Politique et Internet : Tardy, député 2.0

Lors du petit déjeuner organisé par APCO Worldwide et La Revue Parlementaire sur le thème Politique et Internet : je t’aime, moi non plus ?, Lionel Tardy, député UMP de Haute-Savoie, plus connu sur la toile sous le nom de @DeputeTardy, son pseudo Twitter, était invité à intervenir sur ce sujet.

Elu en 2007, il a choisi dès le début de sa campagne d’utiliser massivement internet, faute de disposer de troupes militantes. Lionel Tardy a choisi de se présenter aux législatives après avoir lu Députés sous influence, dans lequel il a pu remarquer que le député de sa circonscription était classé parmi les trois derniers de l’Assemblée. Manque de travail…

Lionel Tardy n’a fait, lors de sa campagne, qu’un seul tract papier, et préféré mettre en place une stratégie internet, en utilisant principalement son blog et sa mailing-list, agrémentée au fil de ses rencontres. Depuis son élection, il a conservé ces pratiques, qui lui permettent de conserver le lien avec sa circonscription. S’il s’investit désormais moins sur Facebook, il reste très présent sur Twitter. Et reconnaît d’ailleurs avoir parfois cherché à faire du buzz pour avoir des followers, tout en ajoutant : « c’est de bonne guerre ».

Mouais, tout dépend sur quoi. Lorsqu’il avait été immonde avec Eva Joly –que pourtant je déteste- j’avais été choquée. Je crois même l’avoir, à ce moment là, temporairement unfollowé. D’autant que ce type de propos ne correspond pas à la ligne éditoriale de Député Tardy. Si parfois il fait un peu de retape pour son parti –ça, c’est de bonne guerre-, il n’est ni un godillot, ni une pom-pom girl tout juste bon à vociférer des éléments de langage préfabriqués. Aussi, je préfère quand il se tient à rester lui-même…

Ne disposant pas d’un mandat local, Lionel Tardy a fait le choix de passer un maximum de temps à Paris, et d’intervenir sur un maximum de textes. Pas en cosignant des amendements déjà validés par une multitude de députés, mais en proposant les siens… et en étant présent pour les défendre.

C’est pour lui une vraie décision politique que de ne pas se spécialiser, et de déposer des amendements sur tous les textes. Naturellement, cela implique une présence. Ainsi n’est il pas rare de le voir assister aux séances des autres commissions que la sienne, dans lesquelles il ne peut intervenir, mais qui lui permettent de travailler le texte en débat.

Cette stratégie lui permet de disposer aujourd’hui d’un bon réseau, et d’être régulièrement reçu dans les ministères pour défendre ses position. Forcément, sachant qu’il sera présent dans l’hémicycle pour porter ses arguments, les ministres ont tout intérêt à le rencontrer pour tenter un consensus…

Et donc, par ce choix, Tardy peut faire son job de parlementaire, à savoir représenter ses électeurs tout en respectant parfaitement la Constitution, à savoir sans mandat impératif : en intervenant sur tous les textes, il évite de tomber dans les interventions liées uniquement à sa circonscription. Bien vu.

Naturellement il serait de bon ton que tous ses petits camarades face de même, mais on risque de glisser sur le cumul des mandats, lui-même couplé à la question du statut de l’élu, et notamment du nombre d’assistants dont il peut disposer, et on sort du sujet Politique et Internet.

Reste que pour son équipe, et notamment l’assistant basé à Paris, la vie ne doit pas être facile tous les jours, notamment quand on sait que les délais de dépôts des amendements sont de plus en plus courts. C’est une question qui reste vraiment à résoudre.

Sur l’électoralisme, Tardy n’est pour autant pas né de la dernière pluie. Il connaît la composition de son électorat et considère que les aînés étant acquis, l’utilisation d’internet lui permet d’attirer les plus jeunes, notamment dans l’optique de 2012 et de son éventuelle réélection. A cette fin, il dispose d’un fichier de 20 000 adresses email dont 15 000 sur sa seule circonscription. Le ficher, nerf de la guerre !

