Alain Juppé, l’orgueil et la vengeance

Personne parmi les éditeurs et journalistes, n’avait vu venir le retour en grâce d’Alain Juppé, celui que l’on donnait mort depuis ce jour noir du 30 janvier 2004, lorsque le tribunal de Nanterre le condamna en première instance à une peine infamante, certes réduite en appel, mais qui jeta un voile noir sur la suite de sa carrière.

Personne… ou presque. Anna Cabana, la délicieuse, avait senti que l’homme finirait par accepter d’être un recours. Et s’est intéressé au pourquoi de ce positionnement : pourquoi accepter de revenir au gouvernement ? Et au-delà, quel avenir pour Alain Juppé, pour qui le champ s’est considérablement ouvert ? Qu’a-t-il envie de faire de ce nouvel engouement ? Autant de raisons d’interroger l’ancien Premier Ministre. En ressort Juppé, l’orgueil et la vengeance, un ouvrage passionnant, à lire absolument.

Pour Anna Cabana, l’attitude actuelle de Juppé correspond autant à son orgueil qu’à la manière qu’il peut avoir de se venger, d’où le titre de son ouvrage. Juppé n’est pas homme à quémander, mais il aime se faire désirer. Accepter immédiatement une charge, fusse-t-elle passionnante, serait baisser trop vite les armes face à un rival qu’il tient pour largement responsable de ses ennuis judiciaires. Mais pourquoi accepter in fine ?

Parce qu’il est LE recours. Sans lui, Sarkozy n’a plus aucun élément crédible dans son gouvernement, qui manque de hauteur. Fillon a été rabaissé à la position de simple collaborateur dès le début du quinquennat, et reste écrasé par un Sarkozy omni Premier Ministre à défaut d’être président. Dès lors, il faut une caution. Sarkozy a besoin de Juppé. Sarkozy ne peut se passer de Juppé. Tellement qu’il lui cède en sacrifiant Borloo lors du remaniement. Juppé de nouveau au centre du jeu. Parce que Sarko n’est pas assez fort tout seul. Parce qu’il ne peut en être autrement. Parce qu’il reste le meilleur d’entre nous.

Et ça, c’est Juppé. La cause de tous ses malheurs, mais aussi de ceux des autres. Quand Sarkozy trahit Chirac en rejoignant Balladur à l’automne 1993, c’est parce qu’il a compris que quel que soit son investissement auprès de Chirac, Juppé sera toujours le préféré. Conscient de ne point pouvoir avoir son heure autrement que dans l’ombre du fils préféré, l’homme pressé à jouer un autre cheval. Et s’est planté. Avant de reprendre sa course vers la plus haute marche du podium, sans hélas convaincre de sa capacité à présider. Et d’être obligé de rappeler Juppé. Echec et mat.

Mais il n’a pas été le seul à sous-estimer le poids de Juppé. Quand en juin dernier Villepin est profondément blessé en juin par la sortie de Jacques Chirac, ça n’est pas -contrairement à ce que les observateurs ont trop vite pensé- par son humour corrézien. Mais par la seconde partie de la phrase, qui limitait ce choix d’Hollande à une condition : « si Juppé n’y va pas ». Car si Villepin n’a jamais été souhaité la mise à l’écart de son ancien patron, il n’a pas hésité à s’en écarter très vite une fois devenu Premier Ministre. Se voyant enfin un destin, il a quitté le nid, adoptant parfois un comportement peu sympathique à l’égard de Juppé, comme le rappelle cruellement Anna Cabana, qui connaît bien les deux hommes.

Dix-huit ans après Sarkozy, quel soufflet pour Villepin que de constater que pour Chirac, Juppé est toujours resté l’héritier ! Telle est l’histoire de la droite. Telle est la vengeance de Juppé. Avouez qu’après les épreuves traversées, il a de quoi savourer son plaisir… Et après ? Il n’a renoncé à rien, mais qu’importe : en revenant en grâce, jusqu’à être sollicité pour se présenter, il a déjà tout gagné.

Le temps présidentiel

Après Chaque pas doit être un but, le premier tome des Mémoires de Jacques Chirac, qui évoquait son parcours politique, Le temps présidentiel revient sur ses deux mandats de président. Tout au long des quelques 600 pages de ce second tome, Jacques Chirac s’explique sur ses choix de président. Des essais nucléaires à la dissolution, du non à la guerre en Irak au référendum de 2005, Jacques Chirac revient sur ses douze années à la tête de l’Etat.

L’essentiel de l’ouvrage porte sur son action internationale. Le président évoque ses rencontres avec de nombreux chefs d’Etat, mais aussi les coulisses des négociations internationales et des sommets internationaux, G7 puis G8 et G20.  A travers ses relations avec Bill Clinton ou Boris Eltsine, à celles plus délicates avec Georges Bush –on apprend ainsi qu’ils ne se parlèrent pas pendant plusieurs mois- à celles avec Tony Blair qui, selon Jacques Chirac, « a pris de lourdes responsabilités au regard de l’Histoire » en se ralliant d’emblée à l’offensive américaine en Irak, sans omettre naturellement la rencontre avec le président chinois Jiang Zemin en 1999, il pose son regard sur la mondialisation et la gouvernance mondiale. Mais aussi les grands dossiers internationaux, comme la crise en ex-Yougoslavie, ou les discussions préalables à la guerre en Irak, dans laquelle il refusera d’engager notre pays. Sa manière de s’impliquer dans ces deux dossiers témoigne déjà de son inlassable engagement en faveur des cultures et pour la paix.

Le Proche-Orient occupe une large place. De la visite à Jérusalem qui fit tant couler d’encre à ses relations avec Yasser Arafat, Jacques Chirac évoque la troisième voix française, dans la recherche de la paix dans cette région. Comment ne pas être pris à la gorge par le vibrant hommage qu’il rend à son ami assassiné Rafic Hariri, ressenti « comme celui d’un frère… Un des pires chocs de ma vie ». Il ne pardonnera jamais à Bachar El-Assad, fils d’Hafez qui lui, avait su faire progresser la Syrie. La construction européenne, enfin, occupe une large place. Tout comme son cheminement en matière d’écologie, et notamment la genèse de son fameux discours de Johannesburg : « La maison brûle et nous regardons ailleurs ».

