pas-soutenu-et-qui-a-fait-perdre-des-voix, et donc chacun pourra tenter sa chance à la loterie suivante, à savoir la reconstruction de la droite. Avec en option, la disparition du sarkozysme des écrans radars pendant quelques temps… car ce sera bien ce courant qui sera responsable en cas de défaite. D’autant qu’en cas de reconstruction, la droite optera probablement pour des options radicalement différentes que sous le sarkozysme : les courants devraient donc, logiquement, retrouver voix au chapitre.

Je dis bien retrouver. Si les militants actuels de l’UMP sont arrivés sous Sarkozy, et ne connaissent donc pas l’histoire de leur propre parti, je rappelle que l’instauration de courants au sein de l’UMP a été votée par le conseil national le 9 mai 2004. Je suis bien placée pour le savoir : non seulement j’y étais, mais j’ai voté des deux mains et des deux pieds la motion Juppé, qui les proposaient. Pour qu’ils existent, il fallait simplement ratifier cette proposition par un vote du congrès. Ce que Sarko s’est toujours refusé à faire. Qui fut le président de l’UMP le plus moderne ? Juppé !

Quand on sait qu’aujourd’hui l’homme est plébiscité pour représenter la droite à l’élection présidentielle en lieu et place de Sarkozy –par les militants, mais également, par des élus !- on peut en tout cas s’interroger sur la notion de candidat naturel revendiquée par la droite aujourd’hui. Autant je pense, comme beaucoup, qu’un président qui se représente doit se porter candidat pour assurer la continuité de la politique de son camp, autant il se trouve que cette année, j’estime que la droite –dont je suis, je le rappelle- dispose d’un meilleur candidat. Non seulement parce que l’actuel président ne parvient pas à réunir son camp, mais aussi et surtout parce qu’il a désacralisé la fonction et atteint aux valeurs républicaines, ce qui ne lui donne plus la pole position pour les porter.

Et ne nous leurrons pas : même s’il venait à l’emporter en mai prochain –Sarko étant aussi mauvais président qu’il est bon candidat, rien n’est perdu pour lui, et le résultat final dépendra tant de sa stratégie que de la capacité de la gauche à y faire face- il sera de toutes façons en position de faiblesse dès juin. Une fois les législatives passées, Sarko perdra en influence, parce qu’il ne pourra plus se représenter.

La droite sera déjà dans une autre logique : sa reconstruction. Et soyons honnêtes : on ne peut se reconstruire que sur un échec. Aussi, pour tourner enfin la page du sarkozysme qui la détruit de l’intérieur, et se purger des tentations frontistes comme des méthodes nauséabondes qui ont émaillées son fonctionnement depuis fin 2004, la droite a intérêt à l’alternance dès 2012. Reste à savoir quelle proportion de la droite votera pour son candidat, quelle autre pratiquera l’abstention, et enfin laquelle se laissera ainsi séduire par l’humour corrézien…

L’UMP peut-elle imploser ? *

Sujet marronnier et tarte à la crème par excellence, la fin annoncée de l’UMP. C’est un peu comme la fin du monde, il y aurait en politique l’équivalent d’un calendrier maya, qui prédirait la fin du parti présidentiel, jeté comme le bébé avec l’eau du bain de la cuvée 2012. Alors la fin de l’UMP, réelle possibilité, ou mythe politico-médiatique ?

De la présidence de Juppé à celle de Sarkozy

Pour comprendre l’UMP, il faut revenir aux sources, et étudier son histoire, de la création à nos jours. Le parti majoritaire a construit son socle sur l’Union en Mouvement, la réunion des partisans de Jacques Chirac lors de la campagne présidentielle de 2002. L’idée était alors d’assurer un « vote utile » dès le premier tour, en réunissant le maximum de soutiens à droite malgré les candidatures des libéraux et du centre. A l’époque, il s’agissait déjà de réunir un maximum de voix pour se qualifier pour le second tour, mais le 21 avril n’avait pas encore eu lieu. C’était une simple stratégie politique, sans pression.

