Pôle Emploi, l’usine à gaz…

Ce matin, j’ai reçu dans ma boîte mail une offre d’emploi via Pôle Emploi. Enfin une offre… Une injonction de candidater, car l’offre correspond à mon profil, et donc, je suis obligée de candidater.

C’est la fameuse politique des « deux offres d’emploi proposées », et si on n’accepte pas, on sera radié. Magnanime, Pôle Emploi m’offre la possibilité de ne pas candidater mais alors, je devrais justifier en long, en large et en travers pourquoi je refuse cette offre.

Aussitôt je me précipite, et constate que l’offre me correspond mais en plus, m’intéresse. Bon, je vous l’avoue d’emblée, pas grâce à Pôle Emploi : l’offre est obscure et ne précise pas vraiment ce que l’employeur attend. Mais un petit tour sur le site de l’employeur –qui est nommé- me permet de me faire une idée, même si le site ne relaie pas l’offre. Je décide donc logiquement de candidater. Et c’est là que tout se complique.

Je file sur le site de Pôle Emploi, je retrouve l’offre, et pas de coordonnées : seule la télécandidature est possible. Comme je dispose d’un dossier complet sur le site de Pôle Emploi, j’use de ce système. Je remplis donc un formulaire et là surprise : impossible de joindre un CV et une lettre de motivation. Le formulaire ne porte que sur les diplômes et les langues, et une liste ultra restreinte de compétences très généralistes, sans trop de lien avec l’annonce. Quant à l’espace de motivation, il fait.. 400 signes ! Super pour une lettre de motivation.

Mais le pire reste à venir. Lorsque je valide, je découvre le menu des réjouissances et attention, ça envoie du lourd : si ma candidature convient (à Pôle Emploi), mes coordonnées seront transmises à l’employeur. Pardon ???? Si ma candidature convient ? Pôle Emploi décide maintenant à la place des employeurs ??? C’est devenu un cabinet de pré-recrutement ???

Pourquoi pas, mais à ce moment là, sur quelle base Pôle Emploi décide ??? Sans lettre de motivation et sans CV ??? Parce que ces éléments, je les transmets comment ? Par la pensée ?

Des gens bien renseignés me disent via Twitter qu’une fois ma télécandidature faite, Pôle Emploi va décider si je corresponds, et là, je serai invitée à envoyer ma candidature. Deux choses :

  1. Je corresponds puisqu’on m’a gentiment poussée à candidater.
  2. De quel droit Pôle Emploi décide d’exclure des candidats d’un recrutement sans CV et lettre de motivation ?

Voilà, ça aurait pu être drôle si l’annonce ne m’avait pas réellement intéressée. Parce que j’ai eu beau chercher sur le site de l’employeur, il n’existe pas de contact sur leur site pour que je me passe de Pôle Emploi sur ce coup là, sauf à l’envoyer via l’adresse générale de contact, et de risquer qu’elle n’arrive jamais au destinataire, les webmasters transmettant rarement ce type de mail au bon service. Autrement dit, difficile de contourner l’usine à gaz.

Bref, j’attends maintenant de savoir si Pôle Emploi va être cohérent avec lui-même et sélectionner ma télécandidature. Et j’hallucine devant la perte de temps dans cette histoire. Envoyer CV et lettre de motivation par mail, fusse à Pôle Emploi, aurait tout de même été plus simple.

J’suis un chômeur abandonné…

Ce jeudi soir, les candidats se sont virtuellement affrontés sur le plateau de l’émission Des Paroles et des Actes, à une dizaine de jours du second tour de la présidentielle.

L’un après l’autre, François Hollande et Nicolas Sarkozy ont répondu aux questions des journalistes.

L’occasion pour eux d’évoquer enfin, mais très succinctement, la question de l’emploi… et du chômage. Et de constater que l’un comme l’autre n’envisage que des mesures « rustines » inadaptées. N’y allons pas par quatre chemin sur le constat : chômeurs, les politiques ignorent totalement ce que vous vivez, et n’ont pas l’intention de le découvrir. A force de clichés, ils  vous ont abandonnés. Décryptage.

Le mirage de la formation

Pour Nicolas Sarkozy, la solution se trouve dans la formation professionnelle. Selon lui, le vrai problème du chômage se trouve là. Les chômeurs ne disposeraient pas d’une formation suffisante pour trouver un emploi, ou alors, elle ne serait pas adaptée à la demande. Le mirage du plombier polonais. Les chômeurs seraient tous soit sortis du système scolaire trop tôt, soit des dangereux et irresponsables gauchistes dotés d’un BAC + 5 en socio, qui ne pourraient être absorbés par le monde du travail.

Donc Nicolas Sarkozy veut remettre tout le monde à l’école, sans aucune distinction. L’objectif est simple : donner une formation à tous, et obliger le chômeur à accepter une offre d’emploi correspondant à cette formation. Que vous soyez cadre ou manutentionnaire, peu importe. La philosophie ce cette proposition, c’est que tout est lié à vos (in)compétences, et vous devez passer au rattrapage.

Peu importe qu’il y a encore un mois, vous fûtes un excellent élément de votre entreprise, qui a mis la clé sous la porte. Il n’y a plus de crise qui tienne, vous êtes au chômage, vous êtes coupables. D’avoir eu des problèmes scolaires, peut être. D’avoir choisi la mauvaise orientation, c’est possible. Mais surtout, d’avoir perdu votre boulot. Chômeur, ton chômage, c’est de ta faute. Et on va te le faire payer cher.