L’ancien président n’est pas exempt d’autocritique, notamment en matière de politique intérieure, en particulier sur la dissolution de 1997, et le 21 avril 2002. Alors que la classe politique entière s’évertue à rendre Dominique de Villepin responsable de la dissolution ratée de 1997, Jacques Chirac consacre un chapitre entier à rappeler les faits : depuis l’automne 1996, tout le RPR lui conseille d’user de ce pouvoir, y compris Nicolas Sarkozy, à l’exception de Philippe Seguin, Bernard Pons ou Pierre Mazeaud. Au-delà de dédouaner son ancien secrétaire général, Jacques Chirac remet les pendules à l’heure sur le fonctionnement de l’Elysée : le président, bien qu’entouré de conseillers, décide… et assume.

Il va même jusqu’à reconnaître des erreurs, particulièrement lorsqu’il dresse le bilan de son élection en 2002 et du choc du 21 avril, alors mal analysé : «J’aurais sans doute dû tout mettre en oeuvre pour constituer une équipe dirigeante plus représentative des 82% d’électeurs qui m’ont apporté leur suffrage le 4 mai 2002». «Je ne l’ai pas fait et ce fut probablement une erreur au regard de l’unité nationale dont j’étais le garant», admet-il. Le président Chirac affiche néanmoins sa fierté de n’avoir jamais accepté de compromis avec le Front National, « le parti de la haine, du racisme et de la discrimination ».

Au fil de ce Temps présidentiel, l’ancien président dresse avec sincérité le portrait de nombreux politiques qui l’ont entouré. A gauche, François Mitterrand bénéficie d’un portrait flatteur. Ainsi qu’Hubert Védrine, qui l’aida souvent à comprendre Jospin. Ce dernier, en revanche, n’est pas épargné par la plume parfois acide du président : « Je ne me sens rien de commun avec un dirigeant dont la rigidité intellectuelle, la vision manichéenne de la société, la conception antagoniste des rapports politiques dictent le comportement comme la pensée. »

A droite, Juppé est une nouvelle fois encensé : « Voici plus de vingt ans que j’ai trouvé auprès de lui d’abord le collaborateur et le conseiller, puis l’adjoint et le ministre d’une compétence sans faille, auquel j’ai pu me fier en toutes circonstances. Son soutien ne m’a pas fait défaut dans les périodes difficiles où mon destin présidentiel paraissait dans l’impasse. Cette fidélité est toujours allée de pair chez Alain Juppé avec une grande franchise à mon égard, dénué de tout souci de complaisance». Villepin, quant à lui, est réhabilité de l’épisode de la dissolution, et présenté comme un véritable homme d’Etat à travers deux portraits élogieux.

L’actuel locataire de l’Elysée, Nicolas Sarkozy, essuie quant à lui quelques coups de griffes. D’abord, sur leurs différences politiques :  « Nous ne sommes pas d’accord sur l’essentiel. Il est atlantiste, je ne le suis pas. Il est beaucoup plus libéral que moi sur le plan économique. Il est pour les discriminations positives et j’y suis radicalement opposé. » Ensuite, sur le comportement qui le disqualifia à plusieurs reprises pour occuper les fonctions de Premier Ministre : «Ses ambitions présidentielles sont vite devenues transparentes, à peine est-il arrivé Place Beauvau [en 2002], quitte à paraître anticiper quelque peu sur des échéances qui n’étaient pas immédiates. Mais je me suis aussitôt refusé à entrer dans le rapport de forces qu’il tentait d’établir entre nous, considérant que celui-ci ne pouvait être que destructeur pour nos institutions.» Lorsqu’en 2004, après l’échec aux régionales l’hypothèse de Nicolas Sarkozy à Matignon refait surface. Jacques Chirac la rejette à nouveau, car «si Matignon et l’Elysée ne s’entendent pas, c’est l’implosion». «C’est ce qui se passerait inévitablement avec Sarkozy».

Enfin Jacques Chirac évoque son rapport au peuple, qu’il aime rencontrer, ressentir, pour mieux l’incarner. Cette relation quasi paternelle avec les Français qu’il affectionne. Ces rendez-vous où sa grande carcasse peut aller serrer des mains et donner un baiser aux dames. Ces moments chaleureux de communion avec la population. Ce peuple qu’il aime, et notamment la jeunesse à qui il laisse, en conclusion de cet ouvrage, un testament en faveur de l’entreprenariat, de la création et des idées : « Alors, Français, Rêvez ! Osez ! »

Au fil des pages, j’ai redécouvert le politique qu’en tant que chiraquienne membre de l’association Avec le Président Chirac je connaissais déjà bien, et découvert l’homme, à travers cet ouvrage sincère, dévoré en une seule nuit. Non pas au sens de son intimité –Jacques Chirac reste dans ses mémoires aussi réservé et secret qu’il l’a toujours été- mais au sens de son action pour la France et le monde. Si je le savais déjà un grand homme d’Etat, j’ai pu apprécier ce qui est à mon sens sa plus grande qualité, à savoir le profond humanisme d’un homme épris d’universalité. Un objectif personnel qu’il poursuit aujourd’hui à travers la Fondation Chirac, destinée à favoriser un développement durable et prévenir les conflits.

L’UMP peut-elle imploser ? *

Sujet marronnier et tarte à la crème par excellence, la fin annoncée de l’UMP. C’est un peu comme la fin du monde, il y aurait en politique l’équivalent d’un calendrier maya, qui prédirait la fin du parti présidentiel, jeté comme le bébé avec l’eau du bain de la cuvée 2012. Alors la fin de l’UMP, réelle possibilité, ou mythe politico-médiatique ?

