G20 : Les copains d’abord

La dette grecque et le psychodrame de Papandreou ont bien plombé l’ambiance mais heureusement, au G20, on se marre bien.

Cette réunion du club des pays les plus riches du monde constitue une belle occasion de se retrouver pour les leaders mondiaux. Et de se livrer à de petites blagues, comme souvent lors des sommets internationaux. Souvenez-vous de Bill Clinton et Boris Eltsine lors de la conférence de presse consécutive au 50 ans de l’ONU, le 23 octobre 1995…

Le président américain Barack Obama ne s’est pas privé de se laisser aller à quelques blagounettes dignes d’un worst-of de Carambar. Ainsi, lors d’un échange avec Nicolas Sarkozy, il lui a glissé en rigolant : «Je suis sûr que Giulia a hérité du physique de sa mère, plutôt que de celui de son père ce qui est une très bonne chose». Ah ah ah ris toi aussi du physique de notre bon mètre, et fais le devant le monde entier, c’est tellement Obama Style !

D’ailleurs Barack ne s’est pas arrêté là. Alors que l’année 2012 est importante pour les présidents français et américains –chacun visant sa réélection-, il lui conseillé à Sarko de prendre exemple sur la présidente argentine Cristina Kirchner, réélue dès le premier tour… tout en précisant que lui aussi devrait également suivre ses cours.

En guise de conclusion de ce sommet, les deux compères ont offert aux téléspectateurs de l’ORTF un bien beau numéro de charme, en commettant une interview croisée en mode lèche-bottes blues à double détente, pour les journaux télévisés de TF1 et France 2. Cet échange sans saveur a essentiellement consisté à s’auto-congratuler de ce G20, tout en expliquant comment ils ont joué les pompiers du monde. En guise de clôture de ce Festival de Cannes G20, on a eu droit à ce film bizarre, croisement entre un blockbuster américain et une comédie française. Ou comment Bruce Willis et le Chef Chaudard se sont retrouvés sur la même pellicule, dans La Septième Compagnie sauve la Grèce des dangereux terroristes qui voulaient voter anéantir le monde.

Passons rapidement sur l’image, qui nous montre un Sarkozy aussi grand qu’Obama –combien de coussins ou de centimètres séparant le siège en arrière de Sarko pour assurer un effet d’optique optimum ?-, la nouvelle coiffure gélifié de Sarko qui le fait passer pour un Dragibus avec des cheveux, ou le comportement gamin de l’actuel locataire de l’Elysée bavant devant Obama –qu’il nomme « Barack » alors que ce dernier l’appelle « le président Sarkozy » ou la classe incarnée de notre bon mètre en espérant que ce petit show servira sa campagne électorale.

D’ailleurs, info du jour, Sarko a rencontré Barack avant qu’il soit président, et savait déjà qu’il serait candidat et élu. Saluons l’actuel locataire de l’Elysée ! Après avoir été présent à Berlin le jour même de la chute du mur, le 9 novembre 1989 –alors qu’il s’y est en réalité rendu une semaine après- Sarko fait de nouveau marcher sa boule de cristal De Loreane, en s’inventant une histoire destinée à alimenter la mythologie de sa Barackmania. -logie, je ne sais pas, mais mytho, c’est déjà plus crédible…

Tentons de revenir au fond. Abyssal, le fond. Les téléspectateurs ont en effet assisté à un florilège des meilleurs lieux communs sur l’économie, mais pas que. J’en ai noté quelques uns, je vous laisse juge de la haute qualité des informations :

  • Sarkozy sur les relations entre Union Européenne et Etats Unis : « Nous avons l’Atlantique en commun ». Nan sans dec ?
  • Obama sur l’Europe : « l’Europe est notre premier partenaire commercial mais les problèmes européens seront réglés par les européens ». Waouh ! Sauf pour la Grèce, hein…
  • Sarkozy : « l’enjeu pour nous les chefs d’Etat, c’est de prouver qu’on a une emprise sur les événements ». Mais quel visionnaire !
  • Obama : « Quand les élus pensent plus à la politique qu’aux raisons pour lesquelles ils ont été élus, ils sont en difficulté ». Lucide, certes, mais est-ce une information ?
  • Sarkozy : « C’est important ce que dit Barack Obama ». Sérieux ???

En résumé, rien de bien concret –si ce n’est sur les orientations de la politique américaine, Barack Obama étant le seul à être un peu entré dans le fond, l’habitude sûrement- et pour cause : rien de tangible ne s’est dégagé de ce G20. Les rares fois où Sarkozy s’est risqué à développer, j’ai failli m’étouffer.

