Pour qui sonne le glas ?*

Dès le 13 décembre dernier, Dominique de Villepin avait donné rendez-vous à la presse pour l’inauguration de son QG de campagne –situé rue du Cherche Midi, un nom prédestiné ?- et  présenter son équipe de campagne. Il aura fallu patienter longuement pour avoir enfin la confirmation de ce que tout le monde redoutait : sa directrice de campagne n’est autre que… Brigitte Girardin.

Brigitte Girardin ? Celle qui a planté le parti lancé en grande pompe en 2010 par Villepin ? Celle dont les états de service sont déplorés par quiconque l’approche, que ce soit les cadres ou les militants ? Celle qui n’a pas su réussir l’anniversaire du parti, réunissant seulement 300 militants dans les jardins de l’Amérique Latine en juin dernier ? Celle qui n’a pas réussi à amener des adhérents dans RS en vue de cette campagne ?

Et pas de chichi entre nous : il n’y a qu’à regarder les comptes publiés sur le site de la commission nationale de financement de la vie politique pour s’en rendre compte : en divisant le montant des adhésions déclarées par le ticket moyen d’adhésion annoncé par le trésorier lors de la réunion des cadres en mai dernier [ndlr : 37 euros, les adhésions étant réparties entre un tarif jeune à 10 €, classique à 20 €, et bienfaiteur à 100 €], RS était en 2010 sous la barre des 5000 adhérents. Bien loin des 25 000 revendiqués.

Quand on sait qu’en 2011 les adhésions ont chuté lourdement en 2011, sans parler de l’hémorragie des cadres et de l’arrêt des activités militantes quasiment partout en France depuis la démission de Villepin de la présidence de République Solidaire en septembre dernier … N’en jetez plus la coupe est pleine !

Bref, Girardin directrice de campagne, c’est la prime à l’incompétence et l’inexpérience. Mais pourquoi ce choix ? Apparemment, Villepin a payé cher ses tergiversations de l’année, et ses mauvais chiffres dans les sondages. Malgré l’annonce de sa candidature, le candidat gaulliste ne parvient pas à décoller. Tout juste a-t-il été cité une fois à 4%, mais plafonne en moyenne entre 2 et 2,5%. Pas de quoi attirer des têtes d’affiche.

Aussi, il n’est finalement pas très étonnant qu’à l’instar de l’OM, le club de foot marseillais qui traverse de grosses difficultés financières rendant impossible les recrutements, Dominique de Villepin en soit réduit à conserver à ses côtés des joueurs peu performants… faute de pouvoir s’offrir mieux. Oui, Girardin, c’est un peu le Brandao de République Solidaire. Ce joueur à la réputation entachée dont personne ne veut, mais qui reste le seul recours, faute de mieux.

Et si l’OM peut encore espérer viser le podium et se qualifier en Ligue des Champions, il est peu probable que l’équipe de CFA constituée par Villepin ne réussisse à se qualifier au soir du premier tour, ni même à réaliser un score honorable. Tout juste passera-t-elle, peut être, le tour préliminaire, si elle parvient à récupérer les 500 signatures.

Car pour parvenir au sommet, il faut jouer en équipe, collectivement. Or chacun sait que ce n’est pas le schéma de jeu mis en avant par Brigitte Girardin, plus préoccupée par la stricte application de l’esprit de cour que par le rassemblement pourtant prôné par son candidat. Si Villepin privilégie un schéma en sapin de Noël, il n’est pas pour autant Ancelotti… et les militants ont les boules.

Lassés, nombre de cadres et de militants n’y croient plus, et les adhésions enregistrées depuis l’annonce de la candidature –bien réelles- n’ont pas pour le moment endigué le flot des départs. Certains anciens cadres, comme Xavier Jaglin ou Erwan Toullec, avaient lancé un appel dès l’annonce de candidature pour rejoindre François Bayrou.

Ils en remettent une couche ce matin avec une tribune rappelant « la haute estime » qu’ils portent à Dominique de Villepin… tout en annonçant se « désolidariser de la démarche dénuée de sens du fondateur de République Solidaire et s’engager auprès de François Bayrou ». Pour eux, ce choix est avant tout justifié par la l’importance de servir l’intérêt général, rassemblés : « tous unis autour de celui qui se révèle le seul capable aujourd’hui de rassembler au-delà des clivages. » Capable par son projet, mais aussi, son professionnalisme.