Naturellement, certains sont concernés par les problèmes de formation. En premier lieu, ceux qui n’arrivent pas à entrer sur le marché du travail. Leur formation est-elle adaptée ? Si non, pourquoi les a-t-on orienté vers ces formations ? Personne ne se pose la question : mieux vaut les accuser de l’avoir choisie. Ca évitera de se demander pourquoi les entreprises refusent de faire confiance aux jeunes diplômés.

C’est tellement plus facile de faire croire que tous les jeunes qui ne s’insèrent pas sur le marché du travail sortent de formations inadaptées. Ce qui est naturellement faux. Combien d’entre eux s’entendent répondre qu’ils n’ont pas d’expérience ? Combien d’entre eux se voient proposer uniquement des stages ?  Combien d’entre eux vivotent de petits boulots très éloignés de leur formation –cette sacro-sainte putain de formation- juste parce qu’à la sortie on ne leur donne pas leur chance ? Cachez ce problème que l’on ne saurait voir !

Ensuite, il y a ceux qui n’ont pas de formation. Naturellement, ceux là ont besoin d’aide. Mais d’ailleurs, pourquoi n’en ont-ils pas ? J’entendais hier Nicolas Sarkozy pleurnicher sur les artisans qui cherchent des apprentis et n’en trouvent pas. Ce qui me donne l’occasion de vous donner l’exemple du petit frère d’une de mes meilleures amis. Romain a 18 ans. Il veut être plombier. Ca tombe bien, on manque de plombier. Mais voilà, Romain a 18 ans, et c’est son plus grand problème. Il voudrait bien retourner au lycée, pour décrocher une formation en alternance de plombier.

Mais pour être admis au lycée public qui assurerait cette formation, il doit trouver lui-même le patron qui le prendra en alternance. Bref, trouver le job. Sinon, pas de place au lycée. Mais personne ne veut de Romain. Parce que Romain a 18 ans, et que le patron devra le payer plus qu’un jeune de 16 ans qui ferait la même formation. Alors Romain s’est tourné vers Pôle Emploi. Réponse : attendre un an et sa demande sera étudiée, et il obtiendra peut être une formation de plombier.

Pour ceux qui ont besoin d’une formation, c’est déjà très compliqué. Mais tous les chômeurs ont-ils vraiment un problème de formation ? Et quelle est la part de crédit accordée à l’expérience professionnelle, appelée aussi « formation sur le tas » ?  Pour ma part, je suis titulaire d’un Bac + 3 en organisation de spectacle. Un métier que je n’ai jamais exercé. Et pour cause, c’est un secteur bouché. Je n’ai pas attendu de pointer des lustres au chômage pour remettre en cause ma formation. J’ai travaillé. Je me suis formée à partir de compétences comme l’écriture ou la communication, et j’ai appris non pas un, mais plusieurs métiers. J’ai de multiples compétences qui m’offrent l’accès à pas moins de trois jobs différents. Et ce serait un problème ?

D’ailleurs, 15 ans après l’obtention de mon dernier diplôme, il me semble que l’expérience professionnelle suffit à mes candidatures. Très honnêtement, j’ai entendu tous les prétextes du monde pour voir mes candidatures rejetées, mais jamais, ô grand jamais, personne ne m’a encore dit que c’était parce que je n’avais pas le bon diplôme lorsque je candidatais pour mon activité principale. Et pour cause : j’ai plus de 10 ans d’expérience ! Tous les recruteurs reconnaissent que cela vaut largement un diplôme…

Concrètement, va-t-on m’obliger à suivre une formation pour m’obliger à accepter ensuite deux offres d’emploi dans le domaine dans lequel je cherche déjà un job depuis un bail… ou peut on passer directement à la deuxième partie de la phrase ? Ce qui serait utile à un profil comme le mien serait plutôt une validation des acquis –qui ne prennent pas des mois comme la formule actuellement proposée par Pôle Emploi- ou une formation à la carte sur des compétences telles que les langues ou l’informatique. Mais là, ce serait plus compliqué d’appliquer l’obligation d’accepter une offre d’emploi correspondant à la formation.

Naturellement, un autre problème se pose. Si tout le monde doit obligatoirement suivre une formation lorsqu’il est au chômage, quid des CDD multiples ? Devront-ils enchaîner les formations entre deux CDD et changer tout le temps de métier, ou auront-ils une dispense ? Or c’est bien ces gens « qui travaillent quelques mois pour toucher des droits » que le président sortant vise… sans avoir conscience que pour quelques fraudeurs, l’écrasante majorité subit cette précarité et rêve du CDI qui viendrait enfin rompre la chaîne des CDD, qui rime avec logement précaire et insécurité financière.

Enfin, si la formation obligatoire pour tous est vraiment LA solution à tout, peut-on m’expliquer pourquoi Gilloux 99, qui a fait une formation payée par Pôle Emploi, correspondant aux métiers et besoins professionnels de la région dans laquelle il habitait alors (superviseur de centres d’appels, en Picardie) n’a pas trouvé d’emploi dans sa région à l’issue de cette formation si capitale pour le remettre sur le marché de l’emploi, et pointe aujourd’hui au RSA bien qu’ayant déménagé sur une région encore plus porteuse ? La solution miracle serait-elle faillible ?