Ainsi, lorsque les présidents ont évoqué quelques mesures visant à réguler le système économique mondiale, Sarko s’est risqué sur la question des paradis fiscaux : « on veut lutter contre les paradis fiscaux, ce cancer ». Peut on lui rappeler que la France n’est pas exemplaire en la matière ? Et que sa suppléante à l’Assemblée, Joëlle Ceccaldi Raynaud, y a planqué au moins 4 millions ? Ca doit être ça, la République Irréprochable qu’il a promis d’instaurer.

Puis il a enchaîné sur la nécessité de respecter les règles, et de prendre nos responsabilités.  Savoureuse apologie des règles de la part d’un président alors que la France ne respecte pas le Pacte de Stabilité Européen : Villepin avait laissé le déficit budgétaire à 3,2% du PIB, soit quasiment dans les critères de Maastricht… il a depuis explosé et pointe désormais à 7,1% du PIB, loin de nos engagements de ne pas dépasser les 3%. Sans parler de notre Constitution sur laquelle il s’assoit régulièrement.

Sinon, rien de bien probant. Obama a bien esquissé une ébauche des accords qui devront intervenir lors de prochaines réunions : « Les institutions financières doivent prendre leurs responsabilités, nous devons mette des gardes fous face à tout ça ».Reste que pour l’instant, le G20 est resté timide dans ses conclusions, faute d’avoir été éclipsé par la question grecque.

Mais peu importe. Pour les deux hommes, l’enjeu était ailleurs : afficher une entente parfaite. Barack Obama a assuré accorder « une pleine confiance » aux dirigeants européens. « Nicolas Sarkozy, Angela Merkel, et les autres dirigeants ont fait preuve d’un leadership impressionnant ». Il lui a renvoyé l’appareil se déclarant heureux de trouver en Barack Obama un partenaire « soucieux des problèmes de l’Europe » avec qui il entretient une relation de proximité : « Sur la Grèce, nous avons travaillé jour et nuit ». Au moins, le gouvernement ne pourra pas utiliser son argument favori pour expliquer le bilan très moyen de ce G20 et dire que c’est de la faute des 35 heures…

Ce touchant tableau sert évidemment Nicolas Sarkozy, qui entend là asseoir sa stature internationale. Mouais… C’était effectivement l’objectif de l’actuel locataire de l’Elysée que de profiter de ce G20 pour montrer aux Français sa réussite à l’international. Reste que le sommet n’a pas été à la hauteur des ambitions de la présidence française et qu’en outre, Nicolas Sarkozy a absolument tenu à avoir Alain Juppé auprès de lui tout au long du sommet.

Cette interview exceptionnelle en faux direct sonne donc comme une pure opération de communication parfaitement orchestrée, mais cela, vous vous en doutiez. Ainsi s’achève cette édition du Festival de Cannes : clap de fin.

Grèce : La guerre de Troie n’aura pas lieu

Après avoir fait trembler la planète, et notamment les pays membres de la Zone Euro, le Premier ministre Papandréou, qui n’a plus de majorité, a finalement rétropédalé.

Son projet de référendum a été enterré par le ministre des Finances ce matin, et il souhaite former un gouvernement de coalition dont l’objectif prioritaire serait d’appliquer le plan de sauvetage décidé la semaine dernière. Du coup, Papandreou s’est mis en balance au Parlement.

Les parlementaires grecs lui ont finalement accordé la confiance par 153 voix sur 300 à Papandreou cette nuit. Pour autant, il ne devrait pas participer au prochain gouvernement d’union nationale qu’il va former, et être éliminé dès cette semaine de cette version grecque de Koh Lanta. Reste que le gilet plan de sauvetage sera adopté, et les réformes impopulaires qui vont avec, sans attendre l’avis un peu tardif du bon peuple grec. Parce que non, personne n’est contre le référendum, le problème c’est qu’il aurait fallu le faire beaucoup plus tôt, et que maintenant ce n’est pas le bon moment. Dixit le monde entier. Et les grecs, allez vous faire voir… chez les grecs.

Sérieusement, les peuples, exprimez-vous quand ça arrange tout le monde, et pas juste quand votre Premier ministre décide tout à coup de vous donner la parole sur votre propre avenir… Si selon Nicolas Sarkozy, donner la parole au peuple est toujours légitime, il ne faut pas oublier de lire les petites lignes au bas du contrat. Qui précisent tous les cas dans lesquels le référendum n’est pas une bonne idée. Fichus grecs qui se la jouent perso et manquent de solidarité avec le reste de la Zone Euro !

