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Ce soir, en checkant mes DM, je suis tombée sur une alerte de Ménilmuche sur la question qui agite les blogueurs politiques en ce moment : comment bloguer la campagne ?

Son billet relaie l’appel de Jegoun, lui-même consécutif à un article de Marc Vasseur sur le même sujet. En débat : faut-il ou non créer un blog collaboratif pour couvrir la campagne ?

Marc Vasseur aimerait que se constitue une plateforme commune, qui permettrait de proposer des angles différents et des positions plus créatives et moins militantes, allant au-delà des clivages partisans.  Il doute cependant que la blogosphère soit capable de se transcender et de faire campagne commune, au-delà du simple commentaire de la petite phrase du jour, et craint le rôle prépondérant que risquent de tenir les médias sur la toile.

Cet écueil existe, certes, mais ce n’est pas le seul. Nicolas Jegoun, de son côté, note le côté fleur au fusil d’une telle démarche… en reprenant des exemples qui lui sont personnels et qui démontrent le peu d’implications des blogueurs dès qu’il s’agit d’être collectifs. Mais surtout, il pointe l’absence de pouvoir des blogueurs, qui quoi qu’il arrive, ne feront pas la campagne : « Même si les blogs politiques étaient lus par 100 000 personnes (par ailleurs toutes politisées et sensibilisés), il resterait au bas mot 44 900 000 électeurs qui ne lisent pas les blogs, soit 99,8%… Même si nous étions lus par 2 millions de personnes, ça ne ferait que 95% de la population électorale ».

Aussi, pour lui, une telle initiative risque d’être chronophage, et de nécessiter une dépense d’énergie et de moyens qu’il sera compliqué de rentabiliser. Voilà pourquoi il lance un appel aux blogueurs :  « Participez aux actions que ne manqueront pas de proposer certains sites de presse à l’occasion des Présidentielles, exigez d’avoir vos billets repris en tant que tels et non pas par un papier écrit par un professionnel et faites des liens vers les billets des copains pour étayer vos propos ». Avec un objectif : que les blogueurs alimentent les sites des médias les plus lus, pour permettre à ces sites de disposer d’un contenu qu’ils sont incapables de produire, et en faire la référence.

Mon expérience de blogueuse politique est très différente de ces trois blogueurs : ils sont tenanciers de blogs installés depuis plusieurs années, et font partie des Left Blogs. Blogueuse de droite, ayant tenu plusieurs blogs pour finalement réunir ici l’ensemble de mes écrits, je suis à leur opposé. Et pourtant, je m’interroge comme eux sur cette campagne. D’autant plus lorsque je vois l’attitude de certains militants, qui persistent à penser que bloguer consiste à copier/coller un argumentaire fourni clef en main par leur parti.

A priori, l’idée de Marc Vasseur peut sembler intéressante. Reste que comme Jegoun, j’ai des doutes sur la faisabilité. J’ai été sollicitée pour participer à deux plateformes collaboratives –Politiko et Le Comptoir, deux blogs que j’apprécie- et à chaque fois, je me suis heurtée aux limites d’un blog créé par d’autres. Pour Politiko, j’ai finalement peu de sujets qui respectent la ligne du site, à savoir titrer sous forme de question. Résultat, je ne publie quasiment jamais chez eux. Pour Le Comptoir, je n’ai tout simplement jamais trouvé de sujet qui puisse correspondre. Parce que le propre du blogueur, c’est la liberté. De ton, de contenu, mais aussi de ligne éditoriale.

Ensuite, les projets collectifs se passent toujours de la même manière. Chacun fait ce qu’il veut, et celui qui gère le site –pour assurer l’unité et la programmation- galère pour le remplir, soit parce qu’il devient un secrétaire de rédaction au service des autres, soit parce qu’il manque de contenu parce que personne n’a pensé à mettre son texte en ligne. C’est vite chiant.

Mais surtout, comme Jegoun, je ne crois pas à la mise en place d’un tel outil, qui coûterait cher, et qui n’aurait pas la renommée qu’on les grands médias sur lesquels vont naturellement cliquer les internautes. Aussi, ce serait un énième support underground dont nous nous refilerions l’adresse entre nous en ayant l’impression d’être les Jim Jarmusch ou Gregg Araki du web. Je me vois mal participer à un tel projet, pour des considérations techniques.

En effet, la rédaction d’un billet prend du temps, mais la gestion du blog ne s’arrête pas là. Il faut encore publier, c’est-à-dire rechercher les iconographies ou autres médias et les liens, puis relayer chaque billet sur les différents réseaux sociaux, histoire d’en assurer la promotion. En ce qui me concerne, cela double facilement le temps de travail par rapport au temps d’écriture. Du coup, toute publication supplémentaire d’un même article est à envisager avec attention.

Enfin, le propre du blogueur est d’écrire. Même si le mythe veut que le blogueur cherche à tout prix à devenir un influent [ndlr : un leader d’opinion qui parvient à convaincre par ses notes], la réalité est toute autre. Lorsque l’on ouvre un blog, c’est avant tout pour le plaisir de publier ses opinions, impressions, anecdotes, … Après, si certains prennent le melon, c’est une autre histoire. Reste qu’à l’ouverture, personne ne cherche vraiment à cartonner. Mais juste à s’exprimer, et apporter son regard sur notre société. Avec le temps, cette bouteille jetée dans l’océan du web s’organise, se thématise, trouve son noyau plus ou moins large de fidèles.

Si certains blogs de mode ou de cuisine sont extrêmement fréquentés, il faut se calmer en ce qui concerne la politique : personne n’est le roi du monde, et aucun d’entre nous n’explose le box-office (surtout pas moi), sinon ces questionnements sur notre positionnement dans la campagne ne seraient pas à l’ordre du jour. Du coup, un excellent billet peut disposer de faibles stats juste parce qu’il n’a pas été assez relayé. D’où l’importance de songer aux relais qui permettent de faire connaître une note. Et au-delà des réseaux sociaux et autres copains blogueurs -quand on en a, perso je ne fais partie d’aucune webring, faute d’être suffisamment connue de mes comparses- se trouve justement la publication sur d’autres supports… qui eux, jouissent d’une forte notoriété.

Forte de toutes ces considérations, je partage l’idée de Jegoun et incite à mon tour les blogueurs politiques à publier leurs écrits sur des supports dotés d’une forte visibilité. J’ai bien dit leurs écrits. Parce que récemment, un copain blogueur m’a raconté avoir été interrogé par une journaliste d’un de ces supports… qui ne comprenait rien à ce qu’il racontait. Il avait alors du tout réécrire tant le projet rédigé ne correspondait pas à sa pensée. Ca n’est pas acceptable. Pour ma part, j’ai publié aujourd’hui mon premier article sur l’un de ces supports, dans de bonnes conditions : les modifications du journaliste ont été à la marge et de l’ordre du secrétariat de rédaction. Nettement mieux.

Aussi, à condition d’être vigilants sur les règles de publication, cette option le meilleur choix qui s’offre à nous. Ces médias nous assure une visibilité que nous n’aurons jamais seuls, et donc un espace élargi pour commenter la campagne présidentielle. Dans le même temps, nous permettons à ces supports de disposer d’un contenu qu’ils n’auraient jamais sans nous, faute d’avoir notre regard si particulier sur le monde qui nous entoure : si un blogueur n’est pas un journaliste, n’oublions jamais qu’un journaliste n’est pas un blogueur. C’est donc un tandem donnant-donnant. Et potentiellement gagnant-gagnant.