Sans compter que personne n’évoque le problème capital du financement, et de l’indemnisation. Pour Nicolas Sarkozy, les chômeurs seront indemnisés pendant leur formation. Tous ? A quelle hauteur ? Aujourd’hui, un chômeur en formation continue de percevoir Assedics. Du moins, tant qu’il dispose de droits aux Assedics. Car une fois encore, la durée d’indemnisation dépend de la durée de cotisation. Certains chômeurs ne touchent donc pas d’Assedics. Pour les autres, la durée maximale est de deux ans, mais peut tout à fait être de quelques mois.

A l’issue de la période d’indemnisation Assedics, l’indemnisation durant la formation peut exister, sous conditions. Elle n’est donc pas, aujourd’hui, automatique. Elle dépend  de multiples critères, et  ne peut excéder 650 euros. Mais ce montant peut être bien inférieur. Ainsi, un de mes amis ne touchait que 200 euros pendant sa formation, qui de plus, avait lieu dans une autre région que la sienne. Il n’a pu survivre que grâce au maigre salaire de son épouse.

Mais cela choque-t-il vraiment ? Hier un internaute me disait sur Twitter : « Si tu es au RSA, tu as 400 euros par mois. Mieux vaut en toucher 650 ». Merci pour ce beau projet de vie qui nous est promis. La logique semble être la suivante. Si l’on touche 400 euros de RSA, il vaut mieux toucher 650 euros pendant une durée de formation a priori longue (si on veut disposer d’une bonne formation) et au résultat forcément aléatoire (rien ne garantit l’insertion immédiate sur le marché du travail à la sortie de ladite formation) que de risquer toucher près de 900 euros en trouvant un job au SMIC peut être le lendemain. Expliquez moi. Mais alors si, comme dans le cas de mon ami, la formation n’est indemnisée que 200 euros, alors qu’on avait 400 au RSA, c’est mieux aussi ? Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d’alu ?

Tout ceci au nom de quoi ? De la valeur travail. Le « vrai » travail. Le glissement idéologique n’est pas innocent. Le « vrai » travail n’est plus avoir un emploi qui permet de tirer un salaire de son labeur. Le vrai travail, c’est être occupé, fut-ce pour une tâche qui ne correspond ni à ses aspirations, ni à ses compétences, en échange d’une indemnisation standardisé qui n’est pas fonction du marché. Pour sortir les chômeurs du travail, Sarkozy est prêt à soviétiser le travail : tous au boulot, pour un pécule uniforme, et sans rapport avec les aspirations. Et il se prétend de droite ? Sa-vou-reux !

Les emplois aidés… pour tous ?

En face, ça n’est guère mieux. En effet, pour François Hollande, la solution au chômage de masse, c’est l’emploi aidé. Fatalement, de masse aussi. Parce que pour le candidat socialiste, les gens au RSA sont éloignés de l’emploi depuis trop longtemps. Erreur. Certains n’ont jamais connu l’emploi, comme nombre de jeunes diplômés. Mais d’autres parce qu’ils n’ont pas cotisé suffisamment longtemps. Non, le RSA n’arrive pas nécessairement au bout de longues années de galère… En même temps pour François Hollande, le RSA est de 700 euros, pas étonnant qu’il ne maîtrise pas le sujet.

Donc pour le socialiste en passe d’emporter la présidentielle, tout le monde aurait besoin d’un contrat d’insertion, pour se remettre au travail. Là encore, ça peut tout à fait convenir à certains publics en perte de confiance, ou dont les qualifications très techniques peuvent nécessiter une remise dans le bain. Mais une secrétaire qui a cessé de travailler il y a 6 mois et qui est au RSA, on imagine qu’elle ne sait plus décrocher le téléphone ??? M’enfin, qu’est ce que c’est que cette manière de systématiquement prendre le chômeur pour un demeuré ? Alors on peut avoir travaillé des années, avoir des compétences reconnues par ses anciens employeurs, et tout à coup ne plus savoir rien faire parce qu’on est au chômage ?

Mais dites moi les politiques, ce n’est pas vous, par hasard, qui prétendiez que la crise ralentissait les embauches ? Alors pour les entreprises, l’argument de la crise tient, mais par contre pour les chômeurs, ça ne peut expliquer leur période sans emploi : ils sont forcément devenus débiles ! Autrement dit, on distille dans la tête du reste de la population que le chômage n’est ni plus ni moins qu’une sorte de pathologie dont les effets seraient de rendre subitement incompétent. Ma-gni-fi-que. Voilà qui va aider le chômeur à retrouver du lien social, tiens !

De toutes façons cette proposition est fantasque. Vu le nombre de chômeurs, elle serait bien trop onéreuse… Il y aura certainement à nouveau des emplois aidés, mais ils ne seront ni obligatoires (au moins le candidat PS ne veut pas obliger les chômeurs à quoi que ce soit), ni accessibles à tous (comme auparavant, il y aura des conditions). Rien de neuf sous le soleil, donc. Et tout ceci ne nous dit donc pas comment les chômeurs seront aidés. Probablement parce que comme d’habitude, ils ne le seront pas.

Mais diantre, quand les politiques comprendront-il que ce que veulent les chômeurs, c’est un emploi ? Pas une formation. Pas un sous emploi. Pas un vrai travail. Un vrai emploi. Comme ceux qui sont issus des offres publiées sur internet ou dans les journaux. Des vrais jobs. Et non des cache-misères destinés à sortir des chiffres du chômage un maximum de chômeurs afin de prétendre avoir résolu le problème. Les formations comme les emplois aidés ne sont que des outils à mettre à destination de ceux qui en ont le plus besoin. Mais en aucun cas basculer dans le pérenne.