Quels goujats ! Enfin voyons, on n’a pas idée non plus de s’inviter comme cela au G20 alors que le monde doit parler de sujets sérieux qui eux, sont passés à la trappe, empêchant ainsi Nicolas Sarkozy de disposer du bilan dont il rêvait à l’issue de cette année de présidence française pour donner un petit coup de pouce à sa campagne électorale en se présentant comme le sauveur du monde, faute de disposer d’un bilan satisfaisant en matière de politique intérieure. Ou comment Sarko s’est trouvé obligé d’appeler à la rescousse le G.I. Obama, pour faire l’éloge de son leadership. Navrant.

Papandreou a fauté, il a pris sa fessée. Reste que si nous étions à la place des grecs, nous aurions été les premiers à hurler et à réclamer que l’on respecte notre souveraineté. C’est incroyable de voir nos dirigeants faire preuve d’autant d’hypocrisie. Oui, le référendum aurait fait trembler l’Europe et le monde. Oui, le résultat n’aurait pas été acquis. Oui, cela aurait posé problème par rapport à l’urgence de la situation. Oui, il aurait fallu organiser un référendum plus tôt. Ces raisons supplantent-elles le droit des peuples à disposer d’eux mêmes ?

Peu importe, les grecs ont plié, et le monde est sauvé. Ou presque. Parce que si la plan d’aide à la Grèce va être mis en œuvre, c’est maintenant l’Italie qui montre de sérieux signes de faiblesse. Non seulement les finances vont très mal, mais en plus, Berlusconi perd de plus en plus de soutiens au sein de sa majorité. Le vote du Budget, prévu mardi, pourrait mener à la chute du Cavaliere. L’Italie s’est donc pris un carton jaune, en étant placée sous la surveillance du FMI.

Et là, on ne parle pas des mêmes montants, la dette de l’Italie étant nettement supérieure. Et on n’a pas bouclé le financement du FSFE, et l’épineuse question de l’arrivée des chinois. Bref, après la feta, la pizza, et on continue de nager dans l’huile d’olive… Le bouffe méditerranéenne, censée être le meilleur des régimes, c’est plus ce que c’était. Faudra bien se mettre à la diète…

G20… G vain ?

Ce G20 devait être l’occasion d’avancer sur la gouvernance mondiale, et dans les négociations entre les vingt pays les plus riches pour normaliser les échanges mondiaux.

On devait y évoquer la nécessaire régulation pour éviter la mainmise des marchés  et des agences de notation sur l’économie. On devait y inventer le monde économique de demain pour faire face aux défis qui nous attendent.

Hélas, le sommet aura été marqué par les conséquences de la crise, et aura principalement porté sur l’adoption d’un plan global pour la croissance. Qui relève plus d’intentions que de réelles avancées normatives, les discussions ayant été largement parasitées par le feuilleton de la crise grecque et l’épisode du moment –le référendum- et le danger pesant sur la Zone Euro, dont les conséquences, si elle venait à faillir, pourraient être mondiales.  Ou comment la Grèce  a éclipsé la gouvernance mondiale.

Que reste-t-il de ce sommet ?

Le G20 s’est mis d’accord pour coordonner l’action politique de ses membres, ainsi que sur un plan global d’action pour la croissance, sans pour autant se doter de nouveaux moyens pour éviter une nouvelle récession. Les bons élèves à l’économie solide, que sont l’Allemagne et la Chine, seront mis à contribution pour adopter chez eux, en cas d’aggravation de la crise, des mesures visant à soutenir leur demande intérieure, afin de soutenir la croissance mondiale.

Sur la réforme du système monétaire, et afin d’éviter la contagion de la crise grecque, et face aux difficultés de l’Italie, le G20 s’est engagé à augmenter les ressources du FMI en cas de besoin… tout en renvoyant la question des moyens à février prochain, faute de trouver des candidats pour participer à ce fonds de secours. En clair, personne ne met au pot tant que le feu couve dans la Zone Euro.

Les déclarations de Barack Obama, lors de son interview croisée avec Nicolas Sarkozy, sonnent comme une claque ; le président américain estime que la Zone Euro est « en mesure d’être à la hauteur », ajoutant « L’une des choses les plus importantes que je puisse faire (pour l’Europe) est d’assurer la croissance de l’économie américaine ». C’est-à-dire rien de concret, Obama estimant que c’est aux dirigeants européens eux-mêmes de résoudre cette crise. De toutes façons, il n’en aurait pas les moyens.

