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Depuis le coup de tonnerre survenu lundi soir au sein de République Solidaire, avec l’annonce en bureau politique de la démission de son président Dominique de Villepin, de nombreux militants et soutiens s’interrogent sur le sens de cette décision : pourquoi partir, seulement un an après avoir lancé son parti ?

Dans le même temps, Villepin semble déterminé à vouloir se présenter à la présidentielle, même s’il n’annoncera sa décision qu’en début d’année prochaine. Et se trouve libéré par sa relaxe définitive dans l’affaire Clearstream. Alors pourquoi se saborderait-il ? Y aurait-il une vraie stratégie derrière cette décision ?

Aussi bizarre que cela puisse sembler pour les observateurs, c’est tout à fait crédible. Parce que tout ceci me fait penser à quelques lignes du livre Zéro Politique, d’Olivier Beyeler et Jean-Christophe Comor (janvier 2002). Dans cet ouvrage, les auteurs pointent la différenciation entre l’intérêt porté par les citoyens à la politique, et le désœuvrement qu’ils ressentent à ne plus se sentir représentés par les partis politiques.

Si cet ouvrage date, le constat n’a pas changé, et s’est peut être même un peu plus renforcé. D’un côté, les citoyens s’intéresse vraiment à la politique, et cherche à obtenir des réponses sur les sujets qui les interpelle -l’excellent Audimat du premier débat des primaires sur France 2 le démontre. De l’autre, les partis enregistrent de moins en moins de militants, sont de plus en plus souvent raillés, et ne constituent plus une offre en adéquation avec la demande citoyenne.

Or depuis qu’il a créé le Club Villepin, l’ancien Premier Ministre clame à tout va vouloir proposer un nouveau rapport avec les Français, en accentuant justement sur un rapport privilégié entre lui et eux, déconnecté du système des grands partis tels que nous les connaissons. Et si Villepin, qui clamait haut et fort vouloir faire de la politique autrement, avait dressé ce même constat ?

Qu’on se comprenne bien, faire de la politique autrement ne concerne pas la technique, contrairement à ce qui a parfois été interprété par ses équipes : le militantisme prendra toujours les mêmes formes – la rue- tout en s’adaptant aux nouvelles formes de communication. Mais celles-ci –et notamment le web- ne prendront pas le pas sur la rue avant un moment… Non, faire de la politique autrement, ce serait trouver le moyen de toucher le peuple, sans entrer dans cette oligarchie qui définit notre classe politique : un monde fermé sur lui-même, et qui ne parle qu’aux siens.

En ce sens, la démarche de Dominique de Villepin, qui choisit de sortir du carcan d’une structure, semble trouver tout son sens. D’autant que quoi qu’il arrive, il conservera le soutien de République Solidaire, et bénéficiera de son action, d’où l’utilité de l’avoir lancé l’an dernier. Autant dire qu’il ne perd rien en quittant ce parti.

Tout en se mettant en position de proposer quelque chose de nouveau, hors des partis, dans une vision d’inspiration gaullienne par cette relation directe avec le peuple. A vrai dire, vu le désamour des français pour les partis, ce positionnement surprenant ressemble nettement plus à un pari qu’à une lubie, et totalement cohérent pour un héritier du gaullisme. Une stratégie qui apporte un peu de fraîcheur à cette campagne, et qu’il conviendra de suivre de près.