Reste que Lionel Tardy est l’un des rares au parlement à pratiquer l’e-démocratie –lire ici son témoignage en la matière-, et d’ouvrir au tout venant la porte de l’Assemblée. Une vision d’avenir du travail parlementaire qui mérite vraiment le détour. A suivre de près… sur le web !

Politique et Internet : je t’aime, moi non plus ?

Ce mercredi, APCO Worldwide et la Revue Parlementaire organisaient un petit-déjeuner sur le thème Politique et Internet en France : Je t’aime, moi non plus ? Question ô combien intéressante…

Pour l’occasion, un sondage avait été réalisé par OpinionWay. Histoire de voir les évolutions depuis la dernière présidentielles, et de dresser une photographie sur l’instant.

Premier constat, l’image d’internet en matière de démocratie est bien meilleure : c’est un bon moyen pour développer l’intérêt pour la politique (72%) et y intéresser les jeunes, une opinion d’ailleurs partagée par ces mêmes jeunes (53%), réconcilier les français avec les élus, renforcer la transparence de la vie politique, et offrir un bon outil pour la participation politique.

Cependant, ces bons chiffres doivent être relativisés : la pratique d’internet s’est normalisée. Si internet reste un outil de modernisation de la vie politique, il ne va pas non plus tout révolutionner, ni régler toutes les questions d’accession ou d’appropriation de la vie politique par les français. D’ailleurs la pratique politique en ligne n’augmente pas : sa fréquentation augmente, du fait d’un nombre plus important d’internautes. Côté pratiques, les blogs (33%), Facebook (21%) et Twitter (44%) sont les plus utilisés.

La parole est ensuite aux politiques présents, qui tour à tour, expliquent leurs pratiques. Lionel Tardy d’abord, député UMP de Haute Savoie, présente le choix qu’il a fait d’assurer le maximum de sa communication via internet, excluant tout journal du député, et se limitant à un seul tract papier en période de campagne. Lire le billet sur son intervention.

Sébastien Gros, directeur de cabinet –et de campagne pendant la primaire- de Manuel Valls, rappelle quant à lui que pendant les primaires, internet a été utile, mais que ce sont les débats télévisés qui ont eu le plus d’impact. Et que d’une manière générale, la fracture numérique oblige à conserver des méthodes  de terrain plus classiques, qui font encore leurs preuves.
Lire le billet sur son intervention.

Pour Benoît Thieulin, de la Netscouade, internet ne veut plus rien dire : on entre dans la civilisation numérique. On cite souvent Obama, qui a utilisé internet comme un outil pour structurer sa campagne de terrain, notamment les opérations de porte-à-porte. Actuellement, la télévision reste le lieu où se fixe les thématiques.

Mais le peu de temps disponible en TV permet à internet de reprendre de l’espace pour diffuser un complément d’information et favoriser le débat. Les journalistes sont au train de revenir au centre du débat public, ainsi que les think-tank, ces deux catégories devenant des médiateurs qui vont comparer les programmes via le fact-checking et la création de comparateurs. Enfin lors printemps arabes, internet a été un outil de mobilisation : si on manifeste à dix on se fait arrêter, mais pas à un million.

A l’issue de ces interventions, la salle a pu poser des questions. Ainsi, les intervenants ont notamment pu s’exprimer sur la e-démocratie. Ce petit déjeuner a soulevé de nombreuses questions, mis un terme à quelques clichés en particulier sur les printemps arabes, mais surtout montré que si internet est pour l’instant un outil au service du terrain, il reste du chemin à faire, notamment en matière de e-démocratie, laquelle n’en est qu’à ses balbutiements.

Dans ce contexte, internet apportera surtout à la campagne de 2012 de nouveaux outils, en matière de mobilisation militante vers le terrain, mais surtout en matière d’information et de comparaison.