Avant le premier tour, cette union allait au-delà du seul RPR, mais sans que cela ne soit formalisé dans un parti. Quelques semaines avant le 21 avril, le parti radical de Borloo avait rejoint l’aventure. Pendant l’entre-deux tours, les libéraux de Madelin ont rejoint le club. Il faut dire qu’avec 2,9%, Démocratie Libérale ne pouvait rembourser ses frais de campagne aussi rejoindre le parti de la Droite et du Centre permettait de mettre les comptes au vert. Enfin une partie de l’UDF a choisi, elle aussi, d’entrer dans l’union. Mais sans François Bayrou. Après six mois de préparation, le 17 novembre 2002, un congrès fondateur consacrait la naissance de l’Union pour un Mouvement Populaire.

Tout juste élu, son président, Alain Juppé, dut s’atteler à une tâche bien difficile : faire de la place à chacune des composantes de l’union. Des postes de permanents aux responsables de fédérations en passant par la liste des secrétaires nationaux, il a fallu sans cesse composer, arbitrer, fédérer. Jusqu’à parvenir à fondre tout ce petit monde sous une étiquette commune –UMP- tout en respectant les sensibilités des uns ou des autres. Une savante alchimie qui devait, pour beaucoup, à la personnalité d’Alain Juppé.

Conscient qu’un parti si riche en tendances pouvait vite se trouver confronté à une véritable zizanie, Alain Juppé décida de mettre en place les courants, pour chaque sensibilité. Il présenta son projet en conseil national, le 9 mai 2004, et sa motion passa de justesse, à seulement 58% des voix. Pour autant, elle fut voté. Les statuts prévoyaient qu’elle soit ratifiée par les adhérents lors du congrès suivant. Hélas, le congrès suivant fut celui de l’élection de Nicolas Sarkozy et le vote ne fut pas mis à l’ordre du jour. Ni à celui des congrès suivants, décentralisés sur le net ou non.

La priorité pour Nicolas Sarkozy, à l’époque, n’était pas de permettre l’expression des uns ou des autres, mais de se faire élire président. N’ayant jamais mis les pieds dans l’UMP depuis sa création, il prit en main un parti dont il ne connaissait rien, qu’il mit au pas avec les méthodes de l’ancien RPR… Les seules qu’il connaissait. Que l’UMP ait fait entre temps sa révolution culturelle et se soit modernisée lui échappait totalement : il n’avait pas vu le parti naître ni grandir, ayant toujours pris un grand soin à éviter ce lieu.

Une fois Alain Juppé terrassé par ses ennuis judiciaires, et la route laissée libre pour la prise du parti, Nicolas Sarkozy fonça… dans une structure qu’il ne connaissait pas. Faute de mieux, la droite en fit son candidat : non seulement il constituait un espoir de par sa jeunesse et son dynamisme, mais surtout, personne n’avait voulu aller à la bagarre. Il rencontra donc peu de résistance en interne, traita les récalcitrants par la purge et la terreur, et parvint ainsi à unifier le parti en vue de la présidentielle de 2007. Une stratégie particulièrement brillante, et jusque là payante, puisqu’il monta sur la plus haute marche du podium et devient président de la République.

Boulimique de pouvoir

Une fois élu, Nicolas Sarkozy rencontra son premier dilemme : laisser ou non le parti, et dans les mains de qui ? Celui qui avait ravi le parti aux chiraquiens était bien placé pour savoir le trésor que recelait cet outil pour mener une campagne victorieuse. Hors de question, donc, de le laisser à n’importe qui, ni de rendre un putsch possible.

Quels que furent les politiques en charge –Patrick Devedjian, Xavier Bertrand, Jean-François Copé- aucun d’entre eux n’a vraiment tenu le parti : Nicolas Sarkozy avait veillé à ce qu’il n’y ait pas d’élection du président de l’UMP –comme prévu par les statuts- et que le responsable de l’UMP ne soit qu’un secrétaire général. Ainsi, il restait lui-même, de fait, président du parti…

Pour mémoire le mandat de président de l’UMP est de 3 ans (à l’exception du premier mandat qui était de 2 ans). Ainsi, les élections du président de l’UMP ont eu lieu en novembre 2002 et 2004, conformément aux statuts, et auraient du être programmées en novembre 2007 puis 2010. Et rien ne l’empêchait : il était logique, sur le plan calendaire, de remplacer celui qui était devenu président de la République… tout comme Jacques Chirac n’avait pas pris en main l’UMP.

Ce ne fut pas le cas. Nicolas Sarkozy fit voter une réforme des statuts sur mesure, ajoutant des dispositions particulières pour le cas où « le président du parti devient président de la République » (Titre IX, articles 48 et 49). Ce petit arrangement avec les statuts permet à Nicolas Sarkozy de conserver  la main sur l’UMP, tout en oubliant que le chef de l’Etat est, selon notre constitution, au dessus des partis. Mais au-delà de sa mainmise sur la maison UMP pendant sa présidence, c’est bien la question de l’après qui est posée.