De la présidence de Juppé à celle de Sarkozy

Pour comprendre l’UMP, il faut revenir aux sources, et étudier son histoire, de la création à nos jours. Le parti majoritaire a construit son socle sur l’Union en Mouvement, la réunion des partisans de Jacques Chirac lors de la campagne présidentielle de 2002. L’idée était alors d’assurer un « vote utile » dès le premier tour, en réunissant le maximum de soutiens à droite malgré les candidatures des libéraux et du centre. A l’époque, il s’agissait déjà de réunir un maximum de voix pour se qualifier pour le second tour, mais le 21 avril n’avait pas encore eu lieu. C’était une simple stratégie politique, sans pression.

Avant le premier tour, cette union allait au-delà du seul RPR, mais sans que cela ne soit formalisé dans un parti. Quelques semaines avant le 21 avril, le parti radical de Borloo avait rejoint l’aventure. Pendant l’entre-deux tours, les libéraux de Madelin ont rejoint le club. Il faut dire qu’avec 2,9%, Démocratie Libérale ne pouvait rembourser ses frais de campagne aussi rejoindre le parti de la Droite et du Centre permettait de mettre les comptes au vert. Enfin une partie de l’UDF a choisi, elle aussi, d’entrer dans l’union. Mais sans François Bayrou. Après six mois de préparation, le 17 novembre 2002, un congrès fondateur consacrait la naissance de l’Union pour un Mouvement Populaire.

Tout juste élu, son président, Alain Juppé, dut s’atteler à une tâche bien difficile : faire de la place à chacune des composantes de l’union. Des postes de permanents aux responsables de fédérations en passant par la liste des secrétaires nationaux, il a fallu sans cesse composer, arbitrer, fédérer. Jusqu’à parvenir à fondre tout ce petit monde sous une étiquette commune –UMP- tout en respectant les sensibilités des uns ou des autres. Une savante alchimie qui devait, pour beaucoup, à la personnalité d’Alain Juppé.

Conscient qu’un parti si riche en tendances pouvait vite se trouver confronté à une véritable zizanie, Alain Juppé décida de mettre en place les courants, pour chaque sensibilité. Il présenta son projet en conseil national, le 9 mai 2004, et sa motion passa de justesse, à seulement 58% des voix. Pour autant, elle fut voté. Les statuts prévoyaient qu’elle soit ratifiée par les adhérents lors du congrès suivant. Hélas, le congrès suivant fut celui de l’élection de Nicolas Sarkozy et le vote ne fut pas mis à l’ordre du jour. Ni à celui des congrès suivants, décentralisés sur le net ou non.

La priorité pour Nicolas Sarkozy, à l’époque, n’était pas de permettre l’expression des uns ou des autres, mais de se faire élire président. N’ayant jamais mis les pieds dans l’UMP depuis sa création, il prit en main un parti dont il ne connaissait rien, qu’il mit au pas avec les méthodes de l’ancien RPR… Les seules qu’il connaissait. Que l’UMP ait fait entre temps sa révolution culturelle et se soit modernisée lui échappait totalement : il n’avait pas vu le parti naître ni grandir, ayant toujours pris un grand soin à éviter ce lieu.

Une fois Alain Juppé terrassé par ses ennuis judiciaires, et la route laissée libre pour la prise du parti, Nicolas Sarkozy fonça… dans une structure qu’il ne connaissait pas. Faute de mieux, la droite en fit son candidat : non seulement il constituait un espoir de par sa jeunesse et son dynamisme, mais surtout, personne n’avait voulu aller à la bagarre. Il rencontra donc peu de résistance en interne, traita les récalcitrants par la purge et la terreur, et parvint ainsi à unifier le parti en vue de la présidentielle de 2007. Une stratégie particulièrement brillante, et jusque là payante, puisqu’il monta sur la plus haute marche du podium et devient président de la République.

Boulimique de pouvoir

Une fois élu, Nicolas Sarkozy rencontra son premier dilemme : laisser ou non le parti, et dans les mains de qui ? Celui qui avait ravi le parti aux chiraquiens était bien placé pour savoir le trésor que recelait cet outil pour mener une campagne victorieuse. Hors de question, donc, de le laisser à n’importe qui, ni de rendre un putsch possible.

Quels que furent les politiques en charge –Patrick Devedjian, Xavier Bertrand, Jean-François Copé- aucun d’entre eux n’a vraiment tenu le parti : Nicolas Sarkozy avait veillé à ce qu’il n’y ait pas d’élection du président de l’UMP –comme prévu par les statuts- et que le responsable de l’UMP ne soit qu’un secrétaire général. Ainsi, il restait lui-même, de fait, président du parti…

Pour mémoire le mandat de président de l’UMP est de 3 ans (à l’exception du premier mandat qui était de 2 ans). Ainsi, les élections du président de l’UMP ont eu lieu en novembre 2002 et 2004, conformément aux statuts, et auraient du être programmées en novembre 2007 puis 2010. Et rien ne l’empêchait : il était logique, sur le plan calendaire, de remplacer celui qui était devenu président de la République… tout comme Jacques Chirac n’avait pas pris en main l’UMP.

Ce ne fut pas le cas. Nicolas Sarkozy fit voter une réforme des statuts sur mesure, ajoutant des dispositions particulières pour le cas où « le président du parti devient président de la République » (Titre IX, articles 48 et 49). Ce petit arrangement avec les statuts permet à Nicolas Sarkozy de conserver  la main sur l’UMP, tout en oubliant que le chef de l’Etat est, selon notre constitution, au dessus des partis. Mais au-delà de sa mainmise sur la maison UMP pendant sa présidence, c’est bien la question de l’après qui est posée.

Bizarrement l’article 48 omet de préciser ce qu’il se passe à la fin du quinquennat : le président redevient-il automatiquement président du parti ? Sur la base de quel calendrier sont alors programmées les nouvelles élections ? Autant d’éléments qui ont leur importance pour imaginer l’après hyper présidence de Sarkozy.

