#UEMedef11 : de la parité en politique

© Sophie Le Roux

La plénière Le féminisme est-il un humanisme ? fut l’occasion pour Jean-François Copé de revenir sur le sujet ô combien délicat de la parité en politique… certains partis -dont le sien- préférant payer des amendes pour non respect de la loi sur la parité plutôt que de présenter le quota requis de candidates.

Alors que je m’attendais à une énième version du discours sur le manque de femmes formées en politique –ce qui n’est pas toujours faux, mais il faut bien admettre qu’on ne fait pas grand-chose pour repérer les bonnes-, Jean-François Copé a dressé un constat un peu plus réaliste que d’habitude au sujet de l’absence de parité à l’UMP, et étalé de manière relativement juste les difficultés qu’il rencontre à concilier parité et investitures.

Selon le secrétaire général du parti majoritaire, les hommes élus refusent de lâcher leur circonscription d’élection, et chaque fois que le parti tente d’imposer une femme, ils menacent de se présenter sans étiquette. Ce qui fait prendre un risque d’échec au parti… et pose un rapport de force entre la tête nouvelle, plus difficile à installer, et le vieux loup qui risque de remporter tout de même l’élection, mais sans ne plus rien devoir au parti. Ou le risque de l’indépendance, pour un résultat qui ne verrait pas émerger de femmes…

Face à ce dilemme, Jean-François Copé annonce vouloir présenter 50% de femmes dans les circonscriptions non détenues actuellement par la majorité. Et d’enfoncer le clou : « sur ce sujet, il vaut mieux être minoritaire ». Avant de préciser sur quel type de scrutin : « Quand c’est uninominal, là c’est horrible. ». En effet, pour les scrutins de listes, la question est plus simple, l’UMP appliquant automatiquement la parité. Et de nous sortir une bien jolie phrase pour plaire aux dames : « J’assimile le machisme à une certaine forme de racisme. Derrière le machisme, il y a en réalité une certaine forme de rejet et d’exclusion. » Paroles, paroles, paroles…

Si je trouve intéressante la prise de position de Copé, qui va un peu plus loin dans les coulisses de la vie politique, et évoque donc –à mots couverts- la difficulté pour un grand parti de gérer les candidatures dissidentes –ce qui le porte à sacrifier les femmes et c’est un premier pas que de le reconnaître-, je note cependant un trou béant dans sa démonstration : quid des alliances ? Car si la parité se heurte aux sortants, elle se heurte également aux étiquettes, lorsque les petits partis viennent à négocier quelques circos en échange de leur soutien.

Les femmes en nombre au Palais Bourbon, ça n’est pas pour demain. Et la réforme des collectivités territoriales faisant sauter l’élection régionale –qui elle, était sur scrutin de liste- le progrès en la matière n’est pas pour demain : la parité va reculer, plutôt que progresser. Et ça, personne n’en parle…

#UEMedef11 : Rencontre entre Laurence Parisot et les blogueurs

C’est avec près d’une heure de retard sur le planning prévu que Laurence Parisot est arrivée en salle des blogueurs, pour une courte rencontre.

Comme me le confiera plus tard dans la soirée Stéphane, son chef de cabinet, elle aurait aimé nous consacrer plus de temps. « Mais tu sais ce que c’est, toi » me dit-il, faisant allusion à ma propre participation à l’organisation des trois premières universités d’été de l’UMP. Effectivement, chacun comprendra que sur un tel événement, avec autant d’intervenants de qualité, l’agenda déjà rempli se modifie au fil des heures.

Et pourtant, elle est venue. D’emblée, certains de nos camarades l’ont remerciée pour l’accueil que nous réserve le Medef, et dont j’ai déjà parlé à plusieurs reprises. Touchée, elle en a profité pour nous rappeler que contrairement aux idées reçus, le Medef n’a pas énormément de moyens pour ces universités d’été. Rien de comparable, par exemple, avec le E-G8.

Sur l’utilité d’organiser une telle manifestation, la patronne des patrons a expliqué que ces échanges ne trouvent pas nécessairement une suite concrète immédiate, mais que cette université d’été permettent un contact plus rapide entre des personnalités qui mettraient plus de temps à se voir dans la réalité, et dans une ambiance plus informelle, comme me le confiera quelques heures plus tard une adhérente.

Ainsi, avec des rencontres comme celle ci naissent des idées nouvelles. PascalLamy, président de l’OMC, lui a confié à l’issue du débat d’hier que « peut être avec le Medef et d’autres confédérations Business vous pourriez m’aider sur tel ou tel sujet ». Laurence Parisot n’en dira pas plus, car pour que cela fonctionne, il faut rester discrets.

Cette rencontre ayant été bien courte, et puisque les réseaux sociaux et la communauté des internautes l’intéressent, et qu’elle dispose d’un compte Twitter qu’elle tient elle même, il serait peut être intéressant de l’avoir comme invitée au Club Bourbon. Une option à étudier sérieusement !

