Daniélou memories

De la sixième à la troisième, j’ai fréquenté le Centre Madeleine Daniélou (C.M.D) à Rueil-Malmaison. Une école de filles où nous portions un uniforme bleu marine en bas et bleu marine ou blanc en haut, agrémenté d’un tablier bleu marine brodé à notre nom de la sixième à la quatrième.

Imaginez un peu le choc : non seulement je sortais de l’école communale, mais en plus, mes parents avaient omis ces charmants détails, et j’ai découvert le package à l’entretien de recrutement. Vous voyez le tableau ?

Daniélou, c’était :

  • le discours d’entrée en 6ème, lors duquel Melle Gross nous a indiqué que 10% d’entre nous seraient religieuses… La terreur s’est aussitôt abbattue parmi les 180 élèves de la division, chacune priant pour ne pas faire partie des 18 !
  • les cours de maths de Melle Buisson… Terreur locale habillée en femme de ménage
  • le CDI de Melle Casal, qui à la question  « Avez vous des informations sur le synthétiseur ? », a répondu : « Saint qui ? »
  • les heures de colle pour un oui ou un non
  • la classe de 5ème1, complètement survoltée
  • le voyage à Rome, ses visites d’églises, le couvent de Sainte-Marthe et ses terrasses…
  • les études à mourir d’ennui au lieu de partir une heure plus tôt… Passe moi ton cahier Mildred !
  • la messe dans la chapelle
  • les Tshirts de sport C.M.D vert pomme !
  • le self à vos risques et périls
  • le fameux concept d’auto-discipline
  • le mouvement d’ensemble de 6ème et 5ème
  • les cours de sport de Mme Bérino…
  • le fayottage et le payback
  • et plein d’autres choses !

Ma carrière de Daniélette s’est achevée à la fin de la classe de 3ème, comme à peu près 50% de ma promotion, remplacée par de meilleurs éléments sur le plan scolaire ou de la discipline. J’en garde néanmoins de bons souvenirs aujourd’hui, car franchement, on s’est bien marrées ! Et puis il faut avouer que les méthodes d’enseignement étaient vraiment excellentes.

Après avoir rejoint le groupe des anciens de Daniélou sur Facebook, puis créé le groupe de ma promo, la promo 92, j’ai retrouvé pas mal de copines de l’époque, et je corresponds régulièrement avec certaines d’entre elles. Cette semaine, je reçois d’ailleurs Elise, et Caroline passera nous faire un petit coucou. Il ne restait donc plus qu’une étape à franchir : m’inscrire à l’association des anciennes. C’est désormais chose faite !

Mon 11 septembre

Ce 11 septembre, j’étais encore journaliste chez AlloCiné, où j’exerçais en tant que chef de la rubrique Business et Economie du Cinéma.

Je discutais au téléphone avec MCB, ancienne stagiaire, lorsqu’elle me dit : « un avion vient de percuter le World Trade Center ». Oui, et la marmotte elle met le chocolat dans le papier d’alu… Je ricane, tout en surfant sur le web. Merde, c’est vrai. Je fonce chez le directeur de la rédaction, on branche LCI… et on assiste en direct au crash du second avion.

A peine croyable. Et pourtant, c’est arrivé. L’hypothèse des attentats ne fait plus aucun doute. Mais qui a pu organiser une pareille opération ? Longtemps, nous allons regarder ensemble la chaîne d’informations. Découvrir que d’autres avions ont été détournés. Voir la tour Sud, puis la tour Nord, s’effondrer. Comme ça, en direct, à la télé. Et réaliser, hébétés, qu’il y a de très nombreuses personnes là-dessous. Combien de victimes dénombrera-t-on ? Nous ne pouvons qu’observer et nous interroger, totalement impuissants devant l’écran. La réalité a dépassé la fiction et nous sommes bien placés pour le savoir.

AlloCiné est un site de cinéma. Nous disposons donc tous d’une bonne culture cinématographique, et nous avons tous en mémoire les films qui ont évoqué des attaques terroristes. Ou des livres, comme ceux de Tom Clancy dont justement, l’adaptation de La Somme de toutes les peurs doit sortir en fin d’année. Le film évoquant une menace d’attentat pendant le SuperBowl, sa sortie sera repoussée. Tom Clancy le visionnaire : son ouvrage suivant, Dette d’honneur –publié en 1994 !-évoque un l’attentat commis par un japonais kamikaze… qui jette un 747 sur le Capitole réuni en Congrès, décapitant alors l’administration américaine. Ca fait froid dans le dos…

Le pôle Hollywood exprime en premier son souhait de publier un article, puisque ça touche les Etats-Unis. Tout ce qui est politique est intégré au pôle Business. De plus, c’est un sujet sensible. Tout le monde est d’accord : je rédigerai l’article. Mais article doit-il y avoir ? Qu’un site de cinéma –donc de divertissement- évoque cet événement terrifiant le jour même, n’est-ce pas de la récupération ? Une tentative de faire de l’audience ?

Toutes ces questions, nous nous les posons. Je suis pour un article : en voyant la scène, tout le monde s’est cru dans un film. Rien que pour cela, il faut en parler. Et aussi parce que sans nul doute, ces événements seront relatés sur grand écran, un jour. Ce qui sera d’ailleurs le cas, effectivement, quelques années plus tard, avec World Trade Center d’Oliver Stone, ou Vol 93 de Paul Greengrass.

Je rassemble mes idées, et mes souvenirs ciné des attentats à l’écran : à quels films me fait penser cet attentat ? Couvre feu, Independance Day, 58 minutes pour vivre, Collateral Damage, pas encore sorti mais dont la scène d’ouverture évoque précisément l’explosion d’un gratte-ciel. Mais surtout, je réunis toutes les informations dont je dispose sur la réactions des acteurs de l’industrie cinématographique.

S’ensuit une heure incroyable marquée par les pressions que je reçois de toutes parts. Le directeur de la rédaction est une carpette, et fait dans son pantalon à l’idée que l’article ne déplaise à la direction, ce alors que le site vient d’être racheté. Monsieur a peur pour son poste. Alors il me harcèle sur le contenu, avant même sans avoir lu une ligne. Tout en me pressant de finir mon papier : on doit faire la Une… d’urgence ! Schizo, quand tu nous tiens…

Mon problème est le suivant : certes il faut écrire, raconter, mais ne pas choquer. Il faut se recueillir, alerter, mais ne pas faire de business sur les attentats : l’heure n’est pas au divertissement. Mission difficile. Mais mission réussie : le directeur himself me félicitera pour mes articles mesurés -celui du 11 septembre, et celui du 14 septembre– : en conséquence, le pantalon du petit chef restera propre.

Ce 11 septembre 2001, l’horreur est sortie du grand écran pour envahir la réalité. Ce fut un moment particulièrement riche en émotions que de le suivre en direct… et une vraie thérapie que d’utiliser l’écrit, pour mieux évacuer. Sans oublier ces images terribles, qui resteront gravées en moi pour l’éternité.