L’objectif de tout chômeur est de retrouver un véritable emploi, payé à sa juste valeur, en fonction du marché.  Ce serait bien qu’il en soit de même pour les pouvoirs publics… Hélas, ils y ont renoncé. Personne ne s’intéressera donc au comportement des entreprises de recrutement, qui utilisent des logiciels de tri de candidatures massives pour écarter des candidatures pourtant valides, et notamment celles de candidats dépassant un certain nombre de mois sans activité.

Ou encore celles qui organisent de faux entretiens en recevant des candidats ne pouvant pas répondre aux critères des entreprises clientes, le tout en 5 minutes chrono, pour prétendre avoir vu XX candidats, toucher la prime relative au poste, qui sera en réalité attribué à un membre du réseau. Ou encore l’absence d’obligation de réponse à un candidat. Ni du poids prépondérants des diplômes. De celles qui écartent des candidats sur le physique. Sur la raison politique. Ou autres discriminations. De celles qui profitent de la crise pour sous-payer leurs nouveaux salariés, et tirer ainsi les salaires vers le bas. Non, on ne parlera jamais de ce qu’il se passe de l’autre côté du miroir, ni de la mauvaise foi qui devient vraiment tendance chez les recruteurs, puisque de toutes façons, tout est de la faute du chômeur.

Entre mesures coercitives culpabilisantes et mesurettes, aucun politique ne propose de se préoccuper sérieusement de l’accès à l’emploi, en regardant dans plusieurs directions. Non, les politiques préfèrent se cacher la tête dans le sable, et omettre ce sujet. Le message reste le même que d’habitude : chômeurs, démerdez-vous !

TVA sociale, injustice fiscale

A l’origine, la TVA sociale est une bonne idée. Elle permet de faire baisser les charges des entreprises, ce qui est censé faire baisser le coût du travail, et favoriser tant l’emploi que la consommation.

En contrepartie, le poids des cotisations sociales, reporté sur la TVA, est partagé par tous. Le système semble pertinent vu que tout le monde bénéficie d’une protection sociale. Mais alors pourquoi une telle levée de bouclier ?

Parce que la France est en crise, et que les inégalités sociales ne cessent de se creuser. Mais surtout, les dernières décisions du gouvernement en matière fiscale ont quasi systématiquement touché tout le monde. A force, la pression fiscale est devenu très élevée pour les plus pauvres, et bien plus légère en proportion pour les plus riches qui eux, n’ont pas été bien fortement mis à contribution.

Résultat, le système s’est totalement déséquilibré. Dans un tel contexte, la TVA sociale n’a plus l’effet escompté de faire participer tout le monde tout en dégageant de la compétitivité pour les entreprises. Elle n’est plus qu’un impôt de plus, qui taxe, taxe, taxe… sans que l’effort ne soit jamais partagé.

Pire, pour vendre la TVA sociale, le gouvernement argumente avec des éléments de langage faux. Selon la droite, la baisse des cotisations sociales permettra mathématiquement au salaire net d’augmenter. Certes, mais quid des plus démunis qui touchent des prestations comme le RSA, les retraites, les Assedics ou les Indemnités Journalières (maladie ou accident) ?

Eux verront leur montant net de prestations baisser, du fait de l’augmentation probable de la CSG. D’autre part, si mécaniquement le salaire net va augmenter, quid du pouvoir d’achat ? Depuis 2007, le gouvernement a mis en place une quarantaine de taxes : sur la durée, peut on prétendre que le pouvoir d’achat a augmenté ? Non, Sarkozy n’a pas été le président du pouvoir d’achat.

Enfin si le salaire net et le revenu disponible augmente légèrement pour ceux qui ont un emploi, pourront-ils pour autant consommer suffisamment pour relancer l’économie, et atteindre l’objectif de cette réforme ? Rien n’est moins sûr car avec la TVA sociale, les prix vont eux aussi mécaniquement augmenter. Quand aux plus démunis, ils peuvent déjà commencer à faire la liste de ce dont ils devront se passer : les chômeurs, malades, retraités, titulaires du RSA, handicapés seront définitivement les indigents de cette politique fiscale.

Pour que ce système fonctionne, il aurait fallu l’insérer dans une réforme fiscale d’envergure, en le couplant avec d’autres impôts progressifs, permettant ainsi l’implication fiscale de tous les citoyens en mettant au centre ce principe simple : que tout le monde participe à l’effort fiscal nécessaire… mais à la hauteur de ses moyens.

Malheureusement aujourd’hui, la deuxième partie est complètement occultée. Chacun étant ponctionné selon un pourcentage qui est le même pour tous, il est évident que cette pression fiscale pèse lourdement sur les plus démunis, et nettement moins sur les plus aisés : c’est le monde à l’envers !

Or les plus démunis disposent aussi du droit de vote, et représentent pas loin de 15 millions d’électeurs. Nul doute que le moment venu, ils exprimeront dans les urnes leur ras-le-bol d’avoir été abandonné au bord de l’autoroute par des politiques flashés en flagrant délit de lobbying. Quitte à se tourner vers le FN, ou l’abstention : des valeurs refuges idéales pour exprimer la frustration d’une population exclue, qui, à force de subit la loi du plus fort, n’a finalement plus rien à perdre, puisque c’est déjà fait.