Bizarrement l’article 48 omet de préciser ce qu’il se passe à la fin du quinquennat : le président redevient-il automatiquement président du parti ? Sur la base de quel calendrier sont alors programmées les nouvelles élections ? Autant d’éléments qui ont leur importance pour imaginer l’après hyper présidence de Sarkozy.

Sur les montagnes russes de l’opinion publique

Depuis 2007, la majorité présidentielle a connu bien des remous : succès post-présidentielle, vague bleu permettant de disposer d’un groupe majoritaire à lui seul à l’Assemblée Nationale, puis, comme pour tous les partis de gouvernement, une érosion de sa popularité. Nicolas Sarkozy s’était fait élire sur la promesse d’être le président du pouvoir d’achat. S’il s’est heurté à la crise, il a, avant celle-ci, déboussolé les français en affichant un style bling-bling décomplexé, mais totalement décalé par rapport à ses promesses de campagne. De la victoire fêtée au Fouquet’s au yacht de Bolloré, il a affiché ses signes extérieures de richesse… sans oublier au passage de s’augmenter de 172%.

Pire, Nicolas Sarkozy s’est perdu dans l’ivresse de ce pouvoir qu’il avait tant désiré, et qu’il s’était acharné à obtenir. Non seulement il est resté président de l’UMP, et a retardé autant que possible son départ du conseil général des Hauts-de-Seine, mais il s’est crû autorisé à transmettre les pouvoirs comme bon il l’entendait, allant jusqu’à tenter de faire élire son fils Jean, jeune homme de 23 ans peinant à valider ses semestres pour décrocher une licence de droit, à la tête de l’EPAD, le richissime établissement financier qui gère le quartier d’affaires de la Défense. Bien plus que de placer ses amis, il a crû pouvoir placer sa famille, oubliant la symbolique monarchique : cet arrière goût de loi salique provoqua un tollé dans l’opinion, et le « roi » dû renoncer au sacre princier, temporairement du moins…

Au fil des mois, la côte de popularité du président n’a cessé de baisser, au gré des réformes, l’obligeant à de multiples remaniements, et l’acculant à envisager une stratégie politique risquée pour ramener à lui les électeurs. La séquence 2010, visant à attirer les électeurs du Front National vers la branche dure de l’UMP, est à cet égard très intéressante : débat sur l’identité nationale, perte des élections régionales, loi sur la burqa, création de La Droite Populaire, groupe d’élus de cette droite dite « décomplexée » mené par les élus du Sud Est (surnommés les « pizzaïolos »), discours de Grenoble, séquence anti-roms, débat sur la laïcité, perte des élections cantonales.

Une majorité qui doute

Aujourd’hui, et parce qu’il l’a voulu ainsi en personnalisant le parti à outrance, l’image de l’UMP se fond dans celle de Nicolas Sarkozy. Quoi qu’il fasse, quoi qu’il dise, tout se reporte sur l’image du parti. Le bon –et ce fut le cas avant son élection- comme le moins bon. A l’inverse totale de la fin du quinquennat de Jacques Chirac et pour cause : Nicolas Sarkozy, alors président de l’UMP, et candidat à la présidentielle, cherchait à tout prix à se démarquer –et donc à démarquer le parti- de l’action gouvernementale. Revenu dans l’ordre juste des relations entre parti majoritaire et gouvernement, l’UMP absorbe tout de l’image de l’hyper-président.

Si l’Union fonctionne relativement bien aux beaux jours, les dissensions sont apparus avec la baisse de popularité constance de l’UMP, liée à celle du gouvernement et du président. Coupable désignée, le virage pris vers la droite dure. Difficile alors pour les autres composantes de l’UMP de se retrouver dans ces prises de positions. D’autant que sur le terrain, les élus se faisaient rabrouer par des électeurs désorientés. Du coup, nombre de candidats n’ont pas voulu afficher le soutien que leur offrait l’UMP, et beaucoup se sont déclarés sous l’étiquette DVD. Comme pour mieux montrer aux électeurs qu’ils n’étaient pas en accord avec le parti majoritaire, auquel ils n’appartenaient pas forcément, et qu’il n’était pas question de mélanger les torchons et les serviettes.