Il est évident que ce n’est pas Villepin, entouré d’une directrice de campagne clivante, qui peut répondre à cette nécessité de rassemblement national. Et ces anciens cadres villepinistes n’y vont pas de main morte pour décrire, avec justesse, les comportements au sein de République Solidaire, bien éloignés du discours du patron : « Malgré nos efforts pour rapprocher et rassembler les énergies et les talents, malgré nos appels à la raison et au sursaut pour offrir aux Français une véritable alternative aux systèmes ayant plongé la France dans les gouffres que l’on sait, nous n’avons été confronté qu’à une démarche de plus en plus personnelle que ni les défections ni les sondages ne semblent interpeller. » 

Spéciale dédicace à Dame Brigitte. Mais tellement vrai. Avec en option, la fuite d’une partie des voix à prévoir en direction du Béarnais, bien mieux placé dans les sondages et positionné sur le même créneau électoral. En nettement plus pro, plus expérimenté, et donc, plus crédible. D’autres soutiendront Dupont-Aignan, d’autres encore s’éparpilleront chez Joly ou directement Hollande. Quoi qu’il en soit, une large partie des troupes fuira ce qu’il reste du radeau villepiniste.

Et pour cause : cette nomination subie marque un constat d’échec pour l’ancien Premier Ministre, obligé de prendre ce qu’il restait en magasin, faute d’avoir su convaincre dans le microcosme des professionnels expérimentés et aptes à battre campagne. Autrement dit, un suicide politique. Au lieu du tocsin, c’est plutôt le glas que l’on entend sonner au loin…

*Papier publié sur Marianne à cette adresse

Comment Girardin a plombé République Solidaire

Comme je vous le disais hier, République Solidaire se trouve en pleine tempête, et nombreux sont les articles de presse à s’en faire l’écho.

Le parti politique de Dominique de Villepin pourrait pourtant, quelques jours après la fin de l’épreuve Clearstream, et la relaxe de l’ancien Premier Ministre, être en joie, et penser sérieusement à la présidentielle. Sauf qu’en interne, tout le monde a la gueule de bois.

La raison ? Personne ne croit qu’une campagne puisse être gérée par l’équipe actuelle, menée par Brigitte Girardin. L’ancienne ministre a en effet accumulé trop d’échecs et fonctionne selon un système trop clivant pour permettre à République Solidaire de remonter la pente. L’occasion pour moi de revenir sur ces deux années dans les coulisses du villepinisme, et de vous livrer par le menu quelques éléments sur les échecs de cette structure.

1 – Les adhérents

Il n’y a pas 30 000 adhérents au sein de République Solidaire, c’est une certitude. Déjà, parce que selon les sources, le chiffre oscille entre 20 000 et 30 000. Ca fait quand même un delta d’un tiers… Mais surtout, parce que chiffre totalement fantaisiste résulte d’un obscur et complexe théorème, alliant addition et multiplication.

En premier lieu, il faut d’abord additionner toutes les catégories de contacts : adhérents à jour de cotisation, personnes ayant un jour adhéré au Club Villepin ou à République Solidaire mais n’étant plus à jour de cotisation, sympathisants, membres du réseau social VillepinCom actifs, personnes s’étant un jour inscrites sur VillepinCom y compris celles qui se sont radiées –j’ai reçu cette semaine un message via VillepinCom alors que j’en suis désinscrite depuis plus d’un an, ce qui démontre qu’ils ont conservé mon compte et qu’il est donc comptabilisé-, soutiens sur Facebook ou Twitter. Evidemment cette addition est fausse, certains étant des doublons, triplons, quadruplons…

Ensuite, il convient de donner ce chiffre à quelques personnes en interne, qui vont le trouver un peu faible, et le faire grossir au gré de leur inspiration. Tous les partis fonctionnent ainsi, rappelez vous des différences à l’UMP entre les chiffres annoncés par Xavier Bertrand, et ceux annoncés par d’autres !

En ce qui concerne République Solidaire, le nombre d’adhérents est non seulement très fortement inférieur à cette annonce, mais en plus, il décroit au lieu d’augmenter : en 2011, beaucoup d’adhérents n’ont pas renouvelé (43% sur ma fédération), et le stock de nouveau adhérents n’a pas permis de compenser cette hémorragie.