Le grand argentier du G20 est désormais la Chine. Celle pour qui les européens ont maintenant les yeux de Chimène, pour obtenir un sauvetage de l’Euro. Et justement, la Chine a enfin fait le pas tant attendu par ses partenaires, en se déclarant déterminée à augmenter la flexibilité du yuan, une étape cruciale pour doper la croissance. La monnaie chinoise est en effet suspectée d’être sous évaluée, pour favoriser ses exportations et créer des réserves de devises étrangères.

Côté fiscalité, une liste de onze pays qui ne respectent pas les normes internationales, dont la Suisse et le Lichenstein, a été publiée : les paradis fiscaux seront désormais mis au ban de la communauté internationale. Parallèlement, 29 banques systémiques, dont la taille présente un risque en cas de faillite, seront soumises à des mesures visant à les renforcer : elles devront se doter d’un plan de démantèlement en cas de faillite, et augmenter leurs capitaux propres. En France, la BPCE, BNP Paribas, Le Crédit Agricole, et la Société Générale sont concernées.

En revanche, aucun accord n’est intervenu concernant la taxe sur les transactions financières, en raison du silence américain, bien que Nicolas Sarkozy se soit targué d’un pas –imaginaire- fait par les Etats Unis. Toutefois, l’actuel locataire de l’Elysée a intégré au communiqué final son souhait de voir cette taxe mise en place à l’échelon européen (UE)… qui reste un souhait. Ce dossier n’a donc pas évolué.

Au final, les accords négociés dans le cadre de ce G20 auront essentiellement pris la forme de déclarations d’intention, et donc été moindres qu’espérés par Nicolas Sarkozy –bien qu’il s’en défende-, qui souhaitait boucler un certain nombre de dossiers avant la fin de la présidence française. Reste à savoir si ce sommet aura suffi à rassurer les marchés. Et là… rien n’est moins sûr : dès vendredi, les bourses européennes ont chuté.

Un G20 sous haute tension

Ce devait être l’apothéose. La conclusion d’une année de présidence française du G20, qui aurait consacré Nicolas mètre du monde, et bien aidé à lancer sa campagne présidentielle virtuelle faute de pouvoir se lancer rapidement dans la vraie.

Mais depuis quelques jours, tout a basculé. Et en guise de feu d’artifices, il pourrait bien voir le monde économique s’embraser.

Pourtant, Sarko n’a pas ménagé sa peine. Lors du difficile sommet européen de la semaine dernière, il n’a pas lâché la négociation, pour permettre d’arracher un accord en vue de ce G20. Il s’est même assis sur ses propositions, acculé à accepter la vision d’une Allemagne en position de force. Fort de ce très relatif succès, il s’est présenté quelques heures après devant les Français, pour expliquer par le menu comment il avait sauvé la France, l’Europe, et même le monde. Tout cela devait se concrétiser à Cannes et achever en beauté cette année présidence française du G20.

Bon, tout n’était pas si rose, surtout du côté des rouges. L’accord négocié présentait notamment le renforcement de FESF, mais nécessitait donc de trouver des capitaux pour ce fonds de garanti. La Chine a bien sûr bondi sur l’occasion de venir jouer les sauveurs de l’Europe. Avec évidemment de nombreuses arrière-pensées, dans la perspective du G20.

D’abord, les chinois veulent accélérer leur adhésion à l’OMC. Le statut de membre plein leur permettrait de ne plus être accusé de dumping et autres infâmes pratiques, et donc de pouvoir tranquillement continuer à sous estimer leur monnaie et leur coûts de production, pratiquer la contrefaçon, le tout sans se voir opposer la moindre réciprocité. Bah oui, s’ils mettent au pot du FESF, ils sont clairement en position de force pour refuser toutes les velléités de protection des autres économies.

Ensuite, la Palestine a adhéré à l’Unesco, grâce à un vote favorable de nombreux pays… dont certains du G20 et notamment la France. Ce qui a provoqué la fureur des Etats-Unis, alliés traditionnels d’Israël. Ils ont donc mis leur menace à exécution de supprimer les crédits alloués à l’Unesco, qui perd ainsi 22% de son financement. Vu le mécontentement d’Obama, il y a fort à parier que tout ceci pèsera aussi allègrement sur l’ambiance du G20. Dire que si le vote avait été une semaine après cela aurait posé moins de problèmes… Comme ce conflit d’agenda est ballot !

