#Primaire du PS : à la recherche du candidat (de gauche) presque parfait

Ce soir, les candidats socialistes et PRG se retrouvaient pour une nouvelle joute, en prélude à la primaire, qui aura lieu partout en France les 9 et 16 octobre prochain.

Dans un décor digne de Questions pour un Champion, ils entendaient livrer leur vision de la France, afin d’éclairer le peuple de gauche, invité à choisir le candidat qui portera les couleurs du PS lors de la prochaine présidentielle.

Le Contexte

La question n’est pas anodine : il ne s’agit pas de faire vaciller le PS un peu plus à droite ou un peu plus à gauche, mais d’être capable de rassembler certes les socialistes au premier tour, puis la gauche au second tour, mais surtout les Français. Et dans leur esprit, si possible avant la troisième mi-temps, sinon ils pourraient avoir la gueule de bois. Et ça, tout le monde sur le plateau ne semble pas l’avoir compris. Certains se croient manifestement en congrès du PS : les petits candidats à raison, d’autres parce qu’ils ont perdu de vue l’enjeu qui les attend… Oups.

En tant que citoyenne de droite en mal de candidat –je me refuse absolument à voter Sarkozy, Juppé n’ira pas, et Villepin est pour l’instant dans les choux- je pense que la question est centrale : quel candidat de second tour sera en mesure de récupérer les voix orphelines de droite et de centre droit ?

Parce que quoi qu’en croient les adhérents du PS, dont le vote est acté à gauche, la différence de voix nécessaire pour l’emporter se fera bien sur les indécis, et j’en fais partie. Oui, c’est nous, électeurs sans candidat évident pour le second tour, qui allons déterminer quel sera le prochain président. Autant vous dire que ce débat nous intéresse au plus haut point. Eh oui, c’est comme ça : nous autres gens de droite non sarkozystes, nous votons aussi. Reste à savoir pour qui.

Crash Test

C’est pourquoi, pour déterminer celui ou celle qui serait à mes yeux le ou la meilleur(e) candidat(e) pour rassembler plus de 50% des voix au second tour de la prochaine présidentielle -sous réserve qu’il y ait bien un candidat de gauche au second tour et que Marine ne fasse pas le même coup que son pater en 2002, il s’entend- de réaliser un crash test, à partir d’un combo entre Le Candidat Star La Nouvelle Star et Le Candidat Presque Parfait Le Dîner Presque Parfait.

Autrement dit, en attribuant à chaque candidat des rouges et des bleus, selon quatre critères :

  • Capacité à faire face à la crise (Economie)
  • Capacité à répondre aux enjeux sociétaux (Société)
  • Capacité à rassembler les Français (et non juste la gauche)
  • Crédibilité en tant que présidentiable

Naturellement, ce crash test est totalement subjectif. Reste que j’ai une double légitimité à le réaliser. D’une part, je suis électrice, je serai donc appelée aux urnes au printemps 2012, et je suis orpheline de candidat de second tour, voire même peut être dès le premier tour. D’autre part, je suis une observatrice patentée de la vie politique, ce qui m’octroie une certaine connaissance des dossiers, et ce sans dépendre d’une idéologie.

Dernière raison et non des moindres, ma mère veut mon avis, parce que peut être qu’elle va voter aux primaires. Et si elle peut se faire son avis par elle-même –Ségo t’es morte, ma mère était instit et te déteste !!!-, avouez que les réactions de Fifille-qui-connaît-ses-dossiers, ça peut éventuellement éclairer et aider à la décision. Alors maman, c’est AUSSI pour toi que je me suis dévouée à rédiger ce papier. Autrement dit tu as intérêt à le lire !!!

Alors forcément c’est long. Du coup, pour un plus grand confort de lecture, je vous invite à cliquer sur l’article résumant la prestation de chaque candidat. Bah oui, vous ne comptiez tout de même pas vous décider sur un slogan ???

Il faut donc en passer par le fond, et étudier le discours de chacun. C’est parti pour ce crash test, et autant vous le dire tout de suite, certains vont manger le mur !

Résultats

Pour reprendre la métaphore footballistique que j’affectionne tant, le match de ce soir s’est joué en 2-2-1-1.

  • Deux candidats en poste d’ailiers droits et gauche du PS : Manuel Valls, et Arnaud Montebourg, qui ont tenu leur position avec cohérence, visant chacun l’élargissement de leur influence au sein du parti socialiste, car ces deux là ne jouent pas pour gagner. D’où la cohérence affiché par ces deux candidats, chacun à un extrême du spectre socialiste, même si elle ne peut parvenir à une synthèse. Une stratégie qui pourrait porter ces fruits, et qui positionnent ces deux politiques de la « jeune génération » – toute proportion gardée…- favorablement pour la grande distribution des ministères.
  • Deux défenseurs de l’idéologie socialiste : Ségolène Royal, à la recherche de la bonne idée marketing qui pourrait lui donner quelques points, et Martine Aubry, qui voudrait le consensus pour se prévaloir de rassembler tous les courants. Si la première est opportuniste et portée par l’espoir d’emporter la primaire comme en 2007 en accumulant les effets d’annonce à balancier –un coup à bâbord, un coup à tribord,- et risque fort de finir en toupie à tourner sur elle-même, la seconde se croit au congrès du PS et reste cloîtrée dans son ancien rôle de Premier Secrétaire, trop soucieuse de ne pas montrer trop de divisions pour parvenir à vraiment exposer ses idées. Hors sujet.
  • Un remplaçant tout juste sorti du banc de touche et pas encore bien échauffé : Jean-Michel Baylet, qui a le mérite de venir représenter son courant.
  • Un libéro, François Hollande, le seul capable de prendre suffisamment de hauteur dans le débat, et de redistribuer les cartes. Le tout sans faire de fausses promesses, et en intégrant la nécessaire composante européenne car ne rêvez pas, on ne sortira pas de l’Euro d’ici la présidentielle. Pragmatisme ! Bref, le seul à restercalme et à ne pas parler en même temps que tout le monde, il est resté au dessus de la mêlée, se posant souvent en animateur voire réalisant la synthèse, et écoutant ses adversaires pour mieux envisager d’intégrer leur idées au projet final.