Cependant, un chiffre intéressant tempère ce constat à priori négatif. Sur ma fédération, seuls 3,4% des contacts se sont désinscrits de liste d’information de cette fédération, qui pourtant les contactaient très régulièrement, ce qui aurait pu agacer les personnes franchement dégoûtées. Ces gens souhaitent donc toujours être informés. Au cas où. Le réservoir est donc bien là : ces gens ne sont pas convaincus par la structuration de République Solidaire, mais restent intéressés par Villepin. Et pourraient naturellement revenir vers lui s’il venait à se présenter. Rien n’est perdu !

2 – Les meetings

Depuis le lancement du Club Villepin, les troupes ont été conviées à trois grandes réunions : le 27 octobre 2009 à la Maison de l’Amérique Latine, le 19 juin 2010 pour le lancement de République Solidaire, et le 19 juin 2011 pour le premier anniversaire du parti. J’exclus volontairement le conseil national du 4 décembre 2010, qui était réservé aux cadres, et le Forum des Jeunes Solidaires du 25 septembre 2010, qui visait les jeunes.

Voyons un peu les chiffres de mobilisation :

Il serait un peu rapide -et faux- d’attribuer le nombre de personnes venant à un meeting à l’intérêt porté à Dominique de Villepin. Tout meeting nécessite une préparation, et la mobilisation obéit à quelques techniques. Malheureusement, l’équipe de Brigitte Girardin ne les maîtrise pas… faute d’avoir le background nécessaire en logistique politique. Ainsi, on peut précisément expliquer chacun de ces chiffres.

27 octobre 2010 : cette réunion publique est programmée à l’issue du procès Clearstream, et vise à l’origine une mobilisation de 500 personnes.

La vague de sympathie dont bénéficie alors Dominique de Villepin, déclaré « coupable » par le Président de la République trois semaines plus tôt, permet un formidable appel d’air. L’objectif initial est donc plus que doublé.

Tellement que Dominique de Villepin, qui s’exprime dans la salle du haut, dans laquelle se tassent 600 personnes, doit descendre refaire son discours dans les jardins pour les malheureux qui n’ont pu y pénétrer. C’est donc un très large succès et si le score annoncé est inférieur au réel, c’est tout simplement parce que les gens en charge de compter et ceux qui ont annoncé n’ont pu se retrouver dans la foule pour échanger ces données.

19 juin 2010 : le staff de Villepin évoque imprudemment un objectif de 10 000 personnes, qui figure même dans la version du discours de Brigitte Girardin distribué à la presse ! Seul le prononcé fait foi, elle ramène le chiffre à 6000.

La vérité, c’est que l’objectif a toujours été de 3000 personnes. D’autant que République Solidaire, faute de moyens, ne met pas en place de transports spéciaux, et que chacun doit payer son transport plein pot pour se rendre à Paris. Contrairement aux facilités d’autres partis… ce qui tempère un peu la mobilisation. Et le mois de juin, riche en communions et mariages, n’est guère propice non plus. Tous ces éléments, donc, indique qu’on peut parier sur le double du score de l’Amérique Latine, et ce serait déjà bien.

Seul Christophe Carignano, qui n’a jamais travaillé ni sur des meetings ni à la mobilisation au sein d’une fédération, se laisse aller à prendre ses désirs pour des réalités. Sur la base de rien –il n’a strictement aucune connaissance en la matière- mais hélas, le staff l’écoute, aussi la mobilisation sera en dessous des 8000 à 10000 que Carignano estimait et a soufflé à l’oreille de Villepin. Pourtant, pour les professionnels, c’était un bon résultat : 3 fois le score du précédent meeting ! Déjà pointe en interne la division entre les amateurs et les pros…

19 juin 2011 : pour son anniversaire, République Solidaire invite, dès la présentation du projet, ses adhérents –et uniquement eux- à une Convention Nationale, prévue au Palais des Congrès. Fin mai, le lieu change… mais les cadres n’en sont pas informés. Il faudra que notre fédération use d’un médiateur pour faire passer le message, et que l’information soit diffusée aux adhérents et notamment à ceux qui s’étaient inscrits !

Et la cacophonie ne va pas s’arrêter là. Les inscriptions sont enregistrées directement au centre national, et aucun point n’est fait auprès des fédérations… qui ne peuvent donc mobiliser ou relancer leurs adhérents, faute de savoir qui s’est déjà ou non inscrit. Mais surtout, le siège ne fait aucune relance, ce qui est une erreur fatale : les gens qui se sont inscrits dès le 14 avril ont eu largement le temps d’oublier la date de ce meeting, et la faible couverture presse ne permet pas de leur rappeler.