Et c’est bien là le danger. Nul doute d’ailleurs que tu côté de Nicolas Sarkozy, c’est un choix parfaitement assumé. Le candidat de l’UMP a tout intérêt à faire mécaniquement monter le FN pour parier sur un second tour à droite toute. Sauf qu’à trop jouer avec le feu, la bombe pourrait exploser…

Reste donc à attendre les ajustements programmatiques annoncés pour janvier par les candidats de gauche et du centre, pour espérer disposer lors de la présidentielle d’un panel de propositions visant à endiguer cette politique injuste fiscalement et donc, socialement. J-107 avant le premier tour : tic-tac, tic-tac, tic-tac…

SarkoShow, Acte III : Je suis le candidat qu’il vous faut

Après avoir sauvé l’Europe et bientôt le monde, puis la France, il était assez logique que Sarko songe à tirer les fruits de son dur labeur, et face enfin son autopromo, de manière plus claire. Afin que chacun comprenne qu’il sera bien candidat, et qu’en fait il l’est déjà. Sauf qu’il ne veut pas le dire.

Donc pour faire patienter, il indique que ce n’est pas le moment de se poser la question de savoir s’il doit redevenir président ou pas : « Quand nous avons fait la réforme des retraites, tout le monde m’est tombé dessus, les syndicats, l’opposition (…) Moi je m’en moque de savoir si je vais être réélu » Attention lecteur, il ne se pose pas la question parce que c’est évident : Sarkozy est bien plus candidat que président, et ce en permanence ! Tout ceci me fait penser à Zéro Janvier, le businessman-qui-a-le-blues de Starmania, dont le slogan était, dans cette comédie musicale, « Zéro c’est l’homme qu’il vous faut ». Zéro, oui, c’est bien ça. D’ailleurs j’aimerais bien savoir si Sarko aussi aurait voulu être un artiste. Et voir ses œuvres en poterie et macramé. Just sayin’.

Et d’ailleurs il se lance immédiatement dans son tube du quinquennat matraqué à longueur d’éléments de langages de #QAG –Questions au Gouvernement- en plateaux télés, à savoir une diatribe anti-PS –parce que même si le PS n’a pas gouverné depuis 10 ans, c’est toujours la faute du PS- en martelant en boucle son discours sur les retraites : « Cette réforme des retraites a protégé la France et les Français. La Grèce, l’Italie, l’Espagne n’ont pas fait de réforme des retraites ». Parce que lui est responsable, il fait les réformes…Réformettes. Faut pas déconner. Mais il est mieux que tout les autres et grâce à lui la France est au top. Bon, pour avoir le comparatif avec les autres systèmes européens, c’est sur l’Observatoire des Retraites. Reste que tout ça sent toutefois le vieux disque rayé : il fait souvent le coup des retraites lors de ses déplacements en province.

Sauf que d’une part, la Grèce n’est pas dans une telle situation juste parce qu’elle n’a pas fait la réforme des retraites –ça, c’est un raccourci vraiment moisi…- et d’autre part, le Sarko qui annonce qu’en France il n’y a eu ni baisse des salaires ni des pensions de retraites est le même qui laisse son gouvernement préparer un décret prévoyant la baisse des indemnités journalières de maladie. Certains vont donc bien voir leurs revenus diminuer, et pas n’importe qui : ceux qui sont en difficulté.

Le tout par décret, sans passer par ces curieux petits bonhommes qui s’agitent dans un, pardon deux hémicycles dont l’un dirigés par de dangereux gauchistes, ils pourraient amender l’article du PLFSS dans lequel cette disposition aurait du se trouver vu qu’il est en ce moment à l’étude à l’Assemblée. Du coup le gouvernement va passer par décret et ni vu, ni connu, ce sera adopté à l’unanimité du signataire, le président de la République ou le Premier Ministre. Franchement, y’a pas de quoi se vanter.

Mais mes aïeux, vous n’avez encore rien vu. Alors que notre bon mètre veut évoquer la stratégie de dumping de certains pays émergeants, on nage vraiment dans le show télé, avec cette référence à la série télévisé les Borgia : « Depuis 30 ans, les grands pays émergents, Inde, Brésil, Afrique du sud, Mexique, ils ont des bouches à nourrir, ils ont envie de progrès ». Les Borgia. Au XVème siècle, en Italie. Avec en option, la petite touche mini bling-bling qui nous apprend que notre bon mètre a Canal + puisqu’il regarde cette série. Bon, on n’est plus dans la Rolex, mais ça reste un peu tape à l’œil, le chef de l’Etat qui se la joue avec son accès au pay-per-view… Dis, tu ne veux pas me passer tes codes Foot + ? Nan parce que pour mes articles sur le PSG, je rame à trouver des streaming potables…

Sarkozy multiplie les allusions aux échecs des précédents gouvernements socialistes, avec pour leitmotiv le bilan désastreux des 35 heures : « Il faut accepter de prendre les mesures courageuses nécessaires… à partir du moment où on vit plus longtemps il faut cotiser plus longtemps pour sa retraite… (…) l’affaire des 35 heures a été une folie payée par les ouvriers et les salariés les moins formés… (…) y’a eu une délocalisation et une pression supplémentaire sur les salaires, ça a été une catastrophe sociale ».

Euh… N’ont-elles pas été démantelées ? A part dans certaines structures, elles ne sont plus en vigueur. Et la loi TEPA, sa grande loi, a tout de même servi à mettre en place les heures supplémentaires… achevant ainsi d’enterrer les 35 heures. Aussi, il serait peut-être temps de changer de disque. Ou alors de constater que les dispositifs qu’il a mis en place pour les enrayer ont échoué. Eh ouais. Faut rester cohérent.