Car c’est bien cela qui est en jeu à travers ces débats. Comme le disait très justement Jean-Michel Baylet à l’issue du débat, « le projet commun ne sera pas celui du PS, qui est déjà dépassé ». Un constat que semble partager Arnaud Montebourg : « Il est temps de dépasser le premier étage du projet du PS » même si Martine Aubry défend encore ce projet, logique vu le temps qu’elle a passé à le faire adopter ! Reste une évidence : le candidat issu de cette primaire aura à construire un nouveau projet, celui qui sera présenté aux Français.

Voilà le défi qui attendra très certainement… François Hollande, qui à mon sens, confirme ce soir l’avance que lui donne ces sondages -qui ne veulent absolument rien dire vu qu’on ne connaît pas le corps électoral.

Le corrézien paraît en tout cas le mieux armé pour faire face à la crise que traverse notre pays. Et a confirmé ce soir avoir enfin acquis une vraie stature de président.

Jean-Michel Baylet, l’européen

« Une présidence confiante, de rassemblement, mais surtout le président d’une République laïque ».

Pour tout vous avouer, je n’ai pas toujours compris les propositions du candidat du Parti Radical de Gauche, mais j’aime bien l’idée d’avoir positionné son parti dans la primaire, afin d’éviter de présenter une énième candidature de gauche, et donc faire l’union dès le premier tour.

Sa priorité est un peu flou : « relancer l’Europe, et rassembler la France ». Sur l’Europe, il entend réunir les 17 membres de la zone Euro pour plaider une gouvernance économique commune. Comment lui dire que c’est déjà ce qu’entend proposer la France au prochain conseil européen, qui se tiendra le mois prochain ? Sur la France, il entend proposer un plan de redressement… avant de concéder qu’ « il faut un pilote dans l’avion et c’est au niveau européen que les grandes décisions budgétaires doivent être prises ». Il a raison sur la nécessaire convergence de nos politiques économiques, mais c’est bien ce qui est déjà sur la table, d’où mon incompréhension.

Très tourné vers l’Europe, Jean-Michel Baylet indique qu’ « il  faut qu’on ait les moyens au budget européen, pour pratiquer une politique de relance », conscient que « C’est pas la France toute seule qui va rivaliser avec les empires ». En ce sens, il est totalement sur la ligne défendue actuellement par la France au sein du Conseil Européen, en préparation du G20 de novembre. Une position réaliste, qu’il martèle, visant clairement Arnaud Montebourg : « Quand j’entends que l’on veut revenir à des mesures étatiques, ça n’a jamais très bien marché, ce sont des mesures anciennes ».

Concernant la fiscalité, le président du PRG entend ne plus faire peser le poids de la protection sociale uniquement sur l’emploi, et donc de calculer les cotisation sociales non plus sur la masse salariale, mais sur la valeur ajoutée nette des entreprises. Mais Baylet reste très réaliste sur le fonctionnement de notre pays et les choix qui devront être budgétaires : « On ne peut pas gouverner durablement un pays, vouloir relancer la croissance, l’emploi, simplement avec des mesures étatiques ».

Et de prôner une action fortement ciblée vers les PME –en exonérant de charges celles qui emploient un jeune-, tout en ajustant les aides sociales –en tenant compte des ressources pour l’attribution des allocations familiales. Petite incohérence tout de même : il propose de plafonner les allocations familiales… et d’étendre le RSA jeunes. Un gouffre financier énorme, qu’il ne finance pas. Faute !

Toutefois, Baylet se montre réticent aux emplois aidés, ce qui rejoint ma position : « Les jeunes se retrouvent ensuite perdus sur le marché du travail ». Rappelons que les emplois aidés ne sont que des CDD de longue durée, sur des postes peu qualifiés, sans perspective d’insertion. Pas vraiment ce dont rêvent les jeunes, qui aimeraient avoir d’autres perspectives que ces voies de garage prescrites en attendant un avenir meilleur qui, pour la génération qui les a connus, n’est jamais arrivé.

Parce que va essayer de vendre sur ton CV un poste de pion occupé pendant 5 ans ??? C’est ça, la réalité… Quant à leur faire croire, comme ce fut le cas sous Jospin, qu’ils pourront préparer les concours et intégrer la Fonction Publique… Chacun sait que celle-ci a tellement enflée qu’elle est plutôt enclin à réduire sa masse salariale. Notamment la territoriale, dont les ressources vont baisser du fait de la réforme des collectivités territoriales.

Son score

  • Capacité à faire face à la crise (Economie) : 1
  • Capacité à répondre aux enjeux sociétaux (Société) : 0,5
  • Capacité à rassembler les Français (et non juste la gauche) : 0
  • Crédibilité en tant que présidentiable : 0

Total : bleu 1,5 – rouge 2,5

Made in Europe

Le candidat du PRG, profondément européen, et porté par l’humanisme, aura eu le mérite d’apporter de la fraîcheur au débat. Son discours, intéressant, reste toutefois cantonné à l’expression d’un courant qui ne dispose pas d’une caisse de résonnance suffisante pour être porteur.