Sur les montagnes russes de l’opinion publique

Depuis 2007, la majorité présidentielle a connu bien des remous : succès post-présidentielle, vague bleu permettant de disposer d’un groupe majoritaire à lui seul à l’Assemblée Nationale, puis, comme pour tous les partis de gouvernement, une érosion de sa popularité. Nicolas Sarkozy s’était fait élire sur la promesse d’être le président du pouvoir d’achat. S’il s’est heurté à la crise, il a, avant celle-ci, déboussolé les français en affichant un style bling-bling décomplexé, mais totalement décalé par rapport à ses promesses de campagne. De la victoire fêtée au Fouquet’s au yacht de Bolloré, il a affiché ses signes extérieures de richesse… sans oublier au passage de s’augmenter de 172%.

Pire, Nicolas Sarkozy s’est perdu dans l’ivresse de ce pouvoir qu’il avait tant désiré, et qu’il s’était acharné à obtenir. Non seulement il est resté président de l’UMP, et a retardé autant que possible son départ du conseil général des Hauts-de-Seine, mais il s’est crû autorisé à transmettre les pouvoirs comme bon il l’entendait, allant jusqu’à tenter de faire élire son fils Jean, jeune homme de 23 ans peinant à valider ses semestres pour décrocher une licence de droit, à la tête de l’EPAD, le richissime établissement financier qui gère le quartier d’affaires de la Défense. Bien plus que de placer ses amis, il a crû pouvoir placer sa famille, oubliant la symbolique monarchique : cet arrière goût de loi salique provoqua un tollé dans l’opinion, et le « roi » dû renoncer au sacre princier, temporairement du moins…

Au fil des mois, la côte de popularité du président n’a cessé de baisser, au gré des réformes, l’obligeant à de multiples remaniements, et l’acculant à envisager une stratégie politique risquée pour ramener à lui les électeurs. La séquence 2010, visant à attirer les électeurs du Front National vers la branche dure de l’UMP, est à cet égard très intéressante : débat sur l’identité nationale, perte des élections régionales, loi sur la burqa, création de La Droite Populaire, groupe d’élus de cette droite dite « décomplexée » mené par les élus du Sud Est (surnommés les « pizzaïolos »), discours de Grenoble, séquence anti-roms, débat sur la laïcité, perte des élections cantonales.

Une majorité qui doute

Aujourd’hui, et parce qu’il l’a voulu ainsi en personnalisant le parti à outrance, l’image de l’UMP se fond dans celle de Nicolas Sarkozy. Quoi qu’il fasse, quoi qu’il dise, tout se reporte sur l’image du parti. Le bon –et ce fut le cas avant son élection- comme le moins bon. A l’inverse totale de la fin du quinquennat de Jacques Chirac et pour cause : Nicolas Sarkozy, alors président de l’UMP, et candidat à la présidentielle, cherchait à tout prix à se démarquer –et donc à démarquer le parti- de l’action gouvernementale. Revenu dans l’ordre juste des relations entre parti majoritaire et gouvernement, l’UMP absorbe tout de l’image de l’hyper-président.

Si l’Union fonctionne relativement bien aux beaux jours, les dissensions sont apparus avec la baisse de popularité constance de l’UMP, liée à celle du gouvernement et du président. Coupable désignée, le virage pris vers la droite dure. Difficile alors pour les autres composantes de l’UMP de se retrouver dans ces prises de positions. D’autant que sur le terrain, les élus se faisaient rabrouer par des électeurs désorientés. Du coup, nombre de candidats n’ont pas voulu afficher le soutien que leur offrait l’UMP, et beaucoup se sont déclarés sous l’étiquette DVD. Comme pour mieux montrer aux électeurs qu’ils n’étaient pas en accord avec le parti majoritaire, auquel ils n’appartenaient pas forcément, et qu’il n’était pas question de mélanger les torchons et les serviettes.

La claque prise par l’UMP lors des élections cantonales aurait logiquement dû être suivie d’une réaction. Hélas, le parti majoritaire a choisi de conserver la même ligne. Dès l’annonce des résultats du premier tour, Jean-François Copé a appelé au « ni ni » : ni Front National, ni front républicain. Le sujet ne pouvait que mettre le feu aux poudres et très vite, la majorité s’est divisée sur le sujet, de nombreuses personnalités de droite –dont le premier ministre François Fillon- appelant à faire barrage au FN. Une fois les élections passées, l’UMP a persisté… en maintenant le tant décrié débat sur la laïcité. Ce qui a une nouvelle fois généré de fortes turbulences en interne. Autant d’éléments qui construisent un joli nid à l’idée d’une éventuelle implosion de l’UMP en une explosion de courants prenant leur indépendance.

Pour autant, cette hypothèse n’est pas réaliste dans l’immédiat. Aujourd’hui, la séquence pré-présidentielle pose naturellement la question du positionnement de chacun, et de la meilleure stratégie pour l’emporter en 2012. Du côté des partis associés ou proches de l’UMP, il est temps d’entrer dans la négociation : soutien oui, mais en échange de quoi. Il est donc logique d’assister à des prises de distance, qui pourront même éventuellement aller jusqu’à une déclaration de candidature. Attention, certains de ces oiseaux visent un quota de circonscriptions réservées. Pour les courants non formalisés, ceux qui ont toujours joué le jeu de l’UMP, la tâche est plus ardue. Leur objectif prioritaire est de ne pas envoyer de mauvais signaux à leurs électeurs, et donc de peser sur les prises de position. D’où, également, certaines prises de distance.

D’autres enfin ont une stratégie plus personnelle, ce qui, au passage, doit rappeler des souvenirs à Nicolas Sarkozy. Si tout porte à croire que le président sera candidat à sa propre succession, deux questions restent posées : qui sera le mieux placer pour lui succéder, et quand ?

Pour autant, la question de la succession est totalement déliée de celle sur la survie de l’union de la droite et du centre. D’une part, parce que la personnalisation de l’UMP sur Nicolas Sarkozy cessera au plus tard lors de la campagne pour la présidentielle de 2017, et au plus tôt en avril 2012, qu’il soit ou non réélu.