Peu importe, de toutes façons, c’est la faute des socialistes. Et sur ce sujet, notre bon mètre attaque grassement : « C’est pas mon genre de dire que c’est la faute des autres, je prends mes responsabilités, mais je n’étais pas ministre en 1983… ». Sarko, toujours autant rat de caniveau, tout ceci manque de hauteur… Mais la fin justifie les moyens. Parce que le socialiste, voyez-vous, Sarko aimerait bien l’éliminer au premier tour. Histoire d’affronter Marine et qu’on soit obligés de se foutre une pince à linge –ou le panier de pinces tout entier- sur le nez pour aller voter. Ce serait bien pratique…

Et donc, il martèle sa vision manichéenne du bien et du mal, ou plutôt du travail et de l’assistanat : « Nous avons tous une responsabilité… Mais ce modèle d’assistanat qui consiste à laisser les gens chez eux… non (…) la stratégie est claire : travail, innovation, formation, investissement ». En enjolivant largement son bilan sur les heures supplémentaires en affirmant que «c’est 9 millions de salariés qui ont gagné en moyenne 450 euros de plus » -en français correct, on dirait « ce sont », mais passons, Monsieur Bescherelle est déjà mort plusieurs fois ce soir- et en omettant évidemment les nuances. Notamment en terme d’aggravation du déficit budgétaire, ou sur l’absence d’impact sur le chômage. Des chômeurs, qui justement, aimeraient travailler mais ne trouvent pas d’emplois. Effectivement, perso, avant de travailler plus, je voudrais bien travailler tout court. Et on est plusieurs millions dans ce cas.

Puis il annonce gentiment que « quelle que soit sa situation professionnelle on a le droit de se faire bien soigner ». Là, je m’étrangle ! Six paragraphes au dessus j’ai déjà expliqué que le gouvernement veut baisser les indemnités journalières de maladie, et en plus le gouvernement a déjà fait voter à l’Assemblée l’augmentation des taxes des mutuelles ! Et bien que les éléments de langages de l’UMP prétendent que les mutuelles ne sont pas obligées de répercuter la hausse, c’est un mensonge. Comme je l’ai déjà expliqué, ces structures sont par définition mutualistes, c’est-à-dire qu’elles n’ont pour seules ressources que les cotisations des épargnants. Et que dire des déremboursements de médicaments, qui touchent notamment certaines affections de longue durée ? En quatre ans, Sarko n’a cessé d’attaquer les malade au porte-monnaie !

On passe à l’aspect programmatique et aux bonnes recettes de Docteur Nicolas and Mister Sarko. Tout d’abord, il nous apprend qu’il n’a pas la recette miracle pour réduire le déficit en un seul mandat. Nan par contre on a vu dans l’Acte II qu’il avait bien la méthode pour l’augmenter dangereusement, puisqu’il est passé de 3,2% du PIB à 7,5% en 2010 avant de redescendre à 7,1% cette année. Si ça c’est pas du foutage de gueule en règle… Donc en la matière, sa solution reste de supprimer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. D’ailleurs, il ne se prive pas de s’en vanter : « nous avons supprimé 150 000 postes de fonctionnaires, il faut continuer ». Supprimer à la hache, n’importe comment, alors qu’il serait plus utile de raisonner par secteurs, en fonction des besoins… Fichue RGPP qu’il faudrait brûler…

L’occasion pour Sarko de taper encore un peu plus sur le programme du PS, irréaliste selon lui : « J’entends qu’on parle d’embaucher 60000 enseignants de plus, mais avec quel argent ? ». Bon déjà, il s’agit non pas d’enseignants, mais de personnels de l’Education Nationale, et qu’ils seront créés sans embaucher de fonctionnaires mais en les redéployant, dixit Michel Sapin. Rien à voir donc, avec ce qu’en dit Sarkozy.

Et là, de sortir son petit couplet sur l’assistanat, clin d’œil à Laurent Wauquiez et sa droite prétendument sociale : « Il faut que la France investisse, il faut moins d’assistanat et plus d’investissement, voilà la martingale gagnante dans tous les pays ». Une nouvelle fois, notre bon mètre, qui a cette fois endossé le costume de Grincheux, stigmatise les français : que ce soit sur le chômage ou la santé, ce sont des délinquants qui ne pensent qu’à vivre aux crochets de la société. Peu importe les réalités, le discours il faut marteler. Pour la quatrième fois. Et aucun journaliste ne l’interrompt. Cirage de pompe…

Enfin on passe à l’idée de convergence franco-allemande, un sujet sur la table depuis des lustres : «La logique de la monnaie unique c’est l’intégration économique et la convergence. Nous avons fait la monnaie unique sans rapprocher nos gouvernements (…) Il faut bien réparer toutes ces erreurs, quand on rentre chacun avec sa fiscalité (…) ça ne peut pas marcher (…) Ca n’a pas de sens que nous ayons pas les mêmes taux d’imposition avec l’Allemagne ». Sarko penche fichtrement vers le fédéralisme européen. En même temps, c’est bien par là qu’on va.

Cette petite séquence franco-allemande m’aura permis d’apprendre, grâce à la prononciation de notre bon mètre, que le ministre de l’économie allemand –monsieur Chahubleuh dixit notre président qui ne parle pas allemand- n’est autre que Robert Hue déguisé en chat bleu. Même si en vrai il s’appelle Wolfgang Schaüble, ce qui se dit Chaobleuh en bon teuton et que se serait donc plutôt un chat au bleu. Ca, c’est bon pour l’harmonisation avec les fromages-qui-puent !