La claque prise par l’UMP lors des élections cantonales aurait logiquement dû être suivie d’une réaction. Hélas, le parti majoritaire a choisi de conserver la même ligne. Dès l’annonce des résultats du premier tour, Jean-François Copé a appelé au « ni ni » : ni Front National, ni front républicain. Le sujet ne pouvait que mettre le feu aux poudres et très vite, la majorité s’est divisée sur le sujet, de nombreuses personnalités de droite –dont le premier ministre François Fillon- appelant à faire barrage au FN. Une fois les élections passées, l’UMP a persisté… en maintenant le tant décrié débat sur la laïcité. Ce qui a une nouvelle fois généré de fortes turbulences en interne. Autant d’éléments qui construisent un joli nid à l’idée d’une éventuelle implosion de l’UMP en une explosion de courants prenant leur indépendance.

Pour autant, cette hypothèse n’est pas réaliste dans l’immédiat. Aujourd’hui, la séquence pré-présidentielle pose naturellement la question du positionnement de chacun, et de la meilleure stratégie pour l’emporter en 2012. Du côté des partis associés ou proches de l’UMP, il est temps d’entrer dans la négociation : soutien oui, mais en échange de quoi. Il est donc logique d’assister à des prises de distance, qui pourront même éventuellement aller jusqu’à une déclaration de candidature. Attention, certains de ces oiseaux visent un quota de circonscriptions réservées. Pour les courants non formalisés, ceux qui ont toujours joué le jeu de l’UMP, la tâche est plus ardue. Leur objectif prioritaire est de ne pas envoyer de mauvais signaux à leurs électeurs, et donc de peser sur les prises de position. D’où, également, certaines prises de distance.

D’autres enfin ont une stratégie plus personnelle, ce qui, au passage, doit rappeler des souvenirs à Nicolas Sarkozy. Si tout porte à croire que le président sera candidat à sa propre succession, deux questions restent posées : qui sera le mieux placer pour lui succéder, et quand ?

Pour autant, la question de la succession est totalement déliée de celle sur la survie de l’union de la droite et du centre. D’une part, parce que la personnalisation de l’UMP sur Nicolas Sarkozy cessera au plus tard lors de la campagne pour la présidentielle de 2017, et au plus tôt en avril 2012, qu’il soit ou non réélu.

Ensuite, il ne faut pas négliger l’aspect financier. Certes, l’UMP a oublié, au fil des années, sa diversité, du fait de l’hyper personnalisation menée par l’hyper président. Par temps d’orage, les différents courants ont voulu marquer leur différence… faute d’avoir pu mener ces débats en interne… faute que ces courants aient été mis en place comme prévu par le vote du conseil national le 9 mai 2004. Si l’UMP paie aujourd’hui l’expression dans les médias de ses différences, les équipes qui s’y sont succédé depuis Alain Juppé sont bien responsables d’avoir créé le monolithe.

Pour autant, à l’exception des partis comme le Nouveau Centre ou le Parti Radical, ces courants ne sont pas, pour la plupart, en mesure de se financer. Au-delà des cotisations et dons effectués par les adhérents, l’essentiel du financement des partis vient de l’aide publique allouée par l’Etat. Les montants sont définis par le score réalisé aux législatives. A titre indicatif, une voix représentait en 2007 environ 1,7 euros par an (jusqu’à l’élection législative suivante). La loi du 11 avril 2003 a tout de même apporté une limite permettant d’éviter la multiplicité des très petits candidats aux législatives : cette dotation est réservée aux seuls partis et groupements politiques ayant atteint 1 % des suffrages exprimés dans au moins 50 circonscriptions.

Lorsqu’on regarde de près, de nombreux députés appartiennent à plusieurs « courants ». Ainsi, le Chêne, le mouvement gaulliste de Michèle Alliot Marie, en revendique 200. Sur 325 députés UMP. Sachant que leur élection permet le financement de leur parti, combien seraient prêts à se présenter sous l’unique étiquette du Chêne ? Quitte à avoir un candidat UMP face à eux ? La démonstration peut se reporter sur les autres groupes, que ce soit la Gauche Moderne, la Droite sociale de Laurent Wauquiez, la Droite Populaire, … Naturellement, certains députés sont membres à la fois de plusieurs courants, on le voit aisément lorsque l’on additionne le nombre d’élus revendiqués par chacun. Sous quelle étiquette alors se présenteraient-ils ? Il est bien évident que ces petits courants sont créés pour représenter un mouvement d’idées, et non pour se constituer en parti politique.