Ensuite, il ne faut pas négliger l’aspect financier. Certes, l’UMP a oublié, au fil des années, sa diversité, du fait de l’hyper personnalisation menée par l’hyper président. Par temps d’orage, les différents courants ont voulu marquer leur différence… faute d’avoir pu mener ces débats en interne… faute que ces courants aient été mis en place comme prévu par le vote du conseil national le 9 mai 2004. Si l’UMP paie aujourd’hui l’expression dans les médias de ses différences, les équipes qui s’y sont succédé depuis Alain Juppé sont bien responsables d’avoir créé le monolithe.

Pour autant, à l’exception des partis comme le Nouveau Centre ou le Parti Radical, ces courants ne sont pas, pour la plupart, en mesure de se financer. Au-delà des cotisations et dons effectués par les adhérents, l’essentiel du financement des partis vient de l’aide publique allouée par l’Etat. Les montants sont définis par le score réalisé aux législatives. A titre indicatif, une voix représentait en 2007 environ 1,7 euros par an (jusqu’à l’élection législative suivante). La loi du 11 avril 2003 a tout de même apporté une limite permettant d’éviter la multiplicité des très petits candidats aux législatives : cette dotation est réservée aux seuls partis et groupements politiques ayant atteint 1 % des suffrages exprimés dans au moins 50 circonscriptions.

Lorsqu’on regarde de près, de nombreux députés appartiennent à plusieurs « courants ». Ainsi, le Chêne, le mouvement gaulliste de Michèle Alliot Marie, en revendique 200. Sur 325 députés UMP. Sachant que leur élection permet le financement de leur parti, combien seraient prêts à se présenter sous l’unique étiquette du Chêne ? Quitte à avoir un candidat UMP face à eux ? La démonstration peut se reporter sur les autres groupes, que ce soit la Gauche Moderne, la Droite sociale de Laurent Wauquiez, la Droite Populaire, … Naturellement, certains députés sont membres à la fois de plusieurs courants, on le voit aisément lorsque l’on additionne le nombre d’élus revendiqués par chacun. Sous quelle étiquette alors se présenteraient-ils ? Il est bien évident que ces petits courants sont créés pour représenter un mouvement d’idées, et non pour se constituer en parti politique.

Pour les partis constitués, la stratégie d’union est toute autre : il est plus intéressant pour le Nouveau Centre ou le Parti Radical de négocier des circonscriptions réservées, c’est-à-dire sans candidat UMP face au candidat NC ou PR présenté, plutôt que de prendre le risque d’un candidat autonome, qui ferait un score – et donc rapporterait du financement- mais ne serait pas forcément élu. Ne pas avoir d’élus à l’Assemblée Nationale limite en effet considérablement le poids politique d’une sensibilité… pour eux, la stratégie est simple : union dès le premier tour, contre des circonscriptions réservées et cadeau bonus : possibilité d’avoir un groupe parlementaire (cas du NC), intégration de la sensibilité au gouvernement (PR), ou les deux.

En conclusion, tout le monde a intérêt à conserver la stratégie d’union, et c’est bien pour cela qu’elle s’est créée en 2002. L’idée de Jacques Chirac était de créer une coalition de la droite et du centre dès le premier tour, afin d’insuffler une dynamique permettant de l’emporter au second tour. Coalition fondé sur un socle de valeurs assez larges, reprises dans la charte de l’UMP.

Si aujourd’hui l’UMP souffre de la personnalisation du parti par Nicolas Sarkozy, il est peu probable qu’au départ de celui qui pose problème, le monolithe explose : bien au contraire, ce peut être une vraie chance pour l’UMP. Le parti aura alors à se transcender, et l’un de ses enjeux majeurs sera d’intégrer ses courants… et de reprendre là où le parti en était resté avant l’arrivée de Nicolas Sarkozy…

Et pas forcément sans lui. Juppé l’a prouvé, et d’autres avant lui : personne n’est jamais mort en politique. L’avenir de l’UMP passera par sa capacité à se moderniser… et c’était bien le projet de Jacques Chirac.

*Cet article a été écrit pour Politiko et publié à cette adresse

Faut-il organiser un débat sur la laïcité ? *

« Liberté, égalité, laïcité », pouvait on lire dans Le Monde [1], en titre d’une tribune d’Alain Juppé en faveur d’une loi contre le port de signes ostentatoires à l’école… le 29 octobre 2003. Il y a 8 ans, celui qui était alors président de l’UMP prenait la parole dans la presse, pour donner une suite au débat engagé par Dialogue et Initiatives, le club de réflexion de Jean-Pierre Raffarin, sous la houlette de François Baroin.

Ca n’était pas tout à fait un hasard si Alain Juppé avait alors choisi de parodier la devise nationale. L’objet était alors, il y a 8 ans, de réaffirmer l’attachement du gouvernement –et de l’UMP de l’époque- au principe de laïcité à la française. Et de rappeler qu’aussi loin que l’on remonte dans l’histoire de la République française, la laïcité est inscrite dans ses gênes.

Genèse du principe de laïcité

1789 a vu à la fois la disparition des ordres, dont l’emblématique clergé, la laïcisation de la royauté avec la perte de la notion de « charge divine », l’apparition du contrat civil de mariage, ect… La Révolution a voulu effacer les jougs de l’Ancien Régime et parmi eux, le poids oppressant de l’Eglise. Le principe de laïcité se veut alors le garant de la notion d’égalité : égalité entre les religions, égalité entre les opinions, …

Tout au long du XIXème et du XXème siècles, la France, fille aînée de l’Eglise, oeuvre à résoudre son complexe d’Oedipe, tournant chaque jour un peu plus le dos à sa mère l’Eglise. En matérialisant le principe de laïcité dans la société, notamment à l’école par le biais des lois Ferry, puis au coeur même de l’appareil d’Etat par la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905, la République, a finalement réussi à s’affirmer dans le principe de laïcité voulu par ses pères révolutionnaires.