Dernier point ubuesque : la semaine même du meeting, trouvant la mobilisation un peu faible, le siège décide de convier également les non adhérents. Imaginez un peu la réaction de ces gens, conviés à venir jouer les bouche-trous, et prévenus un peu tardivement pour s’organiser.

Peu étonnant, dans ces circonstances, que le nombre de personnes présentes ne dépasse pas les 300… Si vous en doutez, amusez vous à les compter sur la photo ci-dessus. Quand on sait que dans la presse, République Solidaire utilisera le prétexte d’une réunion réservée aux cadres pour justifier de cette très faible mobilisation, il y a franchement de quoi rire… jaune.

Ou comment il est complètement évident que l’équipe actuelle de République Solidaire n’est absolument pas en mesure d’organiser une campagne électorale. Les meetings et la mobilisation, c’est une partie importante : celle de la bataille de l’image…

3 – Le militantisme

Autre point, le plus (in)visible dans la population, l’action militante. Si les fédérations réunissent leurs adhérents, elles n’ont disposé de matériel militant… qu’en mai dernier. Et ce au terme d’une longue bataille. Brigitte Girardin, dans un premier temps, n’en voyait pas l’utilité. C’est sûr que faire connaître un nouveau parti à la population en mettant des gens sur les marchés, pour installer la marque, c’est une idée vraiment stupide.

Des cadres, qui n’ont rien lâché, on finit par faire valider un tract… avant de se prendre une bonne douche froide : il fut édité à 800 exemplaires, pour distribution lors du conseil national du 4 décembre 2010.

Il était donc destiné… à faire connaître République Solidaire à ceux qui y occupaient déjà des responsabilités. Sic. Le même jour, la lettre d’informations du parti était également distribuée aux participants, alors qu’il l’avaient tous reçue par mail. Elle faisait 10 pages… Il aurait donc été possible de tirer plus de tracts. Mais comprenez : les cadres avaient le tracts sur clef usb ! Pour l’éditer eux-mêmes ?

Au fil des mois, le trésorier a engrangé les devis envoyés par les responsables des fédérations pour faire éditer ces tracts. En bon gestionnaire, il a vite compris qu’il pouvait réaliser d’énormes économies d’échelle en les imprimant au national. Cinq mois pour en arriver à cette évidence, tant Girardin ne voulait en entendre parler. Pathétique… C’est donc en mai que chacun a pu passer sa commande, et démarrer les tractages en juin. Un an après la création du parti. Un an de perdu, juste parce que la Secrétaire Générale n’a pas la moindre idée de l’utilité d’un tract. Et ça veut mener une campagne présidentielle…

4 – Le fonctionnement interne

Dès le Club Villepin, le mouvement avait commencé à se structurer, par la nomination de responsables départementaux. République Solidaire s’est fondée sur un schéma un peu différent. D’emblée, Carignano a réussi à imposer, en plus du responsable départemental, un responsable du réseau social. Pour que sa petite manipulation –la constitution d’un réseau parallèle de fédérations- soit un peu moins visible, ils ont ajouté un responsable de la Mobilisation Citoyenne. Enfin, le traditionnel responsable Jeunes venait compléter ce tableau. Chaque département n’avait donc pas une mais quatre têtes. Et aucun vrai patron, les lettres de mission des uns et des autres montrant clairement qu’ils se marchaient les uns sur les autres. Toutes les conditions du chaos étaient réunies.

Hélas pour Carignano, sa petite manipulation pour se créer un système à sa botte n’a pas fonctionné. Multiplier les cadres est une chose, disposer des talents nécessaires en est une autre. Les responsables départementaux se sont montrés vigilants, et ont globalement travaillé en équipe, en prenant le lead sur leurs trois coéquipiers. Et dans les quelques endroits où les choses se passaient mal, le réseau social a un peu montré les dents… puis trépassé. Reste que cet épisode montre bien la mentalité des dirigeants de République Solidaire : diviser, pour mieux régner.