Bref, rien de neuf sous le soleil pour le candidat Sarko, à part une constante qui se fait jour depuis quelques temps à l’UMP, à savoir prétendre être le meilleur sous le prétexte d’être déjà au pouvoir. Un peu court sur pattes, et pas sûr que ça suffise aux français au printemps prochain… et côté programme ?

Sarkoshow, Acte II : Je sauve la France, moi, monsieur.

Après l’Europe et bientôt le monde, cet acte II concerne le sauvetage de la France. Rien de moins.

Pour que les gueux que nous sommes comprennent bien, cela exige une nouvelle leçon de notre nain Prof –qui prend tout de même 1h15 de son temps présidentiel pour expliquer ce qu’il fait au bon peuple-, cette fois sur le budget de la France de 1974 à nos jours.

Sarko nous rappelle donc que pas un budget n’a été voté à l’équilibre depuis 1974 –ouhhh les vilains Giscard, Mitterrand et Chirac !- en omettant toutefois de rappeler que lui n’a pas fait mieux, et qu’il a allègrement continuer à creuser le trou. Parce que si on reprend les chiffres, et qu’on compare avec le départ de Villepin –et donc son arrivée-, c’est assez net pour la dette publique, mais carrément flagrant pour le déficit public qui a explosé…

Puis la leçon reprend par un petit cours de écono-maths : « Si vous vous endettez vous devez emprunter. Savez-vous que la France rembourse chaque année 49 milliards d’euros d’intérêt de la dette ? ». Ah ben oui, c’est comme quand Madame Michu fait un crédit. La banque lui demande de rembourser. Ah non pardon ça n’est pas pareil. Madame Michu ne rembourse pas que les intérêts, elle. Madame Michu, elle rembourse les intérêts ET la dette, la banque la fiche en interdit bancaire. Rappelons au passage que l’an prochain, les intérêts de la dette constitueront le premier poste budgétaire de l’Etat. Et ce, avant qu’on rembourse un seul centime de la dette.

Mais rien n’arrête notre Speedy Gonzalès national, qui trouve là le moyen de caser que nous avons pour nous notre mirifique AAA –jusqu’à quand ?- et que pour les agences de notation, « la France est considérée comme bien gérée ». Ce qui en dit long sur leur inaptitude, non ? A moins que ce ne soit con-sidérée, en deux mots ? Et Sarko se félicite que l’on soit de bons élèves, et souhaite que l’on suive l’exemple allemand « pour rapprocher la France d’un système qui marche ». Avant d’expliquer que les salaires et/ou pensions ont baissé ailleurs (Espagne, Irlande), parce que leur modèle n’était pas bon. Comprendre, ils n’avaient pas fait les réformes nécessaires, comme celles des retraites par exemple, ou encore le remplacement d’un fonctionnaire sur deux.

Mais Superman a la solution a tout : « Si nous voulons nous écarter des agences de notation, il faut réduire notre dette et notre déficit ». Diantre, on se demande bien pourquoi il les a tant creusés alors, si c’est si simple… Et que l’UMP ne nous sorte pas bêtement que « c’est la faute à de la crise » -parlons français-, parce qu’à ce que je sache, nous sommes toujours en crise.  Si on doit le faire maintenant –en pleine crise, je répète, en pleine crise- on aurait pu le faire avant.

Accessoirement, l’Europe contient juridiquement la référence aux agences de notation, donc on ne s’en écartera pas comme ça. D’autre part, on a également pris des engagements au niveau européen. Comme par exemple, que notre déficit public ne dépasse pas 3% du PIB. Villepin l’avait ramené à 3, ?… Il est actuellement de 7,1%. Maastricht, Sarko s’est bien assis dessus.

Alors forcément, il va falloir remonter tout ça. Et notre nain Prof est loin de convaincre : la convergence franco-allemande est sur la table depuis des lustres, le couple franco-allemand n’avance plus comme du temps de Mitterrand et Chirac, et on est loin de l’harmonisation, tant sur nos modèles sociaux que sur la fiscalité, la rémunération et la spéculation dans les banques sont à résoudre depuis 2008, les déficits ont été creusés depuis son élection alors qu’ils auraient du être maîtrisés. Après quatre ans au pouvoir, Sarko a surtout montré son incapacité à gérer l’économie française. On voit mal pourquoi lui confier de nouveau ce mandat.

Eh bien tout simplement parce que ce n’est pas de sa faute, mais celle des socialistes : « Quand en 1983 on a expliqué aux Français qu’on pouvait passer à la retraite à 60 ans les Allemands eux faisaient l’inverse (…) et quand en France on a fait les 35 heures, M. Schroeder, pourtant socialiste, faisait l’inverse… ». La suite est juste hallucinante. Pour Sarko, le problème n’est pas les agences de notation, mais que nous dépensons trop. Oui, c’est bien ce que pointent les agences de notation. Et même pas encore pour nous, qui avons notre AAA. Mais notre nain Prof anticipe déjà la dégradation de notre note, et nous explique donc que nous –les français- coûtons trop cher.