#UEMedef11 : Le Pacte Social, vu de babord et de tribord

Si cette conférence avait le mérite de proposer un plateau très complet, avec notamment des représentants d’organisations syndicales et d’employeurs, je dois avouer que je me suis nettement plus intéressée à l’aspect politique de cette table ronde.

En effet, la présence d’Anne Hidalgo, maire adjointe de Paris et soutien de Martine Aubry pour la primaire du PS, et Xavier Bertrand, Ministre de l’Emploi –et du chômage, comme disait feu Patrick Roy- promettait un affrontement droite/gauche sur ce sujet traditionnellement politiquement clivant.

Honneur aux dames, commençons par Anne Hidalgo. Pour l’élue socialiste, nous vivons une réplique de la crise financière de 2008 : « Tout le monde est venu au secours du système financier. Et puis on n’a demandé aucune contrepartie à la finance internationale. On se retrouve avec une réplique encore plus violente qui déstabilise le système économique et financier, mais aussi le monde productif, et nos démocraties. Est-ce qu’il y a encore une possibilité de croire en les politiques, se demandent beaucoup les gens ».

Un constat alarmiste qui pose la question du pouvoir politique par rapport au pouvoir économique. Aussi pour Anne Hidalgo, ce changement de modèle nécessite de nouveaux instruments. Là où l’adjointe de Bertrand Delanoé a raison, c’est sur son constat : la crise financière est globale, à la fois financière, économique, politique, écologique. Et les solutions doivent être envisagées à l’échelle internationale, puisque nos économies sont mondialisées.

Mais elle met immédiatement des garde-fous, et reprend même la citation de Bernard Spitz un peu plus tôt dans la table ronde : « Une mauvaise régulation est peut être pire que pas de régulation du tout ». Et là commence le débat sur la question sociale : pour l’élue socialiste, sans croissance, il n’y a pas de possibilité de redistribution ni de social. Selon elle, l’Europe ne porte pas aujourd’hui ce projet politique dont nous avons besoin, et doit s’intégrer plus sur le plan fiscal et social.

Sa solution ? « Il faut agir, les paroles, ça suffit » assène-t-elle à l’auditoire. Avant de dérouler le programmes du PS : « Nous avons fait des propositions sur la fiscalité : diminuer celle des PME, augmenter celle des grandes entreprises qui redistribuent en majorité aux actionnaires. Soutenir l’emploi et la création des Entreprises. Tenir compte de la question écologique et de la raréfaction des ressources naturelles. Il y a des gisements d’emplois dans ces secteurs là. ». Avant d’ajouter : « Je ne suis pas en train de décrire un monde de Bisounours, je suis dans la réalité ». Mince, moi qui voulait des bisous…

S’ensuit une dissertation sur le rôle du politique : selon elle, la confrontation démocratique qui se prépare avec la présidentielle laisse de la place pour exprimer sa conception des articulations entre l’économique et le social. Et d’égrener les sujets ; l’égalité femme/homme, la formation tout au long de la vie, … Avant de s’offrir, comme dans tout combat électoral digne de ce nom, un joli tacle à la partie adverse : « Regardez les actes : il y a les paroles, et les actes ». Indécrottables politiques !

La parole est à Xavier Bertrand. Ministre en charge des questions sociales, c’est à lui que revient la tâche difficile de défendre le bilan de sa majorité, tout en offrant une perspective d’avenir. Une équation pas simple… Pour lui, le progrès passe par la réciprocité et le respect des règles du jeu. Aujourd’hui, il n’y a pas un pays qui n’ait pas conscience de la nécessité de faire progresser son système de protection sociale. Or chacun veut le faire à son rythme et ses conditions, ce qui pose problème : « Si nous continuons avec un tel niveau de disparités, nous aurons du mal à éviter l’apparition d’un protectionnisme ». Face à la concurrence apparue lors de ces trente dernières années, on s’est endettés, en pensant que nous profiterions de ces marchés là. Et le ministre d’ajouter : « Aujourd’hui, on paye notre système social ». En prélude au constat sur lequel tout le monde s’accorde : la nécessaire réduction des déficits et de notre endettement.

Puis Xavier Bertrand enclenche, comme sa consoeur, le mode Campagne électorale, je vois alors nettement le logo Présidentielles 2012 au fond de ses yeux : « Quand on voit les atouts dont on dispose, créativité, inventivité, natalité, je ne vois pas pourquoi la France n’aurait pas les plus grandes ambitions ». Pour lui, l’un des enjeux de la présidentielle sera de diminuer les charges qui pèsent sur le travail. Pas de doute, le ministre sait qu’il s’adresse aux patrons… Alors il n’hésite pas à dérouler son programme : « Vous avez devant vous un fort partisan de la TVA sociale (?). Si nous ne baissons pas le coût du travail, il ne faudra pas pleurer dans les années qui viennent. Le crédit Impôt Recherche, c’est bien, mais il faut aller plus loin ». Puis de céder, comme Anne Hidalgo, au petit tâcle de rigueur : « On verra bien qui propose des mesures qui favorisent les entreprises ».