Il aurait pourtant été simple –et nécessaire, mais bon- de préciser les fonctions par la rédaction d’un Règlement Intérieur, qui aurait servi de référence et permis d’éviter ces désagréments. Du coup, pour la blague, aucun règlement intérieur n’existant, il est juridiquement exact d’affirmer qu’aucun de ces cadres n’a d’existence réelle. Ni donc, de responsabilités. Et si je vous dis qu’un projet leur a été transmis en mai ? Seraient-ils incapables de le lire, le comprendre, et éventuellement l’amender ?

Ces cadres, d’ailleurs, font un travail formidable. Oh, on pourra toujours trouver des moins bons dans le lot, ou des détracteurs dans leurs équipes départementales. Reste qu’ils ont le mérite d’essayer de faire tourner leur boutique, bien qu’étant totalement seuls, et sans aucun soutien. Depuis la création de République Solidaire, les seuls mails qu’ils ont reçu ont été des injonctions de Brigitte Girardin : pistolet sur la tempe pour récupérer des signatures pour la présidentielle ou mettre à jour leur page web sur le site officiel. A l’exception près des fichiers, envoyés, eux, chaque mois. Mais à part ça, aucune information, aucun élément de langage, aucune formation à la fonction. Une seule réunion des cadres a eu lieu… le 1er mai. Un échange verrouillé, destiné à appliquer la méthode Coué : je vais bien, tout va bien…

Un discours bien loin de la réalité. Si elle ne communiquait pas avec les cadres, Brigitte Girardin attendait cependant d’eux bien plus que la situation du parti ne leur permettait de faire, et n’hésitait pas à parler d’eux en termes insultants, les traitant tous de connards incapables. Au fil des mois, bon nombre d’entre eux ont jeté l’éponge. Parfois en usant un prétexte pour éviter l’affrontement, d’autres fois en claquant franchement la porte, à l’instar de ce responsable de Lyon qui n’en pouvait plus de tant d’amateurisme.

Et des cadres laissés à l’abandon, sans aucune directive, ça fait parfois des couacs. Notamment chez les Jeunes, totalement abandonnés. Déjà en juillet, les Jeunes Solidaires de Paris nous avaient bien fait rire avec leur fiche technique à la gloire de Brigitte Girardin, qui contenait un lapsus fort révélateur : dans le paragraphe sur ses activités ministérielles, « elle explique »… rien. Aucune phrase ne vient poursuivre sur cette lancée. Une bévue qui fait sourire : les Jeunes Solidaires de Paris sont dans le vrai, à leur insu.

Rebelote le 11 septembre, avec la publication d’une fiche du même type sur Jacques Le Guen, présenté comme un soutien de Villepin. Ce alors qu’en juin, le député du Finistère avait annoncé voter pour Sarkozy au premier tour en 2012. S’ils avaient eu un peu de background politique, ces jeunes auraient compris que Jacques Le Guen n’était encore membre du Bureau Politique de République Solidaire que dans l’attente du verdict de Clearstream, afin de ne pas abandonner son ami Dominique au creux de la vague. Là encore, rien de bien méchant.

Pauvres cadres livrés à eux mêmes… On ne peut que leur pardonner ces petites erreurs, lorsqu’on sait qu’ils sont seuls et sans formation. Mais pointer fermement les manquements de Brigitte Girardin en la matière, car en tant que Secrétaire Générale, elle porte la responsabilité de cette absence de niveau politique, de formation, et de sens de la communication.

Enfin, pour terminer, République Solidaire n’a pas su gérer l’après 14 septembre. Ni les cadres, ni les militants n’ont reçu d’argumentaires flashs, type élément de langage, pour se préparer à répondre sur le jugement de Clearstream. Aucun message concernant l’avenir n’a été envoyé, si ce n’est une énième relance pour faire rentrer de l’argent. Pire, les derniers fichiers reçus par les fédérations remontent au 5 juillet. A croire que la rentrée s’est faite en mode fantôme…

5 – Une analyse politique, euh… WTF ???

République Solidaire n’aura pas montré un grand sens politique, rejetant les rumeurs de collusion avec Nicolas Sarkozy –en raison des rencontres entre les deux hommes- à grand coups de burin bayrouesque, ce qui n’aura pas manqué d’étonner.

Mais surtout, ce qui a stupéfié en interne, c’est le tweet anti chiraquien de Christophe Carignano, le 10 septembre dernier. Ce texte laisse ni plus ni moins entendre que Chirac serait, pour Villepin, aussi nuisible que Sarkozy.