A commencer par les retraités : « Quand je suis devenu président j’ai découvert avec stupéfaction qu’il y avait 15 millions de retraités, et que nous devions aller chercher de l’argent à la banque pour payer les retraites (…) travaillons plus et travaillons mieux et nous n’aurons plus peur des agences de notation… ». Le mieux serait encore de supprimer les retraites, et de travailler jusqu’à la mort, on ferait un joli bon dans le passé. Comme ça on mourrait plus tôt, et on coûterait également moins en frais de santé. Allons jusqu’au bout ! Et sinon, personne pour lui dire que sa réformette des retraites ne tient qu’à horizon 2018 et que donc, il n’a pas sauvé la France. Ni réformé les régimes spéciaux. Ni réduit le chômage. Parce qu’avant de travailler plus, il faudrait déjà travailler…

Mais c’est le candidat qui parle, et un candidat, c’est calme. Genre « La force tranquille », slogan de Mitterrand en 1988. Tu le vois au loin, le clocher ? Nan, ne sois pas mauvais esprit, ne parle pas de cloche, on attendra Pâques pour ça. Car Sarko, pour sa campagne de 2012, a décidé de se mettre dans les habits de Mitterrand. Qu’importe que le costume soit un peu grand pour lui, Sarko la joue zen. Limite humble : « Il ne faut jamais s’énerver et quand on le fait on a toujours tort…  Je l’ai déjà fait et j’ai eu tort. Mais nous ne nous sommes pas énervés contre les banques hier soir ». Pour mieux faire oublier le « Casse toi Pauvre con », pas assez présidentiel.

Le nain Prof fait son retour, pour nous expliquer qu’en 2008, « les banques ont fait n’importe quoi (…) en investissant dans les subprimes ». Limite il a découvert la spéculation en 2008. Faudrait peut-être arrêter de nous prendre pour des jambons là… Quant à la crise des subprimes, qui voulait une France de propriétaires ? En prônant les subprimes lors de la convention de l’UMP du 14 septembre 2006 ? Enfin jusqu’au dernier trimestre 2008, quand tout s’est cassé la gueule hein. Ci-joint le lien du petit rappel de ce retournement de veste en images, juste pour le plaisir.

Et comme il n’est pas à une contradiction près, notre bon mètre annonce en l’espace de trois phrases la recapitalisation des banques –pour leur permettre de disposer de fonds propres pour rassurer les épargnants-, tout en se voulant rassurant en déclarant les banques comme solides, avant d’expliquer ses choix par l’exemple, en déclarant « si les banques font faillite ». Bon, elles étaient solides les banques, ou il a fallu les rendre crédibles ?

Bref, l’accord européen a permis de recapitaliser les banques pour qui ça sentait grave le roussi à cause de la dette grecque, mais à part ça elles sont solides et il ne faut pas s’inquiéter, d’autant que le plan de soutien aux banques nous a rapporté de l’argent et qu’on est les seuls. Sauf que non : tous les Etats qui ont prêté de l’argent aux banques  ont récupéré des intérêts… et donc gagné de l’argent. C’est le principe du crédit lorsqu’il n’est pas à taux zéro. Ouh là, si moi aussi je commence à me la jouer Prof…

Bref, Sarko enclenche à nouveau le mode Superman, pour expliquer au bon peuple qu’il va moraliser le capitalisme financier. Et convoquer les banques, pour leur demander des comptes sur le plan qu’ils entende mettre en œuvre. Et pas question de déconner, hein : « il est temps de penser aux clients et moins aux actionnaires (…) nous allons aussi faire attention à ce que les bonus et les rémunérations des traders rentrent enfin dans des pratiques normales ». Mais pourquoi tout à coup j’ai cet air en tête : On m’appelle le chevalier blanc

Enfin un peu bolchévique quand même, c’est tout mignon de voir notre bon mètre draguer les électeurs de Montebourg et consorts… De toutes façons vu le contexte social, plus personne ne peut comprendre que les dirigeants et actionnaires s’augmentent sans cesse, fallait pas manger une trop grosse part du gâteau. Et attention hein, le tout sera observé par le gouverneur de la Banque de France. Ouuuuuh les banques ont peur… Elles n’en ont juste rien à foutre, les banques privées, du gouverneur de la Banque de France !

Au passage, Sarko fait un joli lapsus, déclarant que quand on fait entrer l’Etat dans le capital d’une banque, c’est une privatisation partielle. A ceci prêt que c’est une nationalisation partielle. Décidément, notre nain Prof a des petits soucis avec les notions économiques de base. Mais j’ai encore plus ri en voyant la I-Riposte de l’UMP tweeter bêtement cette erreur… Bref. C’est l’UMP en même temps, si on attend un cerveau… Il est au congélateur depuis le 28 novembre 2004, et pour l’instant la cryogénisation n’a jamais fonctionné dans le monde. Bref.

Sarko explique donc que la nationalisation des banques a toujours été une catastrophe. Même si ça a été fait en Angleterre, aux Etats-Unis, en Italie… C’est de la merde, qu’il vous dit ! Et puis d’abord, Prof a dit ! « J’ai assez à faire avec la dette de la France sans avoir à récupérer la dette des banques ». Et avec les couches-culottes, tout le monde avait compris le sous-entendu, merci.

En revanche, notre homme n’est pas convaincu par le débat sur la séparation des banques de dépôt et des banques d’affaires, qui pourtant fait l’objet d’une réflexion européenne : « On aurait des banques avec 100% de risques et des banques avec 0% de risques, je n’y crois pas trop ». Rhooo la grosse allusion au projet du PS, qui propose cette séparation. Belle transition avec l’acte III !