11 septembre 2001 : dix ans après

Chacun se souvient d’où il était et de ce qu’il faisait le 11 septembre 2001, lorsque deux avions ont volontairement percutés les tours jumelles du World Trade Center, qu’un autre s’est écrasé sur le Pentagone, alors qu’un quatrième échouait dans sa tentative de s’écraser sur un autre bâtiment de la capitale américaine, probablement le Capitole, grâce aux passagers du Vol UA 93.

Journaliste chez AlloCiné, c’est depuis le bureau du directeur de la rédaction que j’ai vu le second avion s’encastrer dans le World Trade Center, et suivi en direct le déroulement de cette effroyable journée. Mais mon 11 septembre, je vous l’ai déjà raconté. Dix ans ont passé.

Saura-t-on jamais combien de victimes a fait le 11 septembre ? Au-delà des victimes officielles, dans les avions et sur les lieux des crashs, il ne faut pas oublier ceux qui les ont secourus –pompiers, policiers, …- et développés des pathologies liées aux poussières toxiques des décombres des tours jumelles. Ni les dommages collatéraux des guerres qui ont suivi ces événements, en Afghanistan comme en Irak. Ni la première victime de ce carnage, tuée avant même qu’il n’ait lieu : Massoud.

Une seule certitude, ce jour là, le monde a changé. Les Etats-Unis ont découvert leur vulnérabilité et leur incapacité à protéger leur sol. La menace terroriste fait désormais partie de nos vies. Dans leur quête pour retrouver Ben Laden et détruire Al Qaida, les Etats-Unis ont envahi l’Afghanistan, aidé par la coalition, dont la France -qui a perdu une soixantaine de soldats sur place. A la recherche d’armes de destructions massives qu’ils n’ont jamais trouvé, ils ont aussi envahi l’Irak, mais nous avons dit non à cette guerre là.

Et puis au printemps dernier, Ben Laden a été retrouvé au Pakistan, et tué lors de l’opération militaire visant à le neutraliser. Si le symbole est fort, Al Qaida n’a pas pour autant cessé d’exister. Mais surtout, Ben Laden nous aura contraint à modifier notre mode de vie : ironie de l’histoire, dans ce combat contre le terrorisme international, nous aurons en effet, au nom de la sacro-sainte sécurité, laissé beaucoup de nos libertés.

Sur le reste et au-delà du réel traumatisme de cette attaque et de ces milliers vies envolées, comme l’explique très bien Le Monde, l’effet 11 septembre reste à relativiser. Le meilleur exemple en reste le Printemps arabe, ces révolutions que ni les Occidentaux, ni les djihadistes n’ont vu arriver. Alors oui, dix ans après, personne n’a oublié la tragédie du 11 septembre. Mais le monde continue de tourner.

Massoud… Dix ans déjà

9 septembre 2011. Al Qaida est en marche vers l’événement dont tout le monde se souviendra. Sur sa route, dans les montagnes du Panshir, un homme : Ahmad Shah Massoud, plus connu sous le nom de Commandant Massoud. Depuis toujours, cet homme résiste pour son pays, l’Afghanistan.

Al Qaida n’est pas dupe, et Ben Laden pragmatique : le 11 septembre modifiera le monde, et les Etats Unis iront en Afghanistan. Et ce sera plus facile pour eux de lutter contre les talibans s’ils peuvent compter sur l’Alliance du Nord afghane, du Commandant Massoud. Ce dernier est en effet un véritable chef de guerre, et fin stratège. N’a-t-il pas réussi à négocier la trêve avec les soviétiques en échange du retrait de leurs troupes ?

Il faut donc l’éliminer, d’autant qu’il n’a pas d’héritier. Sa perte désorganisera forcément la riposte occidentale. L’avenir l’a prouvé : Kerzaï n’a pas l’étoffe d’un Massoud… C’est ainsi que deux faux journalistes arabes, envoyés par le mouvement terroriste de Ben Laden, commettent un attentat suicide : leur caméra piégée blesse grièvement Massoud, qui ne survit pas. Deux jours avant les tours du World Trade Center, le Lion du Panshir est tombé.

Massoud, longtemps incompris. Originaire de la région du Panshir, Massoud a toujours lutté pour son pays, contre ceux qui voulaient l’asservir. D’abord contre les soviétiques, qu’il contribua à repousser à sept reprises lors d’offensives d’envergures contre sa vallée. Ce qui lui valut son surnom de Lion du Panshir. Dans les années 80, il est même aidé financièrement par la CIA. Mais repousser les soviétiques, c’est aussi conclure des alliances et mésalliances régionales. Aide de l’Iran, par exemple, et rejet de l’influence pakistanaise. Deux positions qui refroidissent les américains…

Hélas, ils ne réaliseront que bien tardivement l’importance stratégique de Massoud en Afghanistan, dans la guerre contre le terrorisme. A plusieurs reprises, il avait tenté d’alerter la communauté internationale contre Al Qaida et Oussama Ben Laden. Mais ses alliances purement régionales purement pragmatiques l’auront empêché d’être entendu à temps.

En dépit des zones d’ombre du personnage –aucune guerre n’est propre, les chefs de guerre ont donc souvent quelques casseroles- il reste avant tout un symbole de ce qu’est la résistance. Cet homme a mis toute son énergie à défendre les intérêts de son pays, cherchant à le libérer du joug soviétique, puis de celui des talibans. Musulman lui-même, il s’est même montré ouvert concernant le droit des femmes. Indépendant et opposé à tous les extrémismes, qu’ils soient religieux ou politiques, il n’avait qu’une cause : l’Afghanistan.