Pour les partis constitués, la stratégie d’union est toute autre : il est plus intéressant pour le Nouveau Centre ou le Parti Radical de négocier des circonscriptions réservées, c’est-à-dire sans candidat UMP face au candidat NC ou PR présenté, plutôt que de prendre le risque d’un candidat autonome, qui ferait un score – et donc rapporterait du financement- mais ne serait pas forcément élu. Ne pas avoir d’élus à l’Assemblée Nationale limite en effet considérablement le poids politique d’une sensibilité… pour eux, la stratégie est simple : union dès le premier tour, contre des circonscriptions réservées et cadeau bonus : possibilité d’avoir un groupe parlementaire (cas du NC), intégration de la sensibilité au gouvernement (PR), ou les deux.

En conclusion, tout le monde a intérêt à conserver la stratégie d’union, et c’est bien pour cela qu’elle s’est créée en 2002. L’idée de Jacques Chirac était de créer une coalition de la droite et du centre dès le premier tour, afin d’insuffler une dynamique permettant de l’emporter au second tour. Coalition fondé sur un socle de valeurs assez larges, reprises dans la charte de l’UMP.

Si aujourd’hui l’UMP souffre de la personnalisation du parti par Nicolas Sarkozy, il est peu probable qu’au départ de celui qui pose problème, le monolithe explose : bien au contraire, ce peut être une vraie chance pour l’UMP. Le parti aura alors à se transcender, et l’un de ses enjeux majeurs sera d’intégrer ses courants… et de reprendre là où le parti en était resté avant l’arrivée de Nicolas Sarkozy…

Et pas forcément sans lui. Juppé l’a prouvé, et d’autres avant lui : personne n’est jamais mort en politique. L’avenir de l’UMP passera par sa capacité à se moderniser… et c’était bien le projet de Jacques Chirac.

*Cet article a été écrit pour Politiko et publié à cette adresse

Le remaniement réalité, une première du genre

Depuis le 30 juin dernier, date à laquelle lors de son SarkoShow télévisé, le président de la République a cru bon d’annoncer des semaines à l’avance un changement d’équipe, rien ne nous aura été épargné. Ce feuilleton aura tenu en haleine la classe politique et le microcosme, et considérablement parasité au passage la vie politique, réforme des retraites incluses.

On craignait que la montagne n’accouche d’une souris… Ce fut surtout un énorme rat-age, au terme de consultations poussives entachées par le claquage de porte d’une partie des centristes, et une ligne politique qui ne se redessine pas : aucun signe à l’horizon d’un retour vers le dialogue social …

Womanizer version ministres

Comment donner du crédit à des ministres en sursis ? Telle fut la première question. Woerth enlisé dans l’affaire Bettencourt mais pas que (Société des courses de Chantilly, par exemple) fut le premier exemple de cette déliquescence. Malheureusement, il fallut que Sarko cède à son plaisir défendu, celui du sadisme, et se mette à humilier ses ministres, faisant monter les enchères sur les postes à pourvoir, distillant moultes rumeurs plus ou moins assumées dans la presse via les offs, jusqu’à la finale de ce remaniement réalité : l’ultime bataille, celle de Matignon.

Après avoir mis hors course Michèle Alliot Marie –un de ses conseillers s’étant fait pincer lors d’écoutes peu justifiées à taper là où il ne fallait pas- il a joué la guerre des deux réellement premier ministrables enclins à accepter : Borloo vs Fillon. Si Borloo a longtemps tenu la corde, ayant semble-t-il obtenu des garanties et poussé le vice jusqu’à endosser le costume du rôle, modifiant sa coiffure comme demandé par La Voix, il fut rattrapé par un énième retournement de situation… quelque peu aidé par un groupe UMP peu désireux de voir un centriste Premier Ministre. Jamais avare d’un tour de girouette, Sarko demanda à Fillon de faire savoir son envie de rester. Ultime humiliation pour le « collaborateur »… qui pourtant s’y plia. Que ne faut-il pas faire pour conserver son maroquin…

Et c’est un samedi soir, à l’heure où les familles regardent Champs Elysées (il se trouve que Drucker reparut sur les écrans ce soir là) que l’Elysée annonça la démission du gouvernement. Nombreux sont ceux directement concernés –ministres, collaborateurs- qui l’apprirent en même temps que les autres, par les alertes push de leur Iphone ou autre Blackberry. Cruelle technologie, qui vire par sms… Les journalistes passèrent la soirée à commenter la poignée de main « fort chaleureuse » entre Sarko et Fillon, puis à annoncer en boucle qu’il serait renommé Premier Ministre dès le lendemain matin. Surprise sur prise ? 6 mois, un débat politique parasité, un renfermement du gouvernement sur lui-même, tout ça pour ça ?