Cet équilibre, fragile, n’a pourtant jamais cessé d’être remis en question. On a vu la résistance de la chrétienté au XIXème siècle marquée par le retour de l’Empire et son florilège de faits religieux, dont le retour du sacre,  tout comme au XXème siècle, l’exemple le plus significatif étant le vote des lois dites « anti-laïques ». Que l’Islam, le judaïsme ou d’autres religions questionnent aujourd’hui ce principe n’a rien de surprenant, et n’est pas critiquable en soi.

Une valeur républicaine juridiquement réaffirmée

Aujourd’hui, la laïcité est toujours une des valeurs fondamentales de notre République, et est réaffirmé comme une valeur républicaine dans son inscription à l’article premier de notre Constitution : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée. »

Cette définition pose clairement sa vocation : protéger les citoyens en réaffirmant leur liberté de conscience, en leur offrant la garantie de pouvoir croire et de pouvoir ne pas croire. C’est pour chacun la garantie que ses convictions seront respectées, mais aussi que celles des autres ne lui seront jamais imposées. C’est donc un double gage de liberté et d’égalité.

Evolution des mentalités

Avoir des principes ne dispense pas de reconnaître la réalité du terrain. Les nouveaux questionnements sur la laïcité sont apparus ces dernières années avec la résurgence de certains communautarismes. Le principe républicain d’universalisme s’est peu à peu dilué dans l’échec des politiques d’intégration, faute de se transmettre à l’ensemble des citoyens. La République ne tenant pas les promesses faites aux populations immigrées, certaines se sont enfermées peu à peu sur leur communautés, dont la religion est une des composantes de ce lien social, trouvant là le ciment que n’offrait plus la République.

Or, faute d’une définition suffisamment lisible par l’ensemble de la population, le terme de laïcité a été galvaudé, chacun faisant dire à cette notion ce qu’il voulait y trouver. Ainsi on observe aujourd’hui un glissement sémantique qui revient à considérer la laïcité comme le garant de la libre expression des religions. Les partisans de cette nouvelle définition trouvent leur bonheur dans le modèle anglo-saxon, axé sur la liberté communautaire : chaque communauté peut s’exprimer librement et exprimer ses coutumes, au nom de la liberté d’expression. C’est une conception parfaitement concevable et qui n’a rien d’intégriste.

Juridiquement, adopter cette conception n’est pas possible actuellement, car la laïcité dispose d’un très fort degré de constitutionnalité dans la République française. Cette notion est le fruit d’un choix juridique, qui s’est mué au fil des siècles en un mode de vie dans notre société. Or cette définition n’est pas à géométrie variable ; c’était le sens du propos de Jacques Chirac lorsqu’il disait que « la laïcité n’est pas négociable ».

Comment repenser la laïcité ?

Ayons le courage d’avouer que cette redéfinition correspond à une évolution des mentalités, et  pose en réalité une seule question : la laïcité est-elle encore une valeur de notre République, et est-elle encore un principe prévalent sur l’appartenance religieuse ?

Le projet de laïcité de notre République, né il y a deux siècles, portait en lui une volonté d’ouverture vers tous les citoyens, dans un esprit de tolérance. C’était un pas de géant vers le pluralisme et le vivre ensemble, chacun étant respecté dans sa différence. Pour mieux s’en souvenir, il pourrait être bon aujourd’hui de repréciser ce concept, pour en faire apprécier toute la portée. C’est le rôle des groupes du travail qui n’ont eu cesse, depuis des années, de faire des propositions réglementaires en la matière, sans pour autant remettre en cause la loi de 1905.

L’une des pistes évoquée pourrait être la proposition faite en 2003 par François Baroin [2], et reprise par les autorités religieuses, de créer un Code de la laïcité. Mais au delà, pour toucher le citoyen, l’école doit transmettre cette valeur mais aussi l’ensemble des valeurs républicaines, et retrouver enfin son principe premier : former des citoyens respectueux de notre pacte républicain.

Ca n’est pas le projet de débat proposé par l’UMP de 2011. En axant non pas sur le principe de laïcité (comme en 2003) mais sur la validité de certaines pratiques au regard de notre principe de laïcité, principe lui-même remis en question par ce même débat, le parti majoritaire surfe sur un terrain glissant, et réunit toutes les conditions pour un dérapage.

Résultat, la majorité se fissure sur ce thème. Il est d’ailleurs très intéressant de noter que ce sont les chantres du débat de 2003, ce débat qui a réaffirmé notre attachement au principe de laïcité tel qu’il existe dans nos textes, qui refusent de participer à ce débat… et à sa remise en cause. En ce sens, Fillon et Baroin sont parfaitement cohérents avec leurs valeurs, et non dans une opposition interne à Sarkozy ou Copé.

La voix de la sagesse sera venue des six grandes religions, qui ont rédigé conjointement une tribune très inattendue le 30 mars 2011 [3] :« La laïcité est un des piliers de notre pacte républicain, un des supports de notre démocratie, un des fondements de notre vouloir vivre ensemble. Veillons à ne pas dilapider ce précieux acquis. Il nous parait capital, pendant cette période pré-électorale, de bien garder sereinement le cap en évitant amalgames et risques de stigmatisation. »

Si même les grandes religions appellent à respecter notre principe de laïcité, c’est bien la preuve qu’il fonctionne. Ecoutons les, et n’entrons pas dans des débats risqués qui finiraient par dresser les uns contre les autres, ce qui serait très exactement l’opposé de notre pacte républicain. A bon entendeur…

[1] Liberté, égalité, laïcité, tribune d’Alain Juppé dans Le Monde, 29 octobre 2003
[2] Pour une nouvelle laïcité, rapport rédigé pour Dialogue & Initiatives, remis au Premier ministre
[3] Débat sur la laïcité ? Sérénité, attention et réflexion appliquées, recommandent les responsables de culte !, dans Le Parisien, 30 mars 2011

*Cet article a été écrit pour Politiko et publié à cette adresse.

