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Ce jeudi, l’animateur de télévision Jean-Luc Delarue, trop souvent réduit depuis pas mal d’années au simple cliché de l’homme à l’oreillette, est décédé d’un cancer de l’estomac. Il avait 48 ans.

Depuis, les hommages se succèdent. Mais ce soir, en lisant ce portrait, dont je ne doute pas qu’il soit sincère, j’ai eu envie de raconter « mon » Jean-Luc. Un autre Jean-Luc.

Tout a commencé en 1988. Du haut de mes 14 ans, je fréquentais le petit milieu de l’audiovisuel, me rendant fréquemment dans les studios de télévision et de radio. Depuis mes 12 ans, j’avais porte ouverte dans quelques-uns, grâce à ma rencontre avec Christophe Dechavanne. Cet été là, Christophe animait la version radiophonique du Trivial Pursuit, dans laquelle deux invités s’affrontaient à partir des questions du célèbre jeu. J’aimais bien venir dans le studio Merlin d’Europe 1 où j’avais mis les pieds pour la première fois à l’âge de 4 ans, mes parents aimant alors assister de temps en temps aux émissions de la Bande d’Europe (Pierre Bellemare, les frères Rouland, Harold Kay, …). Dans ce studio, je me sentais chez moi. Christophe m’ouvrant les portes, j’étais une petite reine.

Ce jour là, il y avait peu de public. Les animateurs n’étaient pas encore starisés, et le public ne se pressait pas à Europe 1. Tant mieux. Dans la chaleur de juillet, Christophe avait du palier à l’annulation de dernière minute d’un invité. Bien embêté, il avait alors proposé à deux jeunes pousses de la station, qu’il appréciait, de remplacer l’absent. C’était les 2D : Jean-Luc Delarue et Olivier Doran. Pendant 1h30, j’ai ri.

Ces deux garçons, à peine 10 ans de plus que moi, respiraient la fraîcheur et l’envie de vivre. Du haut de leur 25 ans, ils avaient déjà animé ensemble une émission sur TV6, et officiaient désormais sur Europe 1, toujours en duo. L’adolescente que j’étais appréciaient aussi, en plus de leur talent, leur joli minois. A la rentrée, ils sont restés à l’antenne, pour l’émission musicale du soir, le Top 50 système D. Une version radiophonique du classement des ventes de disques de l’époque. Chaque soir, je les écoutais.

Dans le courant de la saison, j’ai eu envie de découvrir leur travail plus profondément. A Noël, Olivier Doran a quitté son comparse. Désireux de devenir comédien, il est parti étudier un an  à l’Actor’s Studio, à New York. Jean-Luc s’est retrouvé seul aux manettes. Mais les deux sont restés proches tout au long de ces années. Olivier Doran est non seulement devenu comédien –et vous le connaissez tous, c’est à lui que l’on doit le fameux « Alors que revoilà la sous-préfète » dans La Cité de la Peur– mais aussi, par la suite, réalisateur (Le Déménagement, Pur Week-end).

J’ai donc invité Jean-Luc Delarue à venir, en compagnie de Nagui, donner une master class dans mon collège, pour nous présenter son travail. Pour qu’ils acceptent, j’avais juste omis de leur préciser que c’était une école privée catholique non mixte… Ils ont découvert ce léger détail à leur arrivée. Bien que disposant de toutes les autorisations de l’école pour cet « événement », ça a fait du grabuge chez les bonnes sœurs. Imaginez la scène : près de 600 filles qui hurlent aux fenêtres des classes en voyant passer les deux « stars » d’alors chez les ados…

Je me souviens de cette master class comme si c’était hier. Elle avait lieu dans le cadre d’une option « musique » -bah oui, ils présentaient tous deux des émissions musicales- auprès d’une vingtaine de filles. Cette rencontre était si intéressante que nous avions largement dépassé l’horaire. Une élève avait été chargée de prévenir les professeurs des cours suivants de notre retard. Pour ma part, devant ramener mes convives au parking, j’avais carrément zappé mon cours d’allemand, pour n’arriver qu’à 5 minutes de la fin : je me souviens encore de l’ovation de mes camarades à mon entrée en classe… Celle qui avait du mal à retenir sa joie était la prof de musique : nous avions pu alors découvrir son côté midinette, voire carrément fan !

L’année suivante, Jean-Luc animait sur Europe 1 Goûtez moi ça, mais il était également devenu chroniqueur dans La Grande Famille, animée par Michel Denisot, qu’il a ensuite présentée. Cette année là, les studios de Canal étaient encore rue Olivier de Serres. J’avais rappelé le bureau de Jean-Luc, pour assister à l’émission. A ma grande surprise, il avait accepté. Toujours aussi taquine, je n’avais pas non plus tout dit… Mon nom lui disait quelque chose, peut être imaginait-il une super nana croisée en boîte. Non, ce n’était qu’une ado de 16 ans avec ses copines. Un peu étonné, il avait toutefois été charmant.