S’ensuivit la « nuit sans gouvernement », probable remake de la nuit des longs couteaux, et nuit blanche pour certains. Combien furent ils à tenter leur chances par un appel au 0895 XX XX XX (1,65 € la minute) pour tenter de décrocher un poste ? Le Canard Enchaîné nous le dira au fil des mercredis… Dès dimanche matin, les chaînes infos ont repris les spéciales, tout comme les émissions politiques, le dimanche étant par tradition le premier jour de la semaine politique. Face à la diffusion en boucle des mêmes images, sans réelles informations, et aux commentaires sur les réseaux sociaux et blogs, l’attente fut longue et riche en rebondissements : Copé à l’UMP, Borloo se retirant de sa propre initiative, …

Tel est pris qui croyait prendre…

Sarkozy s’est finalement affaibli avec ce remaniement. Annoncé dès le mois de juin, concrétisé par la démission du gouvernement un samedi soir –poussée ou pas par la sortie de Juppé ?-, avant de traîner en longueur toute la journée du dimanche, Sarkozy a payé cher son sadisme. Tout au long du week-end, le Président de la République, s’est donc retrouvé obligé de composer avec une majorité qui l’a débordé, faute d’avoir su arrêter le jeu sanguinaire à temps tant sur le fond politique –le discours de Grenoble a fait grogner dans les circonscriptions et les députés ont du essuyé les effets négatifs auprès de leurs électeurs- que sur la forme –sadisme à l’égard des prétendants.

A avoir poussé Fillon et Borloo, il a satisfait l’un, fâché l’autre, été obligé de négocier avec la composante centriste, et avec Jean-François Copé, patron des députés UMP, à la manoeuvre pour soutenir Fillon, et qui devait être récompensé. Sollicité pour l’Intérieur, un ministère régalien et d’importance, il a refusé, préférant réclamer l’UMP. Copé a réussi à forcer la main du président : la meilleure preuve en est que le président qui ne lui accorde pas sa confiance puisqu’il lui colle son fidèle Hortefeux dans les pattes.

Sarko ne sort évidemment pas grandi de ce remaniement, et apparait finalement comme un simple manipulateur pris à son propre piège, incapable de remanier en rondeur, mettant sur le devant de la scène les dissensions au lieu de placer la ligne politique au centre de son action. Six mois pour ça, c’est forcément un peu court…

So What ?

Ce ratage complet redistribue les cartes sur un échiquier politique plus mouvant que jamais. En choisissant de recentrer sa majorité sur un Etat RPR (qui n’a plus grand-chose à voir d’ailleurs avec ce que fut le RPR, le RPR avait au moins une ambition gaulliste !) et en faisant entrer au gouvernement des personnalités très marquées, comme Frédéric Lefèbvre à l’usure ou Thierry Mariani pour le goût Pizza, tous nouveaux secrétaires d’Etat, Nicolas Sarkozy a fait la place belle à une droite dure, loin de l’image sociale que voulait se donner François Fillon dans son communiqué de nomination.

Sans se renouveler non plus, Sarko a fait entrer Marie-Anne Montchamp –qui n’a pas assumé auprès de ses ex amis politiques son choix pourtant attendu- et fait croire à une prise qui n’a étonné personne : d’une part elle n’avait plus de circo, c’était donc pour elle la seule carte à jouer avant 2012 que de céder à cette tentation très humaine qu’est l’appétit du pouvoir. D’autre part aucun villepiniste digne de ce nom n’avait envie d’aller se commettre dans le naufrage annoncé du SarkoTitanic. Que Marie-Anne Montchamp ait décidé d’accepter le Secrétariat d’Etat aux Crocs de Boucher -n’étant en charge d’aucun dossier, on voit mal quel autre sens peut avoir sa nomination- reste un non événement : ça ne changera pas la face de la vie politique, ni celle de République Solidaire, et encore moins malheureusement la politique du gouvernement.

