Sarko m’a tuer

Glaçant. C’est le premier mot qui me vient à l’esprit pour décrire le livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Sarko m’a tuer.

Le concept est simple : raconter par le menu les coups bas menés par la Sarkozie sur un échantillon représentatif de 27 personnalités kärcherisées : hauts fonctionnaires, élus, anciens ministres, magistrats, journalistes, grands patrons… Aucun corps n’a été épargné.

Pour chacun, l’objectif de la Sarkozie est simple : les neutraliser. Ou acter la mort, non pas physique, mais professionnelle ou politique de la cible.  Car il ne fait pas bon s’opposer au Président. Hyper coléreux, il peut assez vite péter les plombs lorsqu’il s’estime menacé. Et déchaîner ses foudres, en usant de toutes les ficelles que lui offrent le pouvoir. Ou le fait du Prince.

Pourquoi tant de haine ? Comme le dit Daniel Bouton, ex-patron de la Société Générale au moment du scandale Kerviel, fustigé pour avoir caché la crise pendant 4 jours afin d’y trouver une solution sans embraser les marchés : « Il a la même réaction à chaque mauvaise nouvelle : il fait tomber une tête, et voter une nouvelle loi. Il ne peut pas s’en empêcher, il a besoin de trouver un coupable ; tout événement désagréable provient de l’erreur de quelqu’un ».

Le sarkozysme, c’est une méthode : on est avec ou contre Sarkozy. Et si on est contre, on en subit les conséquences : tout crime de lèse Sarkozy est sévèrement puni. Car la Sarkozie sait s’acharner, que ses cibles soient puissantes ou misérables. Tous les moyens sont bons : pressions, manipulations, dossiers, fuites dans la presse, utilisation de la vie privée, mutations en forme de placards, …

En ce sens, cet ouvrage est passionnant, parce qu’il décrit précisément les moyens qui ont été utilisés contre chacune des personnes dont l’histoire est relatée dans ce libre. Mais ce livre est rude : à chaque page, le lecteur ressent la violence du rouleau compresseur Sarkozy, et des méthodes utilisées par ses sbires. Effroyable. Et donc, indispensable à lire !

Enquête sur un juge au-dessus de tout soupçon : Philippe Courroye, un pouvoir

Pour peu que vous suiviez l’actualité, le nom de Philippe Courroye ne peut que vous être familier. Depuis les années 90, ce juge s’est spécialisé dans les affaires politico-financières, extrêmement médiatisées. Peu  à peu, il s’est fait un nom. Notamment en faisant condamner Patrick Poivre d’Arvor, Michel Noir et Alain Carignon, maires de Lyon et de Grenoble.

Pourtant, et peu de nos concitoyens le savent, il a commencé sa carrière par une faute lourde, et en a commis un paquet. Ce qui ne manque pas de m’interpeller : la justice semble bien clémente avec les siens ! Et Philippe Courroye n’arrêtera pas là ses méfaits. Non content d’accrocher à son tableau de chasse des noms prestigieux, il se fait un plaisir de les humilier. Les faire passer devant le juge, c’est trop peu à ses yeux. Les menotter, abuser de la détention préventive, ou même céder au faux en écriture en antidatant une pièce : rien ne l’arrête.

Il se construit alors une réputation de juge indépendant. Mais l’est-il vraiment ? Devenu procureur du tribunal de Nanterre, il développe de nombreuses relations avec des grands patrons et hommes politiques, franchissant parfois la ligne jaune en matière de conflit d’intérêts. La manière dont il se saisit de certains dossiers, sans les mener à terme, pose elle aussi question. Les repères se brouillent…

Si le juge se fait fort de stopper les agissements abusifs des puissants, pendant longtemps, personne ne vient stopper les siens. Chaque fois qu’il se retrouve sur la sellette, le petit monde judiciaire fait corps et le soutient allègrement : il peut donc continuer de nuire en toute impunité. Même lorsqu’un dossier est entaché de mort. C’est l’affaire Bédier : stressée par la garde à vue, Chantal Guéroult, épouse d’un élu de Poissy, décède. Suicide ou accident, nul ne peut le prouver. Reste que l’épreuve, démesurée, lui aura été fatale. L’ouvrage d’Airy Routier lui est d’ailleurs dédicacé.

Carriériste, il n’est pas affilié à un homme politique, et use de l’ouverture d’enquêtes préliminaires et des dossiers en cours pour mieux tenir ses interlocuteurs : un peu pour Chirac, un peu pour Sarko, autant d’assurances vie qui pourraient lui permettre de tirer les marrons du feu. Trafic d’influence ou chantage ? Dans un cas comme dans l’autre, ça n’est pas très moral, tout ça… Alors il use également d’une autre pommade, en se faisant courtisan des puissants. Mais déjà, les nuages s’amoncellent au dessus de Philippe Courroye.