Mais le monde pouvait faire nettement mieux pour plomber cette réunion. Comme dans les meilleurs séries télé, cette superproduction mondiale a connu un cliffhanger de taille hier, par la voix de Georges Papandreou. Le Premier Ministre grec a en effet eu l’outrecuidance -aux yeux de ses partenaires européens- de proposer à son peuple de se prononcer sur le plan de sauvetage de son pays –qui efface la moitié de sa dette privée, soit 100 milliards d’euros, au prix d’un nouvel effort de rigueur- par référendum. Ou comment le leader du gouvernement grec a fait un énorme doigt d’honneur au Conseil Européen, leur adressant –en termes plus polis- un joli « Allez vous faire voir chez les Grecs ! ».

Ce scrutin –qui coûtera forcément cher- devrait être programmé en janvier. D’ici là, tout est donc bloqué. Et côté européen, ça chauffe ! Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, ça va quand c’est la Libye, mais quand il s’agit pour la Zone Euro de sauver la Grèce –et de se sauver elle-même car si la Grèce refuse ce plan , le pays sera en faillite, nos banques plongeront, et nous avec, sans parler de notre triple A-, faut pas pousser ! Si l’on ajoute que cet odieux Papandreou n’a même pas pris la peine de prévenir notre bon mètre –aka le mètre du monde- il y a de quoi provoquer à Sarko un nouveau malaise vagal. Sur ce coup là, comme dirait Aubry, il s’est fait empapaouter. Par un Grec. Ah ah.

Alors évidemment, en ce qui concerne le G20, rien ne peut être perdu avant même d’avoir commencé. A deux jours du début du congrès, les sherpas s’activent déjà en coulisses pour tenter d’éteindre l’incendie. Ainsi ce mercredi à 16h, veille de l’ouverture du G20, Nicolas Sarkozy rencontrera George Papandreou. Objectif : lui coller une bonne soufflante mettre en place le plan de sauvetage dès maintenant.

Lors d’une intervention d’une minute ce soir, Sarko a en effet confirmé qu’il tiendra demain cette réunion dans le cadre d’un mini COnseil Européen avec le FMI, et que « les engagements pris seront tenus ». Reste que les thématiques mises au programme du G20 risquent de souffrir de cette situation, ainsi que l’obtention d’éventuels accords sur celle-ci.

Ou comment Sarko n’a pas sauvé le monde, ni l’Europe, ni la France. Voilà qui le met en position fort délicate : le G20 était en effet son dernier joker, son atout pour redresser un mauvais bilan et expliquer aux Français qu’il était le plus apte à gérer la crise. Et pour le moment, non seulement il n’affiche pas de résultats tangibles sur le plan intérieur, mais ses négociations internationales prennent l’eau. C’est dire si ça sent le sapin ! Ou comment en cette Toussaint, la blague grecque pourrait enterrer la candidature de Sarkozy, et l’obliger à renoncer. On peut toujours rêver.

SarkoShow : Une Primaire à un seul candidat

Pendant plusieurs semaines, nous avons assisté à la primaire socialiste.

Au programme, trois débats entre les six candidats, puis un dernier débat entre les deux finalistes. Ca, c’était la télévision normale.

Mais hier, les deux premières chaînes ont subitement fait un bon de quelques décennies en arrière, en se déguisant –à quelques jours d’Halloween- en ORTF.

Face aux deux vrais faux journalistes – Yves Calvi, le méchant qui grogne, et Jean-Pierre Pernault, le cire-pompes qui semble se limiter à lire les fiches transmises par l’Elysée- en mode époux Turange, le président de la République et futur-candidat-de-l’UMP-mais-faut-pas-le-dire-c’est-pas-le-moment a débattu avec lui-même lors de cette primaire à candidat unique. Car ne vous y trompez pas, Sarko est bien en campagne électorale, le tout sur le temps de parole de l’exécutif. Ainsi, il nous a délivré son SarkoShow du jour, en format tragi-comédie, et en cinq actes je vous prie.

Bah dis donc, si la primaire socialiste avait été diffusé sur les deux premières chaînes, que n’aurait-on entendu… Ce qui permet d’ailleurs de relativiser le succès de l’émission, qui a été vue par 12 millions de spectateurs. L’ennui de cette émission, c’est que c’était un peu comme se faire avaler par une publicité géante qui nous courrait après pendant 1h15, et contre laquelle on luttait. Avec au milieu de ce spot géant des morceaux d’un film catastrophe, genre Armageddon, où on allait tous mourir. Reste à savoir ce qui se passera Le Jour d’Après… Sachant qu’en attendant, avec la crise grecque qui menace de zigouiller la ZoneEuro, c’est l’Attaque de la moussaka géante !