Le remaniement réalité, une première du genre

Depuis le 30 juin dernier, date à laquelle lors de son SarkoShow télévisé, le président de la République a cru bon d’annoncer des semaines à l’avance un changement d’équipe, rien ne nous aura été épargné. Ce feuilleton aura tenu en haleine la classe politique et le microcosme, et considérablement parasité au passage la vie politique, réforme des retraites incluses.

On craignait que la montagne n’accouche d’une souris… Ce fut surtout un énorme rat-age, au terme de consultations poussives entachées par le claquage de porte d’une partie des centristes, et une ligne politique qui ne se redessine pas : aucun signe à l’horizon d’un retour vers le dialogue social …

Womanizer version ministres

Comment donner du crédit à des ministres en sursis ? Telle fut la première question. Woerth enlisé dans l’affaire Bettencourt mais pas que (Société des courses de Chantilly, par exemple) fut le premier exemple de cette déliquescence. Malheureusement, il fallut que Sarko cède à son plaisir défendu, celui du sadisme, et se mette à humilier ses ministres, faisant monter les enchères sur les postes à pourvoir, distillant moultes rumeurs plus ou moins assumées dans la presse via les offs, jusqu’à la finale de ce remaniement réalité : l’ultime bataille, celle de Matignon.

Après avoir mis hors course Michèle Alliot Marie –un de ses conseillers s’étant fait pincer lors d’écoutes peu justifiées à taper là où il ne fallait pas- il a joué la guerre des deux réellement premier ministrables enclins à accepter : Borloo vs Fillon. Si Borloo a longtemps tenu la corde, ayant semble-t-il obtenu des garanties et poussé le vice jusqu’à endosser le costume du rôle, modifiant sa coiffure comme demandé par La Voix, il fut rattrapé par un énième retournement de situation… quelque peu aidé par un groupe UMP peu désireux de voir un centriste Premier Ministre. Jamais avare d’un tour de girouette, Sarko demanda à Fillon de faire savoir son envie de rester. Ultime humiliation pour le « collaborateur »… qui pourtant s’y plia. Que ne faut-il pas faire pour conserver son maroquin…

Et c’est un samedi soir, à l’heure où les familles regardent Champs Elysées (il se trouve que Drucker reparut sur les écrans ce soir là) que l’Elysée annonça la démission du gouvernement. Nombreux sont ceux directement concernés –ministres, collaborateurs- qui l’apprirent en même temps que les autres, par les alertes push de leur Iphone ou autre Blackberry. Cruelle technologie, qui vire par sms… Les journalistes passèrent la soirée à commenter la poignée de main « fort chaleureuse » entre Sarko et Fillon, puis à annoncer en boucle qu’il serait renommé Premier Ministre dès le lendemain matin. Surprise sur prise ? 6 mois, un débat politique parasité, un renfermement du gouvernement sur lui-même, tout ça pour ça ?

S’ensuivit la « nuit sans gouvernement », probable remake de la nuit des longs couteaux, et nuit blanche pour certains. Combien furent ils à tenter leur chances par un appel au 0895 XX XX XX (1,65 € la minute) pour tenter de décrocher un poste ? Le Canard Enchaîné nous le dira au fil des mercredis… Dès dimanche matin, les chaînes infos ont repris les spéciales, tout comme les émissions politiques, le dimanche étant par tradition le premier jour de la semaine politique. Face à la diffusion en boucle des mêmes images, sans réelles informations, et aux commentaires sur les réseaux sociaux et blogs, l’attente fut longue et riche en rebondissements : Copé à l’UMP, Borloo se retirant de sa propre initiative, …

Tel est pris qui croyait prendre…

Sarkozy s’est finalement affaibli avec ce remaniement. Annoncé dès le mois de juin, concrétisé par la démission du gouvernement un samedi soir –poussée ou pas par la sortie de Juppé ?-, avant de traîner en longueur toute la journée du dimanche, Sarkozy a payé cher son sadisme. Tout au long du week-end, le Président de la République, s’est donc retrouvé obligé de composer avec une majorité qui l’a débordé, faute d’avoir su arrêter le jeu sanguinaire à temps tant sur le fond politique –le discours de Grenoble a fait grogner dans les circonscriptions et les députés ont du essuyé les effets négatifs auprès de leurs électeurs- que sur la forme –sadisme à l’égard des prétendants.

A avoir poussé Fillon et Borloo, il a satisfait l’un, fâché l’autre, été obligé de négocier avec la composante centriste, et avec Jean-François Copé, patron des députés UMP, à la manoeuvre pour soutenir Fillon, et qui devait être récompensé. Sollicité pour l’Intérieur, un ministère régalien et d’importance, il a refusé, préférant réclamer l’UMP. Copé a réussi à forcer la main du président : la meilleure preuve en est que le président qui ne lui accorde pas sa confiance puisqu’il lui colle son fidèle Hortefeux dans les pattes.

Sarko ne sort évidemment pas grandi de ce remaniement, et apparait finalement comme un simple manipulateur pris à son propre piège, incapable de remanier en rondeur, mettant sur le devant de la scène les dissensions au lieu de placer la ligne politique au centre de son action. Six mois pour ça, c’est forcément un peu court…

So What ?

Ce ratage complet redistribue les cartes sur un échiquier politique plus mouvant que jamais. En choisissant de recentrer sa majorité sur un Etat RPR (qui n’a plus grand-chose à voir d’ailleurs avec ce que fut le RPR, le RPR avait au moins une ambition gaulliste !) et en faisant entrer au gouvernement des personnalités très marquées, comme Frédéric Lefèbvre à l’usure ou Thierry Mariani pour le goût Pizza, tous nouveaux secrétaires d’Etat, Nicolas Sarkozy a fait la place belle à une droite dure, loin de l’image sociale que voulait se donner François Fillon dans son communiqué de nomination.