Après sa calamiteuse gestion du dossier Woerth Bettencourt, qui met en exergue ses liens avec le pouvoir –Mme Bettencourt, l’une des parties est averti par l’Elysée d’une de ses décisions… trois mois avant qu’il ne la rende ! Honteuse iniquité de la justice-, ses méthodes malsaines, son inimitié exacerbée pour Isabelle Prévost-Desprez, et son sentiment de toute puissance, le regard change. Le prestigieux poste de Procureur de Paris, qui lui était promis par Sarkozy –lequel l’avait décoré de l’Ordre du Mérite en 2009 !-, lui échappe. Désormais, c’est la chute. En premier lieu, la presse ne le voit plus que comme une Courroye de transmission du pouvoir, un procureur aux ordres, ayant oublié la séparation des pouvoirs. Il est décrédibilisé dans l’opinion.

Mais dans la magistrature également, des voix s’élèvent désormais contre celui qui avait finit par se laisser emporter par son complexe de supériorité et se croire intouchable… le poussant ainsi à se brûler les ailes. Pour qu’enfin cette corporation cesse ce soutien aveugle, il aura tout de même fallu attendre qu’il commette l’erreur fatale : s’attaquer à un autre magistrat, en la personne de son ancienne collègue et amie, devenue ennemie, Isabelle Prévost-Desprez.

Pour Courroye, le masque est certes tombé. Après la lecture de cette enquête passionnante d’Airu Routier, reste une question : la justice sera-t-elle capable d’en tirer les leçons, et de faire le nécessaire travail d’inventaire sur ses habitudes corporatistes ? Rien n’est moins sûr…

Bal tragique à la Concorde

Dimanche 14 juillet, 11h20. Le défilé s’achève. Place de la Concorde, les personnalités qui ont pris place dans la tribune officielle regardent avec intérêt s’approcher la vague des vingt-quatre hélicoptères anti-chars qu font l’orgueil du ministre de la Défense. Ballet parfaitement réglé, évolution impeccable. Soudain…

L’un des pilotes semble perdre le contrôle de sa machine, et les spectateurs, horrifiés, voient les trois appareils de tête, étroitement imbriqués, tomber droit sur le terre-plein, à l’entrée de la place. En quelques secondes tout s’embrase. De la tribune, où se trouvaient le Président, les Présidents des deux Assemblées et la presque totalité du Gouvernement, il ne reste plus rien.

Sous le pseudonyme Senatus Populusque Romanus – le sigle S.P.Q.R étant le symbole de la République Romaine, ce qui est loin d’être un hasard – les auteurs ont écrit une fiction haletante dans les coulisses de la République. Un monde qu’ils ne connaissent que trop bien –d’où leur anonymat- et dont ils décrivent avec passion les forces et les faiblesses. Quasiment introuvable aujourd’hui, sauf d’occasion, ce livre de 1985 est une véritable pépite pour quiconque s’intéresse à la politique et à nos institutions.

En un instant, la France voit son exécutif décapité. Le 14 juillet. La mort du président en écho à celle de Louis XVI, sur cette même place de la Concorde, le jour de la fête nationale… Le choc est rude, la symbolique édifiante, mais très vite, une question se pose : qui pour gouverner ? Si la Constitution est solide et compte un vaste ordre protocolaire, elle reste néanmoins muette sur pareil cas. Dès lors, comment le pays peut-il fonctionner ?

L’avenir de la France dépend d’un homme, Pierre Marin Bernay.  Officier de permanence à l’Etat Major de l’Elysée, c’est à lui que revient de gérer la crise. Et quelle crise… Pour la résoudre, il lui faudra conserver son sang-froid, et savoir décider. D’abord pour la sécurité publique –afin d’éviter que le pays ne sombre dans le chaos-, et la sécurité intérieure. Mais aussi pour assurer la continuité de la République, au moment où elle est la plus exposée. Car le temps presse… Question de légitimité.

Ce thriller constitutionnel vous emmènera dans les méandres de notre loi fondamentale. Au fil des pages, vous reconnaîtrez naturellement les protagonistes. Des anarchistes aux extrémistes, des convoitises étrangères à celles de la classe politique, vous sentirez le goût du pouvoir. Jusqu’à la solution finale, cohérente avec l’esprit de nos institutions. Au terme de ce voyage au cœur de notre République, une chose est certaine : lorsque vous refermerez cet ouvrage, vous ne verrez plus jamais le défilé du 14 juillet de la même manière.