Sarkozy brouille son image

Dans la partie de poker menteur qui se joue ces jours ci sur l’éventuel débat entre Ségolène Royal et François Bayrou, Nicolas Sarkozy est en train de perdre la main, à force de victimiser en criant au scandale.

Débattre avec François Bayrou n’est pas interdit. Techniquement, et au regard des règles du CSA, l’exercice reste périlleux car cela implique de laisser à Nicolas Sarkozy un temps d’antenne équivalent. Mais cela n’est pas impossible.

De même, rien n’interdit à un candidat qui ne s’est pas qualifié pour le second tour de prendre la parole dans la campagne du second tour. A l’extrême limite, François Bayrou n’y peut rien si les états-majors des deux candidats s’arrachent ses voix.

Il est même d’ailleurs plutôt sain que la démocratie soit plénière, et que les autres candidats veuillent débattre avec d’autres personnalités. C’est bien la preuve, au vu de son score, que ses électeurs ont été entendus, et il n’y a rien d’anormal à vouloir s’adresser à eux. Et il semble normal que leur leader les représente. mieux encore, tout cela respire enfin la transparence, loin des négociations habituelles cachées de l’entre-deux tours.

Ensuite, que cela ne conviennent pas à un candidat, c’est possible. Mais cela reste légal. Et d’ailleurs, peut être vaudrait-il mieux, pour être entendu de ces électeurs, éviter de crier au respect de la démocratie. Surtout quand le doute existe sur sa propre personne.

Les électeurs peuvent comprendre que le candidat de l’UMP souhaite occuper un maximum d’espace médiatique, afin de remporter la mise. Pour autant, il est totalement inaudible d’évoquer une éventuelle restriction des possibilités de débat aux seuls qualifiés pour le second tour. C’est évidemment faux, d’ailleurs les qualifiés aiment à entendre les perdants du premier tour s’exprimer en leur faveur, preuve si il en est qu’ils ont le droit de s’exprimer !

Caricaturer ainsi la démocratie sonne terriblement faux. Pire, ces mots peuvent être interprétés comme un rejet des électeurs ayant voté pour l’un des douze autres candidats… ceux là précisément qu’il faut convaincre.

Nicolas Sarkozy a donc tout faux dans cette démarche. Déjà handicapé par son refus de participer au débat sur internet proposé en amont du premier tour, et au lieu de poursuivre sa stratégie première, qui consistait à envoyer au feu les vétérans de l’UMP, réputés sages, tel qu’Alain Juppé, il retombe à nouveau dans la caricature du candidat psychorigide, en laissant parler les Copé, Bertrand et autres Fillon, tous plus agressifs les uns que les autres.

Résultat, les socialistes n’ont plus qu’à jouer la partition du Tout Sauf Sarkozy, un message très porteur au sein de l’électorat de François Bayrou. L’ex-candidat centriste rejoint d’ailleurs le concert, en enfonçant lui-même le clou sur la dangerosité de Sarkozy à chacun de ses passages médias.

Bilan, Nicolas Sarkozy, en deux jours, a perdu l’image d’un homme apaisé et changé qu’il avait tenté de se constituer. Et apparaît à nouveau comme un petit dictateur, nerveux, omnipotent, et sans la moindre envie de débattre avec qui que ce soit. Un tableau peu réjouissant… et donc qui le dessert.

Pour ou contre Sarkozy ?

Le Figaro nous explique gentiment ce matin que 2/3 des électeurs de Nicolas Sarkozy ont voté pour lui par adhésion, contre une courte majorité des électeurs de François Bayrou, et un tiers seulement des électeurs de Ségolène Royal.

A priori on pourrait se dire, à la lecture de ce commentaire, « tiens, Nicolas Sarkozy convainc ». Sauf que justement, c’est une lecture hasardeuse, car ça ne fait jamais que 20% des votants. Il reste donc à réunir un minimum de 30% d’électeurs non convaincus. Pas si simple !

Si Ségolène Royal, en dépit de son piètre programme, parvient à réunir 2/3 d’électeurs contre Sarkozy, il y a fort à parier que dimanche, ceux-ci feront de même. Quand à Bayrou, la moitié de ses électeurs, selon ces mêmes sondages, proviendrait également d’un vote Tout sauf Sarkozy. Si tel est la réalité, cela donnerait une réserve de voix supplémentaire à Ségolène Royal, qui disposerai ainsi des 36% de voix de gauche, ainsi que des 9% de Bayrou, soit 45%.

En théorie –et c’est bien le calcul du Figaro- Nicolas Sarkozy devrait l’emporter, avec 53 à 55% des voix. Si le combat paraît, sur le papier, bien engagé pour Sarkozy, n’oublions pas que la gauche et Bayrou ont parfaitement su mobiliser les anti-Sarko –et le vote des banlieues en faveur de Royal le démontre- ce que logiquement la gauche devrait reproduire au second tour.

Inversement, à droite, les électeurs qui n’ont pas voté « utile » dès le premier tour devraient, pour une partie, s’abstenir. En effet, il y a fort à parier qu’une partie des électeurs du FN, déçus du score de Le Pen, qui lui-même s’est estimé spolié de ses voix, ainsi que des électeurs de De Villiers, ne se déplacent même pas aux urnes… ce qui ferait alors artificiellement monter la gauche.

La gauche, y compris chez les extrêmes, ayant appelé à voter Royal pour faire barrage à Sarkozy, la clef du scrutin réside désormais chez les centristes et électeurs des autres candidats de droite. Sarko y dispose d’une bonne réserve de voix. Le seul risque, pour lui, réside finalement dans l’abstention, qui pourrait artificiellement faire monter la gauche.

Où iront les voix des sexy centristes ?

Celui qui a réussi la meilleur campagne est incontestablement François Bayrou.

Grâce à ses jeunes, dynamiques et menant une campagne moderne, le candidat centriste a réussi à cristalliser sur son nom une bonne partie des indécis, de ceux qui ne parvenaient pas à mettre le bulletin Sarko ou Ségo dans l’urne.

Après cette campagne très « troisième voie », vers qui vont se tourner les électeurs ? Ils sont déjà l’objet de toutes les convoitises.

Si Sarkozy tente un rapprochement via Jean-Louis Borloo et Simone Veil, les déclarations anti-Bayrou de ces derniers jours, à droite comme à gauche, risquent de laisser des traces.

François Bayrou, fort de son score, n’a aucun intérêt à donner une quelconque consigne de vote, d’autant qu’il s’agit d’un électorat réunie par les circonstances, mais composé de plusieurs groupes bien distincts :

  • Le centre gauche, composé d’électeurs qui auraient voulu Strauss Kahn et qui n’ont pas cru en Royal : ceux là devrait se reporter sur la candidate socialiste
  • Le centre droit, composé de l’UDF et des non convaincus par Sarkozy, un camp qui votera de raison pour le candidat UMP.
  • Enfin les TSSS, tout sauf Sarko et Ségo : sans candidat au second tour, ils devraient massivement s’abstenir.

Reste à savoir quel est le poids de chacune de ses tendances parmi les 18,57% réalisés par François Bayrou…