Sans se renouveler non plus, Sarko a fait entrer Marie-Anne Montchamp –qui n’a pas assumé auprès de ses ex amis politiques son choix pourtant attendu- et fait croire à une prise qui n’a étonné personne : d’une part elle n’avait plus de circo, c’était donc pour elle la seule carte à jouer avant 2012 que de céder à cette tentation très humaine qu’est l’appétit du pouvoir. D’autre part aucun villepiniste digne de ce nom n’avait envie d’aller se commettre dans le naufrage annoncé du SarkoTitanic. Que Marie-Anne Montchamp ait décidé d’accepter le Secrétariat d’Etat aux Crocs de Boucher -n’étant en charge d’aucun dossier, on voit mal quel autre sens peut avoir sa nomination- reste un non événement : ça ne changera pas la face de la vie politique, ni celle de République Solidaire, et encore moins malheureusement la politique du gouvernement.

Sur le plan politique, en écartant fort brutalement Borloo,  les centristes réalisent que Sarko n’a jamais cru en l’UMP fondée par Chirac et Juppé, le parti « de la droite et du centre ». Borloo a donc tenu sa parole, et annoncé lui-même qu’il ne ferait pas partie de ce gouvernement, préférant reprendre sa « de proposition et de parole au service de [ses] valeurs » au premier rang « desquelles [il] place la cohésion sociale ». Sous-entendant ainsi qu’au gouvernement il n’était ni libre de parole, ni à mener une politique favorisant la cohésion sociale… Message transmis à Fillon !

Décision qui est aussitôt suivie par Daubresse et Létard, solidaires de Borloo. Autrement dit, le traitement réservé au chef du Parti Radical fait sérieusement brûler le torchon au sein de l’UMP. Dès lors, les élus du centre  vont donc se trouver dans l’expectative, et être l’objet de toutes les attentions. Certains pourraient être tentés de suivre une autre voie, qu’elle soit indépendante, par une candidature Nouveau Centre souhaitée par Hervé Morin, ce qui reste in fine assez peu probable sans un accord tacite de l’UMP –le Nouveau Centre étant financé par l’UMP- ou en rejoignant d’autres candidats positionnés sur ce créneau, que ce soit feu Bayrou qu’ils quittèrent pour Sarko, Borloo, ou Villepin qui cherche à rassembler sur ce créneau. Morin ou Borloo pourraient donc être tentés d’y aller, mais dans l’unique but de servir Sarkozy en 2012. Reste à savoir ce qu’en pensera l’électorat centriste et là, personne n’a de boule de cristal. Tout dépendra de la politique qui sera mise en place par la nouvelle équipe gouvernementale…

Quant à l’UMP, elle risque de voler en éclat, du fait de l’abandon de la représentation de ses sensibilités : les libéraux, premiers sacrifiés, sont restés proches de Sarko faute de mieux, même s’ils grognent sur son interventionnisme économique et sa maltraitance des libertés individuelles. On n’en voit pas un seul dans la liste des ministres. Mais les centristes, plus nombreux, ne devraient pas en rester là. S’ils obtiennent quelques ministères, décernés à des seconds couteaux, ils n’ont qu’un ministère régalien –la Justice- et de toutes façons, les composantes du centrisme sont pour le moment divisées. Enfin les gaullistes,  qui constituent encore un socle important, ne croient plus en MAM –affaiblie par son retrait des primaires de l’UMP en 2006 et son manque d’indépendance vis-à-vis de Sarkozy- pourraient se laisser tenter par Villepin, pour un peu qu’il quitte la critique de Sarko pour ne se concentrer que sur le projet qui fera de lui un présidentiable au-delà de ceux qui l’ont déjà rallié.

Amusant jeu de boomerang, la question des courants à droite revient en pleine tête de celui qui n’a jamais voulu les mettre en place, à savoir Nicolas Sarkozy. Revenons en 2004. Le 9 mai, le conseil national de l’UMP valide difficilement, à seulement 58%, la mise en place des courants, qui est censée être mise en place lors du Congrès suivant… soit le jour de l’accession de Nicolas Sarkozy à la tête de l’UMP, le 28 novembre 2004. Ca n’a jamais été fait. 6 ans plus tard, Nicolas Sarkozy se trouve confronté à la question de la pluralité des sensibilités au sein de l’UMP, faute d’avoir géré le problème en permettant leur expression, comme avait su le comprendre Alain Juppé. Ou comment l’absence de Sarkozy dans l’UMP entre 2002 et 2004 rejaillit aujourd’hui sur celui qui n’a jamais compris quel était l’objectif de Chirac et Juppé lorsqu’ils ont créé l’UMP.

En route vers 2012

Vous pensiez le feuilleton fini ? Ne rêvez pas… Tout ceci n’est qu’un appetizer de ce que sera la campagne de 2012, actée par le recentrage à droite par le renoncement à l’ouverture à la gauche –naturel à cette phase du quinquennat- et un positionnement à droite, soufflé par sa majorité.

Ce qu’il en sera, il est trop tôt pour le dire. Mais les cantonales et les sénatoriales viendront préciser le positionnement des déçus du sarkozysme, ce qui aura une influence immédiate sur le comportement des élus. Pour ce qui est de la population, tout dépendra de la capacité de Sarko à se réinventer, et surtout, à convaincre au-delà de son propre camp s’il espère l’emporter. Ce qui ne semble pas être le cap pris ce soir. En effet, au-delà de ce remaniement fleuve, très poussif tant il est difficile de faire du neuf avec du vieux, ce n’est pas le casting qui revêt de l’importance, mais la ligne politique qui sera décidé par l’exécutif.

Après trois ans et demi de pouvoir pour le duo Sarko-Fillon, l’économie tourne au ralenti : la croissance peine à redémarrer, le chômage s’envole, et les finances publiques sont fortement dégradées. Le mur reste donc devant nous sans que le président dela République ait marqué une volonté de changer de cap. C’était pourtant la dernière occasion de le faire avant 2012. Une fois de plus, les Français sont otages des basses manœuvres politiciennes…