Surprenant que ce message soit encore en ligne… Est-ce la ligne de République Solidaire ? Ou tout le monde peut il écrire tout et n’importe quoi au nom du mouvement, sans aucun contrôle ???

Girardin, ou l’incompétence politique faite femme. Une triste réalité qui pourrait barrer la route de la présidentielle à Dominique de Villepin… à moins qu’il ne se décide enfin à se séparer de celle qui l’entraîne au fond du gouffre.  Désormais chacun le sait : la campagne sera sans elle, ou ne sera pas.

L’autre boulet de Villepin

Villepin débarrassé de Clearstream, ira-t-il à la présidentielle ? Ou d’autres obstacles lui barrent-ils la route ?

La question est légitime, et la réponse étonnante : oui, il existe encore des freins à sa candidature, et au plus proche de lui.

Juin 2009. Villepin lance son club, avec aux manettes, Brigitte Girardin, secrétaire générale, et dans l’ombre, Christophe Carignano, un obscur « spécialiste » du web qui s’est fait connaître en clashant avec les blogueurs [Lire la note Réactions corporatistes, d’Embruns], à qui il donnait des leçons de journalisme. L’ancienne ministre de Jacques Chirac est une fidèle de Dominique de Villepin, amie de longue date. Son rôle devrait se limiter à représenter une image. Hélas, elle met les mains dans le cambouis, poussé par un Carignano sentant son heure de gloire arrivée. Problème : ces deux là n’ont aucune expérience de la vie politique. Mais pour l’heure, dans le Club Villepin, il ne s’agit que de rassembler les soutiens de l’ancien Premier Ministre, aussi les dommages sont limités.

Juin 2010. Villepin transforme son Club en parti politique, en créant République Solidaire. Malgré l’inexpérience de Brigitte Girardin –qui n’a jamais occupé de fonctions au sein d’un parti politique, pas même de cadre-, il conserve la même équipe. S’attachant ainsi au pied un boulet qui ne cessera plus de lui peser. Non seulement République Solidaire ne décolle pas dans les sondages, mais les adhésions peinent à rentrer. Pire, la grogne monte parmi les cadres, les départs s’enchaînent, touchant tous les échelons : parlementaires , cadres, militants.

Juin 2011. Villepin touche le fond. A 2% dans les sondages, il réunit à peine 300 militants pour l’anniversaire de son parti. Le système Girardin, basé sur l’inaction et le dézinguage de toute initiative qui pourrait aider le parti à exister –sans oublier d’user d’une profonde violence verbale à l’encontre des quelques uns qui tentent d’alerter le patron sur la réalité du fonctionnement du parti-, a montré son inefficacité : c’est l’échec, cuisant. Et pourtant, la composition du Bureau Politique, publiée quelques jours plus tard, renouvelle la confiance à cette équipe de bras cassés.

Septembre 2011. Villepin est relaxé dans l’affaire Clearstream, ce qui lui permet de pouvoir se lancer sereinement dans la présidentielle. Enfin sereinement… Avec des troupes clairsemées et des sondages au plus bas, l’avenir n’est pas rose. Pour autant, rien n’est joué : la vie politique fonctionne selon un rythme sinusoïdal, et si Villepin se trouve au creux de la vague, il peut tout à fait remonter. Quoi qu’en pensent les mauvaises langues : de très nombreux soutiens sont à la porte de l’ancien Premier Ministre… tous écartés par une Brigitte Girardin mi-secrétaire mi-générale, à grand renfort d’insultes qui feraient passer le « casse toi pauv’con » de Sarko pour une amabilité. L’arme des faibles…

Dans ce climat délétère, et faute de ligne directrice, les militants sont déboussolés : Villepin veut-il aller à la présidentielle ? Chacun sait, en interne, que la campagne est impossible à mener avec l’équipe dirigeante actuelle, responsable de trop nombreux échecs et clashs dans le parti. D’où des interrogations de plus en plus fortes, qui donnent du poids aux rumeurs les plus folles quant à d’éventuelles alliances, de Bayrou à Sarkozy.

Malgré toutes ces turpitudes, Villepin peut pourtant encore y croire. Encore faudrait-il passer un sérieux coup de balai, et se débarrasser du boulet qui l’encombre, faute de compétence : Brigitte Girardin, et toute sa petite bande d’amateurs qui ferait passer la CFA pour la Ligue des Champions, tous trop accrochés à leur tout petit pouvoir pour regarder la réalité en face et constater qu’ils sont en train de tuer celui qu’ils prétendent soutenir. Pour Villepin, l’urgence est là : se débarrasser des barrières qui se dressent sur son chemin, fussent-elles au plus proche de lui.