Sur le plan politique, en écartant fort brutalement Borloo,  les centristes réalisent que Sarko n’a jamais cru en l’UMP fondée par Chirac et Juppé, le parti « de la droite et du centre ». Borloo a donc tenu sa parole, et annoncé lui-même qu’il ne ferait pas partie de ce gouvernement, préférant reprendre sa « de proposition et de parole au service de [ses] valeurs » au premier rang « desquelles [il] place la cohésion sociale ». Sous-entendant ainsi qu’au gouvernement il n’était ni libre de parole, ni à mener une politique favorisant la cohésion sociale… Message transmis à Fillon !

Décision qui est aussitôt suivie par Daubresse et Létard, solidaires de Borloo. Autrement dit, le traitement réservé au chef du Parti Radical fait sérieusement brûler le torchon au sein de l’UMP. Dès lors, les élus du centre  vont donc se trouver dans l’expectative, et être l’objet de toutes les attentions. Certains pourraient être tentés de suivre une autre voie, qu’elle soit indépendante, par une candidature Nouveau Centre souhaitée par Hervé Morin, ce qui reste in fine assez peu probable sans un accord tacite de l’UMP –le Nouveau Centre étant financé par l’UMP- ou en rejoignant d’autres candidats positionnés sur ce créneau, que ce soit feu Bayrou qu’ils quittèrent pour Sarko, Borloo, ou Villepin qui cherche à rassembler sur ce créneau. Morin ou Borloo pourraient donc être tentés d’y aller, mais dans l’unique but de servir Sarkozy en 2012. Reste à savoir ce qu’en pensera l’électorat centriste et là, personne n’a de boule de cristal. Tout dépendra de la politique qui sera mise en place par la nouvelle équipe gouvernementale…

Quant à l’UMP, elle risque de voler en éclat, du fait de l’abandon de la représentation de ses sensibilités : les libéraux, premiers sacrifiés, sont restés proches de Sarko faute de mieux, même s’ils grognent sur son interventionnisme économique et sa maltraitance des libertés individuelles. On n’en voit pas un seul dans la liste des ministres. Mais les centristes, plus nombreux, ne devraient pas en rester là. S’ils obtiennent quelques ministères, décernés à des seconds couteaux, ils n’ont qu’un ministère régalien –la Justice- et de toutes façons, les composantes du centrisme sont pour le moment divisées. Enfin les gaullistes,  qui constituent encore un socle important, ne croient plus en MAM –affaiblie par son retrait des primaires de l’UMP en 2006 et son manque d’indépendance vis-à-vis de Sarkozy- pourraient se laisser tenter par Villepin, pour un peu qu’il quitte la critique de Sarko pour ne se concentrer que sur le projet qui fera de lui un présidentiable au-delà de ceux qui l’ont déjà rallié.

Amusant jeu de boomerang, la question des courants à droite revient en pleine tête de celui qui n’a jamais voulu les mettre en place, à savoir Nicolas Sarkozy. Revenons en 2004. Le 9 mai, le conseil national de l’UMP valide difficilement, à seulement 58%, la mise en place des courants, qui est censée être mise en place lors du Congrès suivant… soit le jour de l’accession de Nicolas Sarkozy à la tête de l’UMP, le 28 novembre 2004. Ca n’a jamais été fait. 6 ans plus tard, Nicolas Sarkozy se trouve confronté à la question de la pluralité des sensibilités au sein de l’UMP, faute d’avoir géré le problème en permettant leur expression, comme avait su le comprendre Alain Juppé. Ou comment l’absence de Sarkozy dans l’UMP entre 2002 et 2004 rejaillit aujourd’hui sur celui qui n’a jamais compris quel était l’objectif de Chirac et Juppé lorsqu’ils ont créé l’UMP.

En route vers 2012

Vous pensiez le feuilleton fini ? Ne rêvez pas… Tout ceci n’est qu’un appetizer de ce que sera la campagne de 2012, actée par le recentrage à droite par le renoncement à l’ouverture à la gauche –naturel à cette phase du quinquennat- et un positionnement à droite, soufflé par sa majorité.