A partir de là, nos routes n’ont cessé de se recroiser. Sur Europe 1, il a d’abord animé une émission sur les médias : Mon Œil. Véritable fan de l’émission, je l’écoutais tous les jours. Avec une passion pour le MJMJM (mini journal de la mini journée médiatique) et le télé-répondeur, sur lequel les téléspectateurs laissaient leurs impressions et délires sur les programmes de la veille. J’en aimais aussi la programmation musicale ; je me souviens par exemple qu’à la sortie de Nevermind, il passait autant que possible Smells like teen spirit.

Cette émission était suivie, le mercredi, de Faut Pas Pousser, présentée par Christophe Dechavanne (encore lui), ancêtre radiophonique et véritable version beta de Coucou c’est Nous. Une émission à laquelle j’assistais toutes les semaines. Lors d’une émission bondée, Christophe m’avait demandé, pour libérer une place dans le public, d’aller assister à l’émission depuis la régie, comme il le faisait parfois. Ce jour là, j’ai retrouvé là… Olivier Doran.

Ca a très vite accroché. Olivier était alors comédien, il m’a parlé de la pièce qu’il avait adaptée, Guerres Privées 1969. Je suis allée la voir. Elle m’a plu. J’y suis retournée. Et retournée. J’en ai fait la pub autant que j’ai pu. J’y ai amené des gens. Parfois nous étions 5 dans la salle. Mais je revenais régulièrement soutenir Olivier. A force de graviter dans le même cercle, j’ai fini par recroiser Jean-Luc. Et à participer aux dernières émissions de Mon Œil, alors que ce n’était pas public. Et à La Grande Famille.

A telle point qu’à la rentrée suivante, alors que je cherchais à entrer en BTS Audiovisuel Option Production (raison pour laquelle, outre mon intérêt pour ce milieu, j’arpentais si souvent les plateaux), j’y avais mes entrées. Avec mes trois copines, nous y allions le jeudi, deux fois par mois. Et environ une fois par mois, nous allions tôt le matin assister à la matinale d’Europe 1 que Jean-Luc animait désormais. L’adorable Muriel Barell nous accueillait avec sa sympathie légendaire, et Jean-Luc s’enquerrait toujours de savoir ce que nous pouvions penser de l’émission, autour d’un café-croissant.

Le jeudi soir était réservé au foot, une autre passion partagée : Jean-Luc avait une équipe de potes qui jouaient dans un championnat d’équipes de médias et autres VIP. A deux pas du Parc des Princes –Jean-Luc était en outre, supporter du PSG et abonné- nous les filles, nous encouragions en mode délire les garçons. Il y avait là Jean-Daniel Beauvallet des Inrocks, Olivier Caillard de Barclay, Philippe Vandel, Florian Gazan, Guillaume Dasquié, Olivier Doran…

La vie a fait que je n’ai pas poursuivi dans ce milieu et jamais recroisé Jean-Luc, n’ayant pas le souhait de me heurter aux fans ni de chercher à tout prix à conserver un contact avec celui qui est devenu une star du petit écran. J’ai plus tard recroisé plusieurs fois Olivier Doran, pour qui je garde une affection particulière, en souvenir de Guerres Privées 1969, et de la certitude dont je lui avais alors fait part : qu’il réaliserait un film dans les 5 ans…. ce qu’il s’est produit. C’est notre petit truc à nous…

En très peu de temps, le hasard m’avait fait croiser la route de Jean-Luc dans ce petit monde, jusqu’à avoir pendant quelques temps les portes relativement facilement ouverte dans ses émissions et au-delà. Je n’étais pas une amie de Jean-Luc. Juste une vague connaissance, qu’il avait l’habitude de voir très régulièrement. Ainsi pendant près de 5 ans, à la fin de mon adolescence, Jean-Luc aura fait partie de ma vie.

Je me souviens d’un grand professionnel, fêtard, et finalement assez timide. J’étais toujours assez surprise de sa simplicité dans ses relations avec nous. Pour moi, il restera associés aux éclats de rire sur le plateau de La Grande Famille, où la présence dans le public de personnes identifiées lui faisait toujours plaisir. Je ne compte plus les fois où il nous a fait venir en loge pour terminer les plateaux de Jean-Pierre Coffe. Lorsque nous montions au bureau saluer la prod, il avait toujours un mot gentil, et nous évoquait bien souvent le prochain entraînement de foot. Un endroit où, comme ses proches, il nous accueillait avec bienveillance.

Par la suite, j’ai suivi de loin sa carrière et ses turpitudes. Aujourd’hui, son départ bien trop tôt me touche. Quoi qu’il ait pu se produire dans sa vie, je garde néanmoins au fond de moi les quelques anecdotes de plateau ou de foot, et le souvenir d’un jeune homme brillant, passionné, et énergique. Repose en paix, Jean-Luc.