L’ancien Premier Ministre est maintenant au pied du mur. Le Point relaie aujourd’hui une info selon laquelle le président de République Solidaire pourrait procéder enfin aux ajustements nécessaires, très attendus en interne. C’est en effet, pour lui, un point de passage obligé pour poursuivre son destin présidentiel. Alors, saura-t-il se donner les moyens de mener la bataille de 2012 ? Le bureau politique de République Solidaire, qui doit se réunir ce lundi, pourrait apporter une réponse en ce sens… et sera, à coup sûr, très observé.

République Solidaire ou la tentation des banlieues

Aujourd’hui, Anna Cabana signe un excellent article dans Le Point sur Villepin et les banlieues. En bonne connaisseuse du personnage, Anna brosse un portrait très juste de la tentation de Villepin vers une population délaissée par la classe politique.

Si en 2007 Sarkozy prônait un Plan Marshall des banlieues, force est de constater qu’il n’a jamais été mis en place. Comme les précédents ministres de la Ville et autres secrétaires d’Etat à l’égalité des chances, la Sarkozie n’est pas parvenue à faire quoi que ce soit pour les « quartiers ». En marge, tout au long de l’année, à Draveil, à Bondy, puis à Mantes-la-Jolie, Dominique de Villepin a été reçu en héros, se démarquant au passage de l’actuel locataire de l’Elysée. Un positionnement bien tentant…

Dès lors, Dominique de Villepin n’a eu cesse que de se positionner sur ce créneau, prenant la défense des palestiniens contre Israël, qu’il accuse, bien au delà des lignes jadis empruntées. Comme s’il lui fallait prouver qu’il était, lui, le natif de Rabat, le candidat naturel de cette frange de la population. En témoigne la composition de sa tribune de témoins, lors du meeting fondateur de République Solidaire, le 19 juin dernier à Paris. Si l’organisation avait veillé à disposer d’un patchwork de la société française, la meneuse de revue était Bouchera Azzouz, présidente de Ni Putes Ni Soumises. Celle ci se livra à un véritable plaidoyer pro-quartiers, allant même jusqu’à déclarer : « Nous sommes l’élite de la Nation ». Une déclaration qui fit tousser dans les rangs…

Dépassant le ton feutré de la diplomatie sur le conflit israelo-palestinien, Villepin a pourtant failli se brûler les ailes, lorsqu’il envisagea de débattre avec Tariq Ramadan. Un débat risqué, et déjà tenté par Nicolas Sarkozy en 2003. On trouve mieux pour se démarquer… A moins de chercher à tout prix à récupérer ces voix ?

Encore faudrait-il que ces populations votent… Entre l’abstention et le vote à gauche, il serait étonnant que Villepin « se fasse élire par les banlieues » comme aimerait à le répéter, selon Le Point, Brigitte Girardin à son poulain. D’ailleurs, quelle expérience a Brigitte Girardin du terrain électoral ? Diplomate puis ministre, elle n’a jamais pris part au moindre scrutin, ni à l’organisation interne d’un parti. Si le sang neuf est toujours vivifiant, peut être faut il tout de même rester vigilant, et ne pas jouer avec un feu que l’on ne saurait maîtriser.

Et les conséquences peuvent vite se faire sentir. La frange droite de République Solidaire ne goûte guère la primeur systématiquement donnée à la diversité dans le mouvement politique, sans réelle prime aux compétences. L’affichage, la communication, cette vieille ficelle qui usa Sarkozy.

A trop chercher le bulletin, Dominique de Villepin risque de faire un pari qui l’enferme à gauche, ce avant même que la primaire socialiste ait débuté. Et de réduire dangereusement son espace politique… qui reste, quels que soient ses calculs, à la gauche de Sarkozy, mais à la droite du Modem. Soit sur le terrain de l’UMP, entre Chirac et Juppé. Et sur cette partie de l’électorat, Villepin est très loin de convaincre…

A lui de cesser les effets d’optique, et de se mettre au travail. Avec un vrai projet, qui n’oppose pas les banlieues au reste de la population. Mais qui ose rassembler par et pour la France…