Allez, fini la bande-annonce, place aux détails bien croustillants –ou pas- sur ce qui nous attend : attachez vos ceintures !

Au terme de cette émission, l’atterrissage fut difficile pour le téléspectateur. Pour faire court, cet entretien avec Nicolas Sarkozy se résumait, en gros, à expliquer en quoi il a sauvé l’Europe en attendant de sauver le monde dans quelques jours à l’occasion du G20, la France, ce qui fait de lui le meilleur des candidats, d’autant que lui il sait gouverner alors que le socialiste est un irresponsable, et donc il se déclarera le plus tard possible, mais mène évidemment déjà campagne.

Le tout en annonçant, mine de rien, que les prévisions de croissance était revues à la baisse, ce qui inclut de nouvelles mesures de rigueur pour boucler le budget… qui seront annoncées après le G20. Fini l’éclate –spéciale dédicaces aux chômeurs, malades, pauvres, assistés donc délinquants sociaux de toutes sortes-, on se sert encore la ceinture, et y’aura pas de gilets de sauvetage pour tout le monde !

Après avoir serré la vis, Sarkozy, qui rentabilise au maximum son temps d’antenne présidentiel, a clairement lancé sa campagne électorale. Du coup, après avoir expliqué ses exploits mondiaux que David Douillet pourrait qualifier « d’inimaginaux », il a cherché à mettre en valeur son bilan pour mieux se positionner dans le combat de 2012. Histoire de ne pas trop se laisser distancer. Parce que jusque là, son silence a permis à Hollande d’installer sa candidature. Ce qui a valu au corrézien d’être la cible de notre nain Prof d’un soir. Tout en délivrant habilement quelques nouveaux éléments de langage à une UMP en panne d’inspiration ces derniers temps.

Notre bon mètre s’est donc positionné par rapport à la gauche, en dessinant le clivage entre Hollande et lui. Une émission, donc, plus d’un candidat que d’un président. Ou de la difficulté de faire campagne en étant au pouvoir, le risque étant de donner l’impression aux Français qu’il ne s’occupe plus des affaires de l’Etat, ce qui ne lui serait pas pardonné en période de crise. C’est la raison pour laquelle il a martelé ne pas être candidat. Reste que le message était clair : il sera candidat. On peut ranger Juppé au placard, le meilleur d’entre nous ne servira pas cette année. Dommage, mais le petit ira. En même temps on s’en doutait.

Pour autant, Sarko a-t-il convaincu ? Rien n’est moins sûr. Comme d’habitude, il a enchaînés approximations et contre-vérités, avec un aplomb et une mauvaise foi qui font de lui un piètre président, mais un très bon candidat. Mais avant le candidat, les Français réclament un président et sur ce point, le constat n’est pas brillant. Bilan mitigé, détricoté, crise internationale, accord européen arraché au forceps et G20 qui s’assombrit avec l’éventuelle entrée de la Chine dans le FSFE, … S’il s’est voulu protecteur des Français, pas sûr que l’augmentation des taxes sur les mutuelles, le déremboursement des médicaments, le discours sur les assistés, etc… ne permettent de le croire.

Même en enjolivant les choses, il sera compliqué de compter sur les maigres éléments restants pour enthousiasmer les Français. D’autant que le fact checking, qui consiste à vérifier de manière plutôt pointue les racontars des politiques, est très tendance cette année : pas sûr que son discours résiste à une analyse poussée… Enfin, c’est un président fatigué qui s’est présenté devant les Français, butant parfois sur les mots, et commettant quelques lapsus. Certes, il a négocié toute la nuit avec Angela Merkel pour parvenir à un accord lors de ce sommet européen, mais l’image d’un président fatigué n’incite guère à lui renouveler son mandat.

Cet exercice du Moi Je reste donc très certainement un bon trip pour son égo, mais moi, personnellement, j’ai l’impression d’avoir eu des hallucinations tout au long de l’émission. A mon sens, Nicolas Sarkozy a trop voulu en faire, abusant du Je, évoquant rarement le Nous,  trop préoccupé par la seconde mission de cette émission : au-delà de la pédagogie sur la crise de la Zone Euro, se mettre en orbite pour 2012. Et finalement, au lieu d’Ariane, j’ai vu un simple feu de Bengale : ou comment cette émission a fait Pschitt…