Ce qu’il en sera, il est trop tôt pour le dire. Mais les cantonales et les sénatoriales viendront préciser le positionnement des déçus du sarkozysme, ce qui aura une influence immédiate sur le comportement des élus. Pour ce qui est de la population, tout dépendra de la capacité de Sarko à se réinventer, et surtout, à convaincre au-delà de son propre camp s’il espère l’emporter. Ce qui ne semble pas être le cap pris ce soir. En effet, au-delà de ce remaniement fleuve, très poussif tant il est difficile de faire du neuf avec du vieux, ce n’est pas le casting qui revêt de l’importance, mais la ligne politique qui sera décidé par l’exécutif.

Après trois ans et demi de pouvoir pour le duo Sarko-Fillon, l’économie tourne au ralenti : la croissance peine à redémarrer, le chômage s’envole, et les finances publiques sont fortement dégradées. Le mur reste donc devant nous sans que le président dela République ait marqué une volonté de changer de cap. C’était pourtant la dernière occasion de le faire avant 2012. Une fois de plus, les Français sont otages des basses manœuvres politiciennes…

Ambiance de fin de règne au Gouvernement

Le feuilleton de l’affaire Bettencourt et ses ramifications auront survécu à l’été, et pèsent aujourd’hui sur le dossier des retraites. A tel point que François Fillon est en première ligne pour prêter main forte à son ministre.

Un seul constat : Eric Woerth aurait du démissionner. Certes, il est présumé innocent et personne ne le condamne, mais sa fonction de ministre exige qu’il soit à la tâche. Les syndicats eux-mêmes déplorent le fait d’avoir à s’exprimer davantage sur la situation du ministre que sur le fond du dossier. L’action publique est détournée. Chacun doit prendre ses responsabilités pour enfin revenir à un climat de travail plus serein.

Mais est-ce encore possible ? Claude Guéant a annoncé dimanche sur Europe 1 que le remaniement aurait lieu en novembre. C’est le feuilleton de la rentrée ! Après l’annonce maladroite du remaniement dès juin, indiquant qu’il aurait lieu en octobre, l’échéance est encore repoussé d’un mois pour l’équipe gouvernementale… qui voit son calvaire prolongé. Faute de savoir qui fera partie de la prochaine équipe, le gouvernement ne peut être dans l’action dont a pourtant besoin la France !

L’avenir de François Fillon n’est pas décidé, ce qui le met également en position délicate. D’autant que Jean-Louis Borloo est bien décidé à remporter sa part du gâteau. Hum, qui de ces deux là l’emportera ? Suite au prochain épisode ! Quant à Xavier Bertrand, il est contesté dans sa gestion du parti par Jean-François Copé, dont il se murmure qu’il aimerait quitter le groupe pour le remplacer. Pour compliquer un peu plus l’équation, François Fillon –au cas où son avenir serait hors de Matignon- serait aussi intéressé…

Il est dramatique de voir ce gouvernement se perdre dans les règlements de compte et autres baux précaires. Il serait tellement plus opportun de se concentrer sur les attentes des français, à savoir des propositions concrètes pour faire face aux enjeux qui attendent notre pays. Vœu pieu ?

Où iront les voix des sexy centristes ?

Celui qui a réussi la meilleur campagne est incontestablement François Bayrou.

Grâce à ses jeunes, dynamiques et menant une campagne moderne, le candidat centriste a réussi à cristalliser sur son nom une bonne partie des indécis, de ceux qui ne parvenaient pas à mettre le bulletin Sarko ou Ségo dans l’urne.

Après cette campagne très « troisième voie », vers qui vont se tourner les électeurs ? Ils sont déjà l’objet de toutes les convoitises.

Si Sarkozy tente un rapprochement via Jean-Louis Borloo et Simone Veil, les déclarations anti-Bayrou de ces derniers jours, à droite comme à gauche, risquent de laisser des traces.

François Bayrou, fort de son score, n’a aucun intérêt à donner une quelconque consigne de vote, d’autant qu’il s’agit d’un électorat réunie par les circonstances, mais composé de plusieurs groupes bien distincts :

  • Le centre gauche, composé d’électeurs qui auraient voulu Strauss Kahn et qui n’ont pas cru en Royal : ceux là devrait se reporter sur la candidate socialiste
  • Le centre droit, composé de l’UDF et des non convaincus par Sarkozy, un camp qui votera de raison pour le candidat UMP.
  • Enfin les TSSS, tout sauf Sarko et Ségo : sans candidat au second tour, ils devraient massivement s’abstenir.

Reste à savoir quel est le poids de chacune de ses tendances parmi les 18,57% réalisés par François Bayrou…