Dix ans plus tard, Massoud est devenu une icône, et son image est partout en Afghanistan : produits dérivés, musée souvenir, mausolée, … Pour les dix ans de sa mort, son pays a même organisé une cérémonie. Si quelques voix s’élèvent contre lui, il est globalement fêté comme un héros. Mais que reste-t-il de son combat ?

Comme le dit Ashmat Froz, un architecte qui a connu Massoud : « Si le pays ne se développe pas, l’Afghanistan reviendra vers le terrorisme. Mais la solution n’est pas militaire. La politique de Massoud était très simple: il responsabilisait les locaux, village après village. Il agissait autant sur le militaire que l’économique. La seule façon de lutter contre les talibans, c’est d’aider la population à se hisser vers le haut grâce à l’économie».

A l’heure où le conflit s’enlise, obligeant les occidentaux à mettre en œuvre le retrait de leurs troupes sans avoir réussi à régler la question afghane, souvenons nous un instant de cet homme qui n’hésita pas à mettre en pratique cette devise : « ne nous demandons pas ce que notre pays peut faire pour nous, mais ce que nous pouvons faire pour notre pays ».

Un résistant qui ne s’est jamais soumis à l’envahisseur, comme le décrit fort bien Christophe de Ponfilly dans ses documentaires, dont Massoud l’Afghan, que je vous invite à visionner. N’oublions pas cet homme hors pair, qui sut dire non… et le paya de sa vie. Respect.

Mon 11 septembre

Ce 11 septembre, j’étais encore journaliste chez AlloCiné, où j’exerçais en tant que chef de la rubrique Business et Economie du Cinéma.

Je discutais au téléphone avec MCB, ancienne stagiaire, lorsqu’elle me dit : « un avion vient de percuter le World Trade Center ». Oui, et la marmotte elle met le chocolat dans le papier d’alu… Je ricane, tout en surfant sur le web. Merde, c’est vrai. Je fonce chez le directeur de la rédaction, on branche LCI… et on assiste en direct au crash du second avion.

A peine croyable. Et pourtant, c’est arrivé. L’hypothèse des attentats ne fait plus aucun doute. Mais qui a pu organiser une pareille opération ? Longtemps, nous allons regarder ensemble la chaîne d’informations. Découvrir que d’autres avions ont été détournés. Voir la tour Sud, puis la tour Nord, s’effondrer. Comme ça, en direct, à la télé. Et réaliser, hébétés, qu’il y a de très nombreuses personnes là-dessous. Combien de victimes dénombrera-t-on ? Nous ne pouvons qu’observer et nous interroger, totalement impuissants devant l’écran. La réalité a dépassé la fiction et nous sommes bien placés pour le savoir.

AlloCiné est un site de cinéma. Nous disposons donc tous d’une bonne culture cinématographique, et nous avons tous en mémoire les films qui ont évoqué des attaques terroristes. Ou des livres, comme ceux de Tom Clancy dont justement, l’adaptation de La Somme de toutes les peurs doit sortir en fin d’année. Le film évoquant une menace d’attentat pendant le SuperBowl, sa sortie sera repoussée. Tom Clancy le visionnaire : son ouvrage suivant, Dette d’honneur –publié en 1994 !-évoque un l’attentat commis par un japonais kamikaze… qui jette un 747 sur le Capitole réuni en Congrès, décapitant alors l’administration américaine. Ca fait froid dans le dos…

Le pôle Hollywood exprime en premier son souhait de publier un article, puisque ça touche les Etats-Unis. Tout ce qui est politique est intégré au pôle Business. De plus, c’est un sujet sensible. Tout le monde est d’accord : je rédigerai l’article. Mais article doit-il y avoir ? Qu’un site de cinéma –donc de divertissement- évoque cet événement terrifiant le jour même, n’est-ce pas de la récupération ? Une tentative de faire de l’audience ?

Toutes ces questions, nous nous les posons. Je suis pour un article : en voyant la scène, tout le monde s’est cru dans un film. Rien que pour cela, il faut en parler. Et aussi parce que sans nul doute, ces événements seront relatés sur grand écran, un jour. Ce qui sera d’ailleurs le cas, effectivement, quelques années plus tard, avec World Trade Center d’Oliver Stone, ou Vol 93 de Paul Greengrass.

Je rassemble mes idées, et mes souvenirs ciné des attentats à l’écran : à quels films me fait penser cet attentat ? Couvre feu, Independance Day, 58 minutes pour vivre, Collateral Damage, pas encore sorti mais dont la scène d’ouverture évoque précisément l’explosion d’un gratte-ciel. Mais surtout, je réunis toutes les informations dont je dispose sur la réactions des acteurs de l’industrie cinématographique.

S’ensuit une heure incroyable marquée par les pressions que je reçois de toutes parts. Le directeur de la rédaction est une carpette, et fait dans son pantalon à l’idée que l’article ne déplaise à la direction, ce alors que le site vient d’être racheté. Monsieur a peur pour son poste. Alors il me harcèle sur le contenu, avant même sans avoir lu une ligne. Tout en me pressant de finir mon papier : on doit faire la Une… d’urgence ! Schizo, quand tu nous tiens…

Mon problème est le suivant : certes il faut écrire, raconter, mais ne pas choquer. Il faut se recueillir, alerter, mais ne pas faire de business sur les attentats : l’heure n’est pas au divertissement. Mission difficile. Mais mission réussie : le directeur himself me félicitera pour mes articles mesurés -celui du 11 septembre, et celui du 14 septembre– : en conséquence, le pantalon du petit chef restera propre.

Ce 11 septembre 2001, l’horreur est sortie du grand écran pour envahir la réalité. Ce fut un moment particulièrement riche en émotions que de le suivre en direct… et une vraie thérapie que d’utiliser l’écrit, pour mieux évacuer. Sans oublier ces images terribles, qui resteront gravées en moi pour l’éternité.