Le ministre s’arrête un instant sur le thème de cette table ronde, estimant qu’il est indispensable que dans le cadre du G20, il soit possible de parler d’emploi et de protection sociale, un des thèmes insérés dans l’ordre du jour de cette session de novembre prochain. Selon lui, si l’on veut préserver notre niveau de protection sociale, il faudra se demander si l’on en a vraiment pour notre argent. Et d’enfoncer le clou avec du Moi-je-dis dedans : « Je le dis très clairement : on ne pourra pas réussir à jouer les premiers postes si on ne continue à faire des réformes ». Diantre !

Xavier Bertrand ne peut s’empêcher d’ajouter, en écho aux mots d’Anne Hidalgo : « On n’est pas dans le monde des bisounours ». Décidément les petites boules de poils qui plaisaient tant aux enfants dans les années 80 –eh oui, ça date un peu…- auront eu la côte chez nos politiques ! Comment leur expliquer que ça ne fait pas un programme ? Côté programme, justement, le ministre avait bien révisé ses éléments de langage, n’hésitant pas à sortir le sempiternel « Les français veulent des réformes qui soient justes ». Sans bien sûr expliquer sa conception de la justice sociale.

Cette table ronde était l’une de celle qui m’intéressait le plus, parce que le pacte social sera indéniablement l’un des thèmes majeurs de la campagne. En ce sens, ces interventions n’ont eu qu’un intérêt : montrer que le Medef prend quelque peu parti dans cette université d’été, ce qui constitue une nouveauté. Mais question niveau, je suis restée sur ma faim.

Ces échanges ont été convenus, trop politiciens et pas assez dans la thématique. Autrement dit, trop superficiels et sans aucun fond. Carton rouge ! En effet, si j’ai bien noté que chacun se retrouvait sur le constat, j’ai trouvé assez effarant le manque de propositions concrètes que le politique se propose d’offrir en réponse à la crise. Plutôt que ces propos anxiogènes, j’aurais aimé avoir plus de détails sur les programmes de chacun. Et c’était bien la question qui leur était posée.  A ce rythme, la campagne sera longue…

Allez, je laisse le « mot » de la fin à Xababa…

#UEMedef11 : C’est dit !

Puisque vous n’avez pas la chance de participer à cette université d’été du Medef, voici un petit florilège des phrases chocs des intervenants, livrés sur un plateau. Comme si vous y étiez !

Le cri du cœur : Nous aimerions parfois qu’il n’y ait qu’une seule voix pour l’Europe, Laurence Parisot, présidente du Medef

Blague belge : Je ne suis pas ici pour me  mêler à un débat politique français. La politique française est encore plus subtile que la vie politique belge, Herman Van Rampuy, président du Conseil Européen

Chupa d’or : On m’a demandé si j’étais venu vous faire des reproches. J’ai beaucoup d’admiration pour les PME et les très petites entreprises qui se battent face à la crise, Frédéric Lefèbvre, secrétaire d’Etat chargé du Commerce, de l’Artisanat, des PME, du Tourisme, des Services, des Professions Libérales, et de la Consommation

Twitter, saymal : Vous êtes loin de tous ces tweets, de toutes ces rumeurs ravageuses , Laurence Parisot, présidente du Medef

Spécial dédicace : Contrairement à d’autres, je ne lancerai des nouvelles idées dans les médias : je préfère une diplomatie plus discrète et donc plus efficace, Herman Van Rampuy, président du Conseil Européen

Brosse à reluire avec des morceaux de SAV dedans : Tout à l’heure a été évoqué la règle d’or. Elle est certainement partagée ici car vous la règle d’or, vous l’appliquez, Frédéric Lefèbvre, secrétaire d’Etat chargé du Commerce, de l’Artisanat, des PME, du Tourisme, des Services, des Professions Libérales, et de la Consommation

Spécial dédicace 2 : Il faut exécuter ce qu’on a décidé. Détricoter nuit à la crédibilité. Herman Van Rampuy, président du Conseil Européen

Pas de bonus : Ce qui est bon pour les traders n’est pas forcément bon pour le reste de l’économie, Jacques Attali

Warning : La thèse de la démondialisation erronée et dangereuse. Elle part d’une fausse analyse de la globalisation. (…) Il faut éviter d’instrumentaliser la mondialisation, ni pour la diviniser ni pour la diaboliser. La diaboliser crée des réflexes identitaires dangereux. Pascal Lamy, président de l’Organisation Mondiale du Commerce