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Durant toute sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy est apparu comme l’homme fort de la fin des années 2000. Celui qui ne reculerait devant rien. Celui dont l’énergie déplacerait des montagnes. Un homme de pouvoir doté d’une telle capacité à bouger que rien ni personne ne pourrait l’atteindre. Dans l’imaginaire collectif, Sarkozy était un roc. Et tout a basculé.

Au delà des nombreux couacs internes à la majorité, que ce soit les prises de position de ministres, ou les votes par erreur humaine (ou pas) de certains parlementaires, par deux fois, Sarkozy lui-même a franchi la ligne jaune. Par deux fois, le pouvoir en place a tenté de faire de jolis cadeaux aux hautes sphères, à l’image de ces rois qui n’entendaient pas le peuple gronder. Et été obligé de reculer, pour éviter de consommer le divorce avec une population qui ne fait plus confiance aux politiques. Par deux fois, le chef a perdu sa légendaire Sarko’s touch.

Première affaire, en novembre 2009. Nicolas Sarkozy, soucieux de préparer sa succession dans son fief des Hauts de Seine, veut faire monter en puissance son fils Jean. Politiquement, cela se comprend. Mais il s’y prend mal, en voulant faire nommer le gamin, en échec universitaire et novice en politique, à la tête de l’EPAD de la Défense. La nouvelle choque fortement l’opinion. Dans un premier temps, la Cour défend le Prince. Mais face aux accusations de népotisme, et à l’effet dramatique dans l’opinion, Sarkozy recule. Premier gros revers pour un homme qui avait démontré jusque là son habileté politique.

Seconde affaire, en janvier 2010. Henri Proglio, ancien patron de Véolia, cumule son salaire de PDG d’EDF avec une indemnité de président non exécutif du conseil d’administration de Véolia. Contrairement à la promesse faite au moment de sa nomination chez EDF par Christine Lagarde qu’il ne conserverait qu’une nomination. Comme pour l’affaire Jean Sarkozy, la nouvelle choque, la Cour s’empresse de justifier les faits, avant de perdre la main lorsqu’in fine, Proglio renonce à toucher l’indemnité de Véolia. Une seconde fois, Sarkozy n’a pas su sentir l’opinion et trancher dans le bon sens.

Après seulement deux ans et demi de pouvoir, il reste politiquement incompréhensible qu’autant d’erreurs se soient accumulées. Pourquoi après l’été, la machine s’est autant emballée ? Pourquoi personne n’a pu arrêter le massacre ? Comment se fait-il que personne n’ait anticipé une telle gabgie ? Comment un homme qui clamait tant sa proximité avec le peuple a pu oublier son objectif premier ?

Outre les couacs internes à la majorité, en à peine 3 mois, Nicolas Sarkozy a subi un énorme bug dans le logiciel « proche du peuple ». Et sa Cour, rompue aux courbettes et incapable de réfléchir à la meilleure manière de protéger son boss, s’est acharnée à défendre ses prises de position.

Ministres comme wanna-be-ministres, les mêmes ont tenu les discours les plus invraisemblables, au nom de la solidarité gouvernementale. Les Eric Woerth, Luc Chatel, Dominique Paillé, Nadine Morano, sans oublier l’incontournable et insupportable Frédéric Lefèbvre, ont répandu leurs flatteries sur les ondes, fut-ce dans l’erreur.

Délaissant le sens politique au profit du sens de la survie gouvernementale, ils sont devenus les bouffons du roi. Cette Cour, théoriquement constitués d’esprits brillants, s’est tellement auto-censurée qu’elle ne parvient plus à jouer son rôle de garde-fous. Rassurant le maître sur sa grandeur, elle a largement contribuer à le couper du peuple et de cette connexion privilégiée dans laquelle il aimait tant puiser.

Désormais, lorsque le roi triste sort de sa tour d’ivoire, il ne se déplace plus qu’avec des cars de CRS, et l’on s’assure avant d’un casting complaisant. Dès lors, faute de rencontrer la France, il ne peut plus que l’imaginer. Sans que jamais personne ne vienne questionner ses idées. Coincé dans son palais doré, prisonnier d’une Cour incapable d’esprit critique et de lien avec le